Publicité
Publicité
"Gilets jaunes" : "Evidemment ils en veulent plus, donc ils vont continuer"

"Gilets jaunes" : "Evidemment ils en veulent plus, donc ils vont continuer"

La Carte blanche de Catherine Nay
15 décembre 2018 Épisode · Politique
Description de l'épisode

Ce samedi, Catherine Nay décrypte "l'acte 5" des "gilets jaunes".


Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous.

On est à dix jours de Noël, et malgré les annonces d'Emmanuel Macron sur le pouvoir d'achat, les "gilets jaunes" ne désarment pas. Le dispositif dans la capitale est semblable à celui de samedi dernier : 8.000 policiers et gendarmes. Des villes comme Toulouse, Bordeaux, sont sur le qui-vive. Mais ça s'arrête quand ?

Bonne question, qui le sait ? Les "gilets jaunes" sont divisés : les plus modérés appellent à la trêve et au dialogue. Mais les plus radicalisés, eux, ne lâchent pas. Combien sont-ils ? Plusieurs milliers sur Facebook, qui veulent en découdre, faire plier Macron. Ils ont jugé ses annonces insuffisantes, ils réclament aussi des référendums d'initiative citoyenne, des RIC, comme ils disent sur le plateau. Ils veulent donner la parole au peuple : sur la baisse des taxes, sur le prix des produits de première nécessité, par exemple. Chacun a des idées, mais comment répondre à ce cocktail explosif de colères associées ? Une situation très complexe à gérer pour les forces de l'ordre. Elles sont au bout du rouleau, ce qui altère les capacités et peut-être le discernement, à force. C'est que tout le monde a peur.

A Paris samedi dernier, on a enregistré un record de vandalisme : 300 vitrines brisées, près de 400 atteintes aux biens immobiliers, 40 magasins complètement dévalisés, 40 voitures incendiées, 66 autres démolies à coups de barres de fer ou de marteaux. Et depuis un mois, 700 blessés chez les policiers, gendarmes et pompiers, qui sont agressés lorsqu'ils veulent porter secours à une victime ou éteindre des feux de barricade. Un niveau de violence qu'ils n'avaient jamais connu.

Et beaucoup de "gilets jaunes" ont fait savoir qu'ils demeureraient sur les ronds-points pendant les fêtes et sans doute au-delà.

Mais pour beaucoup de "gilets jaunes", ces ronds-points ont été la jonction de leurs solitudes : trouver quelqu'un à qui parler, on boit un coup, on se comprend. Certains ont construit des cabanes, détourné l'eau et l'électricité comme des gens du voyage. C'est à la fois la fête des voisins et une petite ZAD. On a trouvé de la fraternité, de l'amour, disent certains gilets jaunes. Alors pourquoi se quitter, justement au moment des fêtes, où l'on a moins envie que jamais d'être seuls. Rester ensemble encore. Et évidement, ils veulent plus. Donc, ils vont continuer.

Et l'opinion, dans tout ça ? Sait-on vraiment ce qu'elle pense ?

Au départ, une majorité disait comprendre la colère des "gilets jaunes". Mais peu à peu, on sent bien que les gens se lassent et surtout voient que les blocages portent atteinte à l'activité, à la croissance, à l'emploi. Ce qui est très mauvais pour le pays. L'opposition appelle au calme et au dialogue. Marine Le Pen, elle-même, qui encourageait les gilets jaunes aux Champs-Elysées, ne donne plus de consigne, parce qu'elle voit bien que les gilets jaunes vont faire des victimes. Tous ces artisans, ces petits commerçants, qui vont payer la facture car leur activité est en berne. Dans les petites villes, et même les grandes, ç'est la catastrophe. Et le paradoxe, c'est que les "gilets jaunes" favorisent Amazon et les ventes sur internet. Il n'y a jamais eu autant de commandes.

Mais qui sont les soutiens des "gilets jaunes" ?

