Annuler une partie de la dette, comme le propose le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon, serait une mesure "illégale, dangereuse et inutile", a estimé vendredi le gouverneur de la Banque de France.
La proposition de Jean-Luc Mélenchon, candidat à l'élection présidentielle, d'annuler une partie de la dette française, serait une mesure "illégale, dangereuse et inutile", a estimé vendredi le gouverneur de la Banque de France.
"Elle est illégale parce qu'elle est contraire aux traités", "dangereuse parce qu'elle crée de l'inflation" et "inutile" car elle "ne réduit pas le déficit budgétaire", a déclaré Emmanuel Moulin sur RTL.
Une telle mesure, qui n'a "reçu aucun écho en Europe", conduirait selon lui à sortir la France de la zone euro. "La zone euro, c'est une copropriété. Donc si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire, les amis, vous allez sortir", a-t-il imagé.
Le spread au plus haut depuis 2008
Une annulation de la dette serait "dangereuse parce qu'elle crée(rait) évidemment de l'inflation (...) et ça va augmenter les (taux) d'intérêt", a poursuivi Emmanuel Moulin. "On va avoir beaucoup plus de mal à emprunter sur les marchés (...) et ça va être préjudiciable pour les Français", a-t-il expliqué.
Jeudi soir, le rendement des emprunts de l'Etat français à dix ans ressortait à près de 4,44%, au plus haut depuis 2008 et son équivalent allemand s'établissait à presque 3,50%, un sommet depuis 2011. L'écart entre les deux, appelé "spread", s'élève donc à environ 0,94 point de pourcentage, du jamais vu depuis 2012.
Aucune marge de manœuvre libérée
Enfin, la mesure est, selon Emmanuel Moulin, "inutile" car "ça ne libère pas des marges de manœuvre, ça ne réduit pas le déficit budgétaire." "Vous réduisez de 500 milliards la dette de l'État mais vous faites un trou à la Banque de France de 500 milliards. Est-ce que franchement on a beaucoup avancé ?", a-t-il questionné.
La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a jugé jeudi qu'annuler la dette française détenue par l'institution monétaire, constituerait une "violation pure du traité" sur l'Union européenne