ÉDITO - Et si la non-fusion entre Alstom et Siemens était une bonne nouvelle ?

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© HAUKE-CHRISTIAN DITTRICH / DPA / AFP
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Alors que la fusion entre les deux plus gros fabricants de trains en Europe devrait être retoquée par Bruxelles mercredi, Nicolas Barré, le directeur de la rédaction des "Échos", explique en quoi cela pourrait être une bonne nouvelle pour Alstom, qui ne s'est jamais aussi bien porté. 
EDITO

>> Dans son édito, mercredi, Nicolas Barré se pose une question simple : et si le refus de Bruxelles de voir la fusion entre Alstom et Siemens aboutir était une bonne nouvelle pour l'entreprise française ? Le directeur de la rédaction des Échos rappelle à quel point Alstom se porte bien en ce moment et souligne l'hypocrisie des gouvernements face à Bruxelles, qui ne fait qu'appliquer les lois qu'ils fixent. 

"En gros, Bruxelles s’apprête à dire : Alstom et Siemens, qui sont les deux plus gros fabricants de trains en Europe, vont se retrouver en situation de quasi-monopole sur le marché européen. Or, on ne veut pas de monopole, car ça veut dire qu’ils vont vendre leurs trains plus cher à la SNCF et aux autres compagnies de chemin de fer. Indignation du gouvernement et des sociétés concernées : 'Bruxelles ne comprend rien, la concurrence est chinoise, il faut constituer un géant européen comme Airbus, sinon on sera laminé'.

Peut-être que c'est vrai, mais Bruxelles ne fait qu’appliquer les règles que les gouvernements ont décidées. Ce sont les gouvernements qui ont décidé de lutter contre les monopoles pour protéger les consommateurs. S’ils ne sont pas d’accord avec ces règles, qu’ils les changent plutôt que de taper sur Bruxelles qui ne fait que les appliquer. Voilà pourquoi cette indignation est hypocrite. Je vais plus loin : bien sûr que les Chinois nous livrent une concurrence déloyale. Ils protègent leur marché, on ne peut pas participer à des appels d’offres, ils pillent la technologie européenne. Mais dans ce cas, soyons plus fermes : exigeons une vraie réciprocité. Et prenons des directives dans ce sens. Or ça, c’est aux gouvernements de le proposer et d’oser aller au bras de fer avec la Chine.

Entendu sur europe1 :
En fusionnant avec Siemens, Alstom passait en réalité sous contrôle allemand. Or d’autres options sont possibles

Et puis, ce n’est pas certain du tout que ce veto affaiblisse Alstom ! L'entreprise française ne s’est jamais aussi bien portée, avec 40 milliards d’euros de carnet de commandes, soit cinq ans de chiffre d’affaires ! Un record. Elle a de quoi voir venir. En fusionnant avec Siemens, Alstom passait en réalité sous contrôle allemand. Or d’autres options sont possibles. Une alliance avec le canadien Bombardier par exemple. Alstom a un actionnaire de référence, Bouygues, c’est un groupe français solide. Si, dans quelques années, au lieu d’être passé sous contrôle allemand, Alstom s’est renforcé dans un marché européen mieux encadré par rapport à la concurrence chinoise, on se félicitera peut-être du veto de Bruxelles…"