Une hausse des prix de l’électricité pour "préparer l'avenir, payer la transition énergétique"

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Jean-François Carenco, président de la commission de régulation de l’énergie, était l'invité de Bernard Poirette samedi. Il donne les raisons qui expliquent selon lui, la hausse de 5,9% des tarifs de l’électricité.
INTERVIEW

Une hausse de presque 6%. Ce samedi 1er juin, les tarifs réglementés de l'électricité connaissent la plus grosse augmentation de ces vingt dernières années. Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), était l'invité d'Europe 1 samedi matin pour expliquer les raisons de cette hausse des prix, qui pourraient encore grimper dès les mois d'août.

Les prix de l’énergie en hausse mondiale

Les hausses de l'électricité au 1er janvier et au 1er août sont habituelles. Ce qui l'est moins en revanche, c'est que la hausse du 1er janvier - reportée à aujourd'hui par le gouvernement - soit si élevée : 5,9%. "La commission de régulation de l’énergie a proposé cette hausse, le gouvernement l'a acceptée", rappelle Jean-François Carenco, qui donne trois grands axes d'explication de ces tarifs qui s'envolent. "Le sujet principal, c'est que pour l'année 2018, le prix de l'énergie dans le monde a augmenté considérablement." Un élément qui est à lui seul la cause, selon le président de la CRE, de 3,3% des 5,9% d'augmentation. 

Le deuxième levier est dû selon lui "à la sécurité des approvisionnements. Il y a un mécanisme qui aujourd'hui se met en place, les certificats de capacité, qui vise à ce que la France voie ses approvisionnements en électricité sécurisés", ajoute Jean-François Carenco, en soulignant que "les coupures en France sont extrêmement rares", par rapport au reste du monde. "La sécurité a un prix, c'est ce que nous essayons de traduire."

L'effet de la concurrence

Le troisième élément, plus technique, tourne autour de l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence avec la loi NOME. Le dispositif ARENH, c'est-à-dire, l'accès régulier à l’électricité nucléaire historique, permet aux fournisseurs alternatifs de s’approvisionner auprès d'EDF dans un cadre en partie fixe. "La loi NOME a prévu 100 térawatt-heure sur 450, fournis obligatoirement par EDF à un prix de 42 euros le mégawatt-heure", précise le spécialiste. Pour certains observateurs, ce paramètre voudrait dire que la hausse de 5,9% viserait à soutenir EDF face à la concurrence, qui serait elle-aussi contrainte d'augmenter les prix, tout en creusant sa propre tombe, car les consommateurs risquent tout de même de s'en détourner. Une vision que ne partage pas Jean-François Carenco.

Entendu sur europe1 :
La concurrence est là pour donner des produits nouveaux, faire de l'innovation

"Je ne crois pas que ce soit si politique. Je ne suis pas d'accord du tout. On dit partout qu'en électricité, la concurrence doit faire baisser les prix. Ma conviction, c'est que ce n'est pas exact. La concurrence est là pour donner des produits nouveaux, faire de l'innovation. Et globalement, à l'arrivée, elle a des prix comme EDF. Il nous faut préparer l'avenir, il nous faut payer la transition énergétique. La France est le pays qui émet pour son électricité le moins de carbone au monde, grâce au nucléaire. Le nucléaire se préserve jusqu'à ce qu'on puisse le remplacer par des énergies renouvelables. La transition énergétique, c'est d'arrêter les violences environnementales, c'est de faire baisser doucement le nucléaire, au fur et à mesure que cela est possible en préservant la sécurité et le prix", définit Jean-François Carenco, avant d'ajouter que la hausse de quasi 6% est la plus faible d'Europe.

La hausse globale revient ainsi à 85 euros par an pour un foyer français. "C'est beaucoup, ça doit faire 7 euros par mois", concède le président du CRE qui estime par ailleurs que la hausse lui semble raisonnable pour assumer cette transition écologique. "C'est un tarif qui permet de préserver les trois choses que je poursuis : sécurité, qualité et prix à moyen et long termes", conclut-il.

Europe 1
Par Aurélie Dupuy