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SAISON 2018 - 2019, modifié à

Ce samedi, Catherine Nay décrypte "l'acte 5" des "gilets jaunes".

Bonjour Catherine,

Bonjour Bernard, bonjour à tous.

On est à dix jours de Noël, et malgré les annonces d'Emmanuel Macron sur le pouvoir d'achat, les "gilets jaunes" ne désarment pas. Le dispositif dans la capitale est semblable à celui de samedi dernier : 8.000 policiers et gendarmes. Des villes comme Toulouse, Bordeaux, sont sur le qui-vive. Mais ça s'arrête quand ?

Bonne question, qui le sait ? Les "gilets jaunes" sont divisés : les plus modérés appellent à la trêve et au dialogue. Mais les plus radicalisés, eux, ne lâchent pas. Combien sont-ils ? Plusieurs milliers sur Facebook, qui veulent en découdre, faire plier Macron. Ils ont jugé ses annonces insuffisantes, ils réclament aussi des référendums d'initiative citoyenne, des RIC, comme ils disent sur le plateau. Ils veulent donner la parole au peuple : sur la baisse des taxes, sur le prix des produits de première nécessité, par exemple. Chacun a des idées, mais comment répondre à ce cocktail explosif de colères associées ? Une situation très complexe à gérer pour les forces de l'ordre. Elles sont au bout du rouleau, ce qui altère les capacités et peut-être le discernement, à force. C'est que tout le monde a peur.

A Paris samedi dernier, on a enregistré un record de vandalisme : 300 vitrines brisées, près de 400 atteintes aux biens immobiliers, 40 magasins complètement dévalisés, 40 voitures incendiées, 66 autres démolies à coups de barres de fer ou de marteaux. Et depuis un mois, 700 blessés chez les policiers, gendarmes et pompiers, qui sont agressés lorsqu'ils veulent porter secours à une victime ou éteindre des feux de barricade. Un niveau de violence qu'ils n'avaient jamais connu.

Et beaucoup de "gilets jaunes" ont fait savoir qu'ils demeureraient sur les ronds-points pendant les fêtes et sans doute au-delà.

Mais pour beaucoup de "gilets jaunes", ces ronds-points ont été la jonction de leurs solitudes : trouver quelqu'un à qui parler, on boit un coup, on se comprend. Certains ont construit des cabanes, détourné l'eau et l'électricité comme des gens du voyage. C'est à la fois la fête des voisins et une petite ZAD. On a trouvé de la fraternité, de l'amour, disent certains gilets jaunes. Alors pourquoi se quitter, justement au moment des fêtes, où l'on a moins envie que jamais d'être seuls. Rester ensemble encore. Et évidement, ils veulent plus. Donc, ils vont continuer.

Et l'opinion, dans tout ça ? Sait-on vraiment ce qu'elle pense ?

Au départ, une majorité disait comprendre la colère des "gilets jaunes". Mais peu à peu, on sent bien que les gens se lassent et surtout voient que les blocages portent atteinte à l'activité, à la croissance, à l'emploi. Ce qui est très mauvais pour le pays. L'opposition appelle au calme et au dialogue. Marine Le Pen, elle-même, qui encourageait les gilets jaunes aux Champs-Elysées, ne donne plus de consigne, parce qu'elle voit bien que les gilets jaunes vont faire des victimes. Tous ces artisans, ces petits commerçants, qui vont payer la facture car leur activité est en berne. Dans les petites villes, et même les grandes, ç'est la catastrophe. Et le paradoxe, c'est que les "gilets jaunes" favorisent Amazon et les ventes sur internet. Il n'y a jamais eu autant de commandes.

Mais qui sont les soutiens des "gilets jaunes" ?

D'abord, c'est toute la nébuleuse de l'ultra-gauche : 15 organisations manifestent aujourd'hui. Rendez-vous Gare St Lazare pour rejoindre les "gilets jaunes" aux Champs-Elysées. Et puis bien sûr, Jean-Luc Mélenchon, qui voudrait que "l'acte 5" de la révolution citoyenne soit un grand mouvement aujourd'hui. Il veut que la mobilisation continue. Il voudrait une dissolution de l'Assemblée Nationale, comme s'il était certain d'en être le bénéficiaire. Rien n'est moins sûr. François Ruffin, qui s'ajoute beaucoup, s'est fait virer d'une manif par des "gilets jaunes" qui ne veulent pas être instrumentalisés par la France Insoumise. Et la CGT, complètement déboussolée par les gilets jaunes, qui défilait hier et recommence aujourd'hui. Philippe Martinez veut des grèves partout. Le mouvement nous échappe, feignons d'en être les organisateurs.

Et Emmanuel Macron veut à tout prix éteindre l'incendie. Car il le sait, son quinquennat se joue maintenant.

A tout prix, vous avez raison, c'est le mot puisque ses annonces se chiffrent à plus de 10 milliards d'euros. Un vrai casse-tête. Pour les smicards, il a promis cent euros de plus début janvier. Or cela semble très compliqué à organiser. Mercredi, le gouvernement présentera le détail des mesures et le calendrier, pour désamorcer la crise sociale. C'est le tournant de la dépense, ce qui n'était pas prévu dans son programme. Hier, à Bruxelles, où se réunissait le conseil européen, Emmanuel Macron ne faisait plus le faraud. Angela Merkel, qui n'est pas elle non plus dans une bonne posture, est venue à son secours : "Je suis convaincue qu'il va poursuivre les réformes", a-t-elle dit. Elle était bien la seule. Et on le voit en France déjà, la révision constitutionnelle est renvoyée aux calendes grecques.