D'abord, c'est toute la nébuleuse de l'ultra-gauche : 15 organisations manifestent aujourd'hui. Rendez-vous Gare St Lazare pour rejoindre les "gilets jaunes" aux Champs-Elysées. Et puis bien sûr, Jean-Luc Mélenchon, qui voudrait que "l'acte 5" de la révolution citoyenne soit un grand mouvement aujourd'hui. Il veut que la mobilisation continue. Il voudrait une dissolution de l'Assemblée Nationale, comme s'il était certain d'en être le bénéficiaire. Rien n'est moins sûr. François Ruffin, qui s'ajoute beaucoup, s'est fait virer d'une manif par des "gilets jaunes" qui ne veulent pas être instrumentalisés par la France Insoumise. Et la CGT, complètement déboussolée par les gilets jaunes, qui défilait hier et recommence aujourd'hui. Philippe Martinez veut des grèves partout. Le mouvement nous échappe, feignons d'en être les organisateurs.

Et Emmanuel Macron veut à tout prix éteindre l'incendie. Car il le sait, son quinquennat se joue maintenant.

A tout prix, vous avez raison, c'est le mot puisque ses annonces se chiffrent à plus de 10 milliards d'euros. Un vrai casse-tête. Pour les smicards, il a promis cent euros de plus début janvier. Or cela semble très compliqué à organiser. Mercredi, le gouvernement présentera le détail des mesures et le calendrier, pour désamorcer la crise sociale. C'est le tournant de la dépense, ce qui n'était pas prévu dans son programme. Hier, à Bruxelles, où se réunissait le conseil européen, Emmanuel Macron ne faisait plus le faraud. Angela Merkel, qui n'est pas elle non plus dans une bonne posture, est venue à son secours : "Je suis convaincue qu'il va poursuivre les réformes", a-t-elle dit. Elle était bien la seule. Et on le voit en France déjà, la révision constitutionnelle est renvoyée aux calendes grecques.

Animateurs associés
Publicité
En lien avec cette émission
Alexis Delafontaine
Politique

La semaine politique

Alexis Delafontaine,

La semaine politique, c'est une heure de débats et d’interviews consacrés à l’actualité politique.

Alexis Delafontaine
Politique

La semaine politique

Alexis Delafontaine,

La semaine politique, c'est une heure de débats et d’interviews consacrés à l’actualité politique.

Alexis Delafontaine
Politique

La semaine politique

Alexis Delafontaine,

La semaine politique, c'est une heure de débats et d’interviews consacrés à l’actualité politique.

Pierre de Vilno.
Politique

Le grand rendez-vous

Pierre de Vilno

Une heure d’entretien incontournable en partenariat avec CNEWS et Les Echos. Une personnalité politique, un dirigeant économique ou un intellectuel revient sur les grands thèmes de l'actualité et répond aux questions sans détour de Jacques Serais pour apporter des réponses concrètes aux Français.

Sonia Mabrouk et Laurence Ferrari - La France en face
Politique

La France en face

Laurence Ferrari, Sonia Mabrouk

Louis Sarkozy, fils de l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy, s’entretient avec ceux qui font l’actualité nationale et internationale. Produit par le média belge « 21NEWS », ce podcast est à découvrir sur Europe1.

De Charles de Gaulle à Emmanuel Macron, Europe 1 a tendu son micro à tous les chefs d’État de la Ve République. Réécoutez ces entretiens exclusifs issus de nos archives qui ont marqué l’histoire politique française.<br /> Vous découvrirez entre autres, le tout premier débat radio ou encore le premier numéro du « club de la presse »…<br /> <br /> “Les Grands Entretiens” est disponible sur le site et l’application Europe 1 ainsi que sur toutes les plateformes d’écoute.<br />

Politique

Face à Philippe de Villiers

Philippe de Villiers & Eliot Deval

Accompagné par Eliot Deval, Philippe de Villiers passe en revue les actualités marquantes de la semaine en compagnie d’un invité de renom. Sujets brûlants, décryptage des enjeux politiques, et analyse approfondie des événements récents rythment cette heure d’émission, où Philippe de Villiers apporte son regard unique et souvent incisif. Que vous soyez passionné par l’actualité politique ou simplement curieux d’en savoir plus sur les débats en cours, cette émission vous offre un moment d’information riche et captivant.

Michel Onfray
Politique

Face à Michel Onfray

Michel Onfray

Chaque samedi de 13h à 14h le philosophe Michel Onfray livre son analyse incisive de l'actualité dans "Face à Michel Onfray". Sous le questionnement expert de Laurence Ferrari, cet intellectuel reconnu décrypte les événements marquants de la semaine, mêlant philosophie et regard critique sur notre société contemporaine.