Pourquoi la filière du bois français n’arrive pas suivre la demande

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Bois 3:21
Malgré des ressources importantes en bois, la France continue de se fournir en Allemagne et en Autriche. © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
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A partir de 2022, en raison des nouvelles mesures environnementales, toutes les nouvelles constructions françaises devront intégrer du bois. Mais pour le moment, le bois utilisé est le plus souvent importé, car la production française n’arrive pas à suivre. En cause notamment : un manque d’organisation et d’outils industriels adaptés.

La France fait face depuis plusieurs semaines à une pénurie de matériaux, comme le béton, l'acier, mais aussi le bois. C'est une des conséquences de la crise sanitaire qui a complètement désorganisé les filières d'approvisionnement. Pourtant à partir de 2022, toutes les nouvelles constructions devront intégrer du bois, en raison d’une des mesures du Grenelle de l'environnement. Ce matériau permet en effet de faire baisser les émissions de CO2.

Une maison sur 10 construite en bois, mais pas en bois français

Mais la France est-elle prête à prendre ce virage ? En 2020, une maison sur 10 a été construite avec du bois, mais du bois qui n'est pas français. Un chiffre surprenant quand on sait que 30% du territoire est recouvert de forêt, où on compte trois milliards d'arbres.

"On a pas encore atteint un niveau d’organisation qui permettrait à la fois de satisfaire nos besoins, tout en protégeant le fonctionnement des forets", appuie Hervé Le Bouler, forestier, consultant forêt et ancien du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Il pointe également un problème de "structuration et l’ensemble des acteurs de la filière" et estime qu’il faudrait "utiliser les bois qui existent en grande quantité dans les forêts française, qui sont les bois feuillus" et qui ne sont, pour le moment, pas les plus exploiter.

Un problème d'industrialisation

Mais il manque également à la France l'outil industriel nécessaire pour transformer le bois des forêts en bois de construction. "Le monde de la construction demande des produits de plus en plus techniques. Aujourd'hui, la majorité vient d'Allemagne et d'Autriche", constate Nicolas Douzain-Didier, de la Fédération nationale du bois. "On veut opérer cette bascule pour avoir une meilleure représentativité du bois français, transformé dans des usines françaises. Ce sont ces usines qui ont été montées en Allemagne et en Autriche que l'on doit dupliquer sur le territoire national. On va vraiment changer d'échelle en matière de production nationale", assure-t-il.

Il faut donc développer des usines un peu partout en France. Mais certaines existent déjà, notamment en Vendée où l’entreprise Piveteau Bois capte un tiers du marché hexagonal, avec 25.000 m3 de bois produit par an. Dans un immense hangar inauguré en 2018, des planches de bois sont transformées en un matériau de construction qui sera ensuite être utilisé pour faire des planchers ou des murs.

La France se fournit en Allemagne et Autriche

Pour y parvenir, Piveteau Bois a investi dans une usine pionnière et high tech. Et si l’entreprise vendéenne représente un tiers du marché français, le reste provient de l’importation. "Les autres (ses concurrents, ndlr) sont en retard", confirme Jean Piveteau, directeur de l’entreprise. "C’est quelque chose qui peut se rattraper, mais les délais d’installation des usines peuvent prendre trois ans. Et puis, il y a tout un métier à apprendre", poursuit-il. Piveteau Bois envisage de convertir son autre scierie, basée en Corrèze, à la même technologie.

Pour que la France n'ait plus à se fournir en Allemagne et Autriche, il faudrait 15 usines comme celle-ci, disent les professionnels de la filière. Ce qui se joue , c'est donc la capacité de la France à doter son industrie d'un nouveau fleuron. Car, sur le papier, il y a tous les ingrédients. Il faut maintenant que la production suive et c'est une vraie préoccupation pour les gros constructeurs comme Vinci, Eiffage ou encore Bouygues, mais aussi pour le ministère du Logement. Dans l’entourage de la ministre Emmanuelle Wargon, on le dit clairement : "si on loupe le coche, ce sera au profit de nos voisins européens". 

Europe 1
Par Maud Descamps et Charles Guyard édité par Léa Leostic