Calendrier, cas concrets et couacs éventuels : tout comprendre au prélèvement à la source

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Le prélèvement à la source, qui va entrer en vigueur le 1er janvier prochain, va chambouler les habitudes de millions de salariés et de retraités. Et cela inquiète le gouvernement.

Le compte à rebours est enclenché pour le prélèvement à la source. À compter du 1er janvier 2019, les salaires ou les pensions seront chaque mois amputés du montant de l'impôt que l'on doit payer chaque mois. Au lendemain du lancement de la campagne d'explications du gouvernement à travers des spots télévisés, Europe 1 vous explique les subtilités de cette révolution fiscale. 

Trois applications concrètes du prélèvement à la source

Pour bien comprendre le prélèvement à la source, Julien Séraqui, conseiller en gestion de patrimoine et invité de Matthieu Noël lundi matin, a donné trois exemples concrets : 

Vous êtes célibataire. Vous gagnez 2.000 euros net mensuel, et vous payez 100 euros d'impôts par mois. À la fin du mois de janvier 2019, votre salaire sera donc de 1.900 euros net.

Vous êtes un couple marié avec deux enfants. Les deux époux gagnent chacun 2.000 euros net mensuel, soit 48.000 euros par an au total. Au lieu de recevoir tous les mois 2.000 euros chacun sur leur compte en banque, ils recevront 1.935 euros.

Vous êtes un couple de retraités. Vous gagnez 36.000 euros par an. Jusqu'alors, votre caisse de retraite vous verse 1.500 euros net par mois chacun. À compter du 1er janvier, elle ne vous versera que 1.439 euros net par mois.

En clair : vous n'aurez plus à vous soucier du paiement de leur impôt : la somme sera prélevée automatiquement sur votre salaire ou votre pension de retraite au moment où vous les touchez. "Je rappelle une chose très simple : le prélèvement à la source ne change pas le montant de l'impôt que vous payez", prévient Julien Séraqui.

Jusqu'au 15 septembre pour choisir

Par défaut, le taux qui s’affiche quand vous avez rempli votre déclaration de revenus est le "taux personnalisé du foyer", valable pour le foyer fiscal et identique pour chacun des conjoints. Mais il est possible d'en changer. Quand vous êtes marié ou pacsé, vous avez la possibilité de demander à ce que ce taux soit individualisé, en cas de gros écart de salaire dans le couple, par exemple. 

"Deuxième option : si vous ne souhaitez pas que votre employeur connaisse le montant de vos impôts, vous pouvez choisir de demander le taux neutre", indique Julien Séraqui. À noter que ce taux n'est pas très intéressant, car c'est celui qui est normalement appliqué aux célibataires sans enfant, c'est-à-dire le taux le plus élevé.

Vous avez jusqu'au 15 septembre pour choisir (et même d’ici la fin de l’année dans certains cas) entre un taux individualisé, un taux non personnalisé ou un taux neutre. La démarche doit se faire sur le site impots.gouv.

Le gouvernement veut prévenir les couacs

Conscient du chamboulement que cette mesure va représenter, le gouvernement a prévu de mettre le paquet en communication. Il va notamment devoir "rassurer" plusieurs publics sensibles : les retraités, qui sont un peu perdus dans le dispositif, et les chefs de petites entreprises, qui apprécient moyennement de suppléer l'État pour collecter l'impôt de leurs salariés. Dimanche soir, le gouvernement a lancé une grande campagne de promotion à la télévision.

Le petit choc psychologique ressenti par les salariés et retraités en voyant un montant inférieur à d'habitude sur leur fiche de paie peut engendrer un coup de frein dans leurs dépenses. De leur côté, les petits patrons sont mécontents de devoir collecter l'impôt. Ils craignent de commettre des erreurs, mais aussi d'être accusés d'entrer dans la vie de leurs salariés. C'est le cas de Roland Delzers, maçon depuis 35 ans à Cérignac, dans le Tarn-et-Garonne. "On va faire le travail à la place de l'État", s'agace-t-il au micro d'Europe 1. "Il y aura bien entendu quelques couacs techniques. Si le salarié constate une anomalie, c'est d'abord à son employeur qu'il doit s'adresser, puis à l'administration fiscale qui sera indulgente la première année", tient à rassurer Julien Séraqui.

C'est bien pour désamorcer l'éventuelle fronde des petits patrons que le gouvernement a décidé de faire un geste. S'ils ont moins de vingt salariés, le gouvernement leur propose de passer par le titre-emploi-service-entreprise (Tese). Ils n'auront plus rien à faire, car c'est l'Urssaf qui prélèvera le montant de la retenue à la source en même temps que les cotisations sociales. Un million d'entreprises de moins de 20 salariés seront concernées, indique le ministère de l'Action et des Comptes publics.

Mais cela ne suffit pas à apaiser les craintes de Roland Delzers, qui fera plutôt confiance à un expert-comptable, quitte à payer plus cher.

Europe 1
Par Emmanuel Duteil et Olivier Samain, édité par Anaïs Huet