Primaire à gauche : où en sont les favoris ?

SAISON 2016 - 2017
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La premier tour de la primaire à gauche aura lieu dans deux semaines. Entre un Manuel Valls que l'on ne reconnaît pas et un Benoît Hamon qui a le vent en poupe, où en sont les deux favoris ?

WB : Le premier tour de la primaire socialiste, c'est dans 15 jours ! Il ne restera alors que deux candidats en lice. Si l'on en croit les sondages, le duel qui se profile pour le deuxième tour serait Valls / Hamon. Un pronostic qui peut être déjoué par les trois débats. Mais on fait le point sur les deux favoris.

CN : Commençons par Manuel Valls, qui était jeudi l'invité de "l'Emission politique" sur France 2. C'est là que François Fillon s'y était révélé. C'est là que Benoit Hamon a étonné et intéressé. Bref, est sorti du bois. C'est dire si l'ex Premier ministre joue gros, d'autant qu'il bénéficie de la plus forte stature présidentielle.

Rappelons qu'il a tout fait pour conduire François Hollande à renoncer, n'hésitant pas, lors de la parution du livre "Un Président ne devrait pas dire ça", à dénoncer des confidences obscènes et avouer un sentiment de honte. Il savait que François Hollande n'avait aucune chance de rempiler. Mais lui avait envie d'être candidat. Il y a deux mois, il se voyait bien terrasser Alain Juppé, le favori : "Il est facile à battre", disait-il. Sous-entendu : si c'est moi qui l'affronte à la présidentielle. L'Elysée ? Il a toujours cru que la victoire était possible en mai. L'ennui, c'est qu'il doit d'abord remporter la primaire, ce qui s'annonce comme assez coton !

WB : Pourquoi ?

CN : Tout simplement, parce qu'on ne le reconnait pas. Il y a une forme de tromperie sur la marchandise. Manuel Valls s'est fait un nom en transgressant. Souvenez-vous de la primaire de 2012, où il remettait en cause les vieux dogmes du PS : il voulait supprimer les 35 heures, l'ISF, augmenter la TVA, parler de rigueur budgétaire. Il voulait même changer le nom du PS. Il incarnait la modernité. Et si à Matignon, ses fruits n'avaient pas tenu la promesse de ses fleurs, on se disait : c'est la faute à Hollande. Mais débarrassé de la tutelle présidentielle, devenu homme libre, celui qui dénonçait une gauche passéiste, hanté par le surmoi marxiste, allait, croyait-on, donner toute sa mesure. On l'attendait avec gourmandise. Et patatras : Manuel Valls a mangé son chapeau ! Car il lui faut rassembler la gauche. Les gauches qu'il disait irréconciliables. Et il le fait, en expliquant : "J'ai changé parce que j'ai grandi, j'ai mûri."

WB : Exemple de ses changements qui vous ont surpris ?

CN : Par exemple l'ISF. En 2012, il disait vouloir le supprimer. En 2017, il ne le veut plus "parce que ce serait une faute, parce que la gauche a trop cédé au libéralisme", dit-il. François Fillon veut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires. Manuel Valls promet au patron de la CGT, Philippe Martinez : "Il faudra continuer à faire des embauches dans la fonction publique". Les 35 heures ? Plus question d'y toucher. La rigueur budgétaire ? Il prévoit une liste de dépenses sans les chiffrer. La France a le taux de dépenses publiques le deuxième plus élevé du monde lui rappelle-t-on. Il répond : "Il faut assumer le coût de notre modèle social." Lui qui clamait : "J'aime l'entreprise", ne dit pas un mot sur la façon de doper la création d'emplois.

Et cerise sur le gâteau, le 49.3, avec lequel il avait fait passer en force les lois Macron et El Khomri. "On me l'a imposé", se défend-il sur le plateau. "On" ? Pronom malhonnête, me disait mon professeur de français. "On" ? Les frondeurs, répond-il !

Parce que le 49.3 a nui à son image, il veut maintenant le supprimer. Mais est-ce une réaction d'homme d'Etat d'éliminer cet outil constitutionnel ?

Mais voilà, primaire oblige, pour séduire la gauche, Manuel Valls parle la novelangue socialiste. Paris vaut bien une messe, et la présidentielle quelques reniements.

WB : Hier, Libération traitait Benoit Hamon en majesté avec photos à la Une et 5 pages d'interview !

CN : Benoit Hamon qui serait le Fillon de gauche. Celui qu'on n'a pas vu venir et qui va l'emporter. L'homme qui ré-enchante le rêve à gauche, avec son projet de revenu universel. Un instrument pour réduire le temps de travail. Une allocation qui offrirait à tous la même somme : 700 euros. aussi bien au PDG de Renault Carlos Ghosn, qu'au quidam. Coût : 300 milliards d'euros ! Ce qui semble exorbitant par rapport au budget de la France. Mais quand on aime, on ne compte pas... Benoît Hamon refuse tout de même de dire à quelle échéance cette mesure puisse se généraliser. Pas sûr qu'un quinquennat suffise !

Il commencerait par les 18-25 ans. Mais voilà : Benoît Hamon, bien installé dans son couloir de gauche, là où il faut être dans une primaire. Et lui y croit. Il se voit même appeler Manuel Valls, qui l'avait évincé du gouvernement, pour lui dire : "Je compte sur toi !" Réponse dans 15 jours. C'est demain !

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