Controverse sur "l'islamo-gauchisme" à l'université : la ministre Frédérique Vidal a bien du mérite d'affronter les critiques

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout, le directeur du journal "L'Opinion" analyse l'actualité politique et nous livre son point de vue. Ce lundi, il revient sur la polémique provoquée par la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal avec sa sortie récente sur "l'islamo-gauchisme". Nicolas Beytout estime que la ministre a raison de persévérer.

Malgré la polémique qu’elle avait déclenchée, Frédérique Vidal a décidé de maintenir sa demande d’enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université...

"Oui, et elle a bien du mérite, la ministre de l’Enseignement supérieur, d’affronter et de tenir face au déferlement de critiques venues de la gauche et de haine venue des réseaux sociaux. Sa faute ? Avoir dit tout haut ce que nombre de témoignages affirment déjà depuis des mois : dans les facs françaises, la liberté de pensée est menacée. Et elle l’est par ceux-là mêmes qui vocifèrent contre la ministre.

Pardon, mais c’est eux, ceux qui critiquent Frédérique Vidal, qui dénoncent au contraire une démarche ministérielle menaçante pour la liberté

Oui, c’est un grand classique dans ce genre de débat : ceux qui crient le plus fort au nom de la liberté sont en réalité ceux qui la menacent le plus et entendent qu’on les laisse tranquilles dans leur entreprise de manipulation. A l’université, un courant de plus en plus puissant propose de regarder tout l’enseignement sous l’angle de la remise en cause du colonialisme, avec un prisme de races, auquel s‘ajoute la question du genre. L’intersectionnalité fait des ravages...

L’intersectionnalité ?

Oui, c'est le fait d’analyser le monde et toutes les matières par le biais de la race, du genre et de la classe sociale. Ca donne un regard très partial sur les sciences et sur l’enseignement. C’est ce que dénonce Frédérique Vidal et c'est ce qu’elle veut analyser. Sauf que la Conférence des présidents d’université l’a mal pris : elle rappelle "que la recherche n’est pas responsable des maux de la société, mais qu’elle doit les analyser".

Ce qui est parfaitement exact. Mais à condition que ceux qui enseignent les théories du genre ou de la race n’empêchent pas les autres enseignants et chercheurs de continuer à voir le monde comme ils l’entendent. Or c’est là toute la question : des facs sont en train de passer sous contrôle de ces prophètes de l’exclusion, qui commencent à interdire toute expression divergente de la leur. C’est d’ailleurs un clivage très politique, très tranché gauche-droite. La gauche, en particulier l’extrême-gauche, est souvent islamo-gauchiste : elle voit l’islam comme la religion d’une minorité opprimée par la classe et la religion dominantes. Et elle pactise souvent, sur le plan électoral, avec leurs représentants. On voit beaucoup ça chez certains maires, comme à Trappes, par exemple.

Et la majorité présidentielle, elle se situe comment ?

Elle est divisée. Entre la droite et la gauche de la République en Marche, bien sûr. Ce qui donne une vraie cacophonie, et une impression d’hésitation de la part du chef de l’Etat entre défense un peu théorique de l’autonomie absolue des universités et défense de la liberté de pensée. Il va pourtant falloir qu’il se fasse une religion."