La France "aura un déficit supérieur à 5% en 2026", a indiqué vendredi le ministre de l'Economie Roland Lescure. Face à la situation économique, le gouvernement a abaissé vendredi sa prévision de croissance pour 2026, à 0,5%.
Pour la troisième fois cette année, le gouvernement français a abaissé vendredi sa prévision de croissance pour 2026, à 0,5%, en tablant sur un rebond incertain à 1% l'an prochain, et appelé à adopter rapidement un budget pour 2027 en raison du "cadre budgétaire contraint".
Après l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) jeudi, qui avait revu sa prévision de croissance pour cette année à 0,4% et alerté sur un "décrochage" de l'économie française par rapport à ses voisins européens, le gouvernement a à son tour présenté un scénario plus pessimiste qu'auparavant.
Le gouvernement de Sébastien Lecornu, qui avait déjà abaissé sa prévision de croissance à 0,9% en avril (contre 1% prévu auparavant), puis à 0,7% en juillet, a revu pour la troisième fois ce chiffre, à 0,5%. Au total, "on a donc divisé par deux les estimations de croissance pour cette année", a indiqué le ministre de l'Economie, Roland Lescure, lors d'une conférence de presse.
"C'est important, c'est majeur", a-t-il ajouté, expliquant cet écart avec les prévisions d'origine par plusieurs facteurs, dont "un effet estimé de la sécheresse, des vagues de chaleur" à hauteur de 0,1 point de PIB, et la fermeture du détroit d'Ormuz, qui a eu un impact "de l'ordre de 0,2% de croissance, à la fois sur la consommation des ménages et sur les dépenses des entreprises".
Il a mis aussi en avant des "facteurs d'incertitude politique" qui ont "affecté la croissance en début d'année". "On est victimes à la fois de chocs internationaux qui s'imposent à tous, mais aussi de chocs nationaux spécifiques."
Un déficit supérieur à 5%
Pour 2027, le gouvernement table sur "un rebond de la croissance à 1%", une prévision entourée "de fortes incertitudes" concernant "l'évolution des tensions géopolitiques, l'évolution des taux d'intérêt, l'évolution des aléas climatiques", a insisté le ministre.
Le gouvernement a fait pour l'an prochain l'hypothèse d'une "réduction progressive" des incertitudes géopolitiques et d'un "retour de la circulation dans le détroit d'Ormuz à la quasi-normale dans les mois qui viennent", a-t-il indiqué. Il table sur une inflation qui s'établirait à 2,1% cette année et de 1,8% en 2027.
Au vu de la conjoncture moins bonne que prévu, la cible d'un déficit ramené à 5% en 2026, prévue par le gouvernement, "n'est plus une option", a reconnu M. Lescure. "La France aura un déficit supérieur à 5% en 2026", a-t-il dit, sans avancer encore d'objectif de déficit pour 2027. Il était de 5,1% en 2025.
Mais pour l'an prochain, avec les nouvelles prévisions du gouvernement et les faibles marges de manoeuvre qui en découlent, "nous sommes dans un cadre budgétaire contraint. Pour le dire simplement, nous n'avons plus de gras", a souligné le ministre. "Ce cadrage budgétaire démontre la nécessité impérieuse d'adopter un budget le plus tôt possible pour 2027, avant la fin de l'année je l'espère", a-t-il martelé.
"Acte 1" du budget
Ces nouvelles prévisions, présentées par Roland Lescure comme "l'acte 1 de la séquence budgétaire", interviennent alors que le gouvernement planche sur le projet de budget 2027 qui doit être présenté le 30 septembre et prépare les esprits à des décisions difficiles.
A la recherche d'économies, avec cette conjonction de comptes publics dans le rouge et de croissance en berne, le gouvernement a distillé ces dernières semaines les différentes options. Il étudie notamment la possibilité d'une moindre revalorisation des pensions les plus aisées.
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a prévenu vendredi que toute indexation des retraites sur l'inflation serait financée, en proportion, par la suppression partielle voire totale de l'abattement de 10% sur les pensions et rentes dont bénéficient les retraités.
Le budget 2027 "nécessitera un effort partagé, mais un effort qui devra préserver nos moteurs de croissance" dans "un monde où les risques sont plus élevés", a souligné Roland Lescure.
Dans un courrier rendu public mercredi, M. Lecornu a notamment fait un geste en faveur des grandes entreprises en leur promettant de baisser dans le prochain budget la surtaxe exceptionnelle sur leurs bénéfices à défaut de pouvoir la supprimer, espérant ainsi préserver une politique de l'offre qu'il estime source de croissance.