Qualité de vie au travail : mon manager me fait vivre un enfer, que faire ?

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Dans "Le diable s'habille en Prada", Miranda (Meryl Streep) fait vivre un calvaire à Andrea (Anne Hathaway). © D.R.
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C'est la semaine de la qualité de vie au travail. L'occasion pour Europe 1 de s’interroger sur les liens, parfois houleux, que peuvent entretenir les salariés et leurs supérieurs.

Que faire lorsque notre boss nous mène la vie dure ? En cette semaine de la qualité de vie au travail, la question a toute sa place. Une relation houleuse avec sa hiérarchie peut fortement dégrader nos conditions, voire même la qualité de notre travail. Comment y faire face* ? Europe 1 vous donne quelques conseils.

Etape numéro 1 : posez-vous les bonnes questions

La première chose à faire, c’est peut-être d’identifier les raisons qui ont abouti à une mauvaise relation avec son/sa ou ses managers. Demandez-vous, d’abord, si vous êtes le seul à avoir des problèmes. Si la réponse est oui, essayez de comprendre pourquoi. Il s’agit de tenter d’être aussi factuel que possible, de ne pas rester dans l’émotion, l’affect. Vous pouvez, par exemple, faire une liste, écrite, de tout ce qui ne vous convient pas, de tout ce que vous lui reprochez et de tout ce qu’il ou elle peut vous reprocher, pour éventuellement tenter de les améliorer. Parfois, des critères subjectifs peuvent apparaître : mon boss ressemble à quelqu’un que je n’aime pas, son physique me déplaît, sa voix m’est insupportable, j’aimerais qu’il me dise bonjour tous les matins… En prendre conscience est déjà une première étape pour les atténuer. Demandez-vous alors : est-ce que ces éléments nuisent à mon travail, ou est-ce seulement la perception que j’en ai ?

Vous pouvez également interroger le comportement de votre manager lui-même, en essayant de se mettre à sa place. Posez-vous la question : pourquoi est-il comme cela ? Est-ce parce qu’il a été déçu par le passé ? Est-ce parce qu’il pense que c’est le meilleur moyen pour que je me mette au travail ? Est-ce parce qu’il manque de confiance en lui ou envers ses équipes ? L’idée n’est pas de l’excuser, mais de prendre du recul pour mieux aborder le problème. "Il s’agit de rechercher l'interprétation positive d'un comportement négatif. Cela permet de dédramatiser, de voir que le problème ne vient pas forcément de vous", décrypte le coach professionnel Francis Boyer dans Le Figaro.

Etape numéro 2 : provoquez la discussion

Le dialogue reste ensuite la meilleure solution pour améliorer une relation. La relation manager/employé n’est pas une relation parent/enfant. Dire "oui" à tout sans jamais broncher n’aidera jamais à régler votre problème. Et entrer dans l’opposition frontale systématique, tel un adolescent rebelle, risque de se retourner contre vous. "Il n’y a rien de pire que de ne pas dire les choses. Quand on attend trop pour s’exprimer, des malentendus et des frustrations se transforment en interprétations subjectives qui peu à peu créent un gouffre et un malaise", abondent la coache Christine Lewicki et la DRH Emmanuelle Nave dans leur livre J’arrête de râler au boulot.

Pour aborder son manager, il faut savoir y mettre les formes : trouvez le bon moment, exprimez calmement vos attentes initiales et les raisons de vos frustrations, citez des faits précis plutôt que des principes généraux, demandez où l’on peut s’améliorer, évitez les "mais" qui donne une impression d’hypocrisie ("je sais que tu as voulu bien faire MAIS tu as pris la mauvaise décision"), évitez d’exagérer ou de vous poser en victime, parlez de vous plutôt que d’accuser l’autre ("je suis déçu" plutôt que "tu n’aurais pas dû") etc.

" Cherchez à rester stable émotionnellement quoi qu’il arrive "

Il est important d’entretenir une communication régulière. N’hésitez pas à lui demander plusieurs fois dans l’année ce qu’il pense de votre travail, comment vous pouvez vous améliorer. Et si vous n’êtes pas d’accord avec ses décisions, apprenez à temporiser : prenez acte de son avis, montrez que vous le respectez, puis n’hésitez pas à revenir un peu plus tard avec des éléments factuels, qui démontrent qu’il a pris la mauvaise décision. Il vous sera peut-être reconnaissant de lui avoir évité une erreur.

Enfin, s’il semble vous donner plus de travail que vous ne pouvez en assumer, ou s’il vous confie une mission avec laquelle vous êtes mal à l’aise, faîtes de même. Identifiez d’abord très clairement vos limites. Et faîtes lui en part, en usant du "je" plus que du "tu" : dire "je n’ai pas suffisamment de temps", "j’estime ne pas avoir assez de moyens" ou "je ne suis pas à l’aise avec cette mission" aura plus d’impact que de dire "ce que tu demandes est impossible".

Etape numéro 3 : adaptez-vous à la personnalité de votre manager

Les conseils évoqués plus haut fonctionneront si votre manager est quelqu’un de réfléchi, soucieux de l’intérêt de l’entreprise et de ses équipes. Mais cela n’est pas toujours le cas. Comme le souligne ici Psychologie magazine, il arrive que l’on soit confronté à des managers "toxiques". Il s’agit, alors, d’identifier clairement à qui l’on a affaire. S’il s’agit d’un despote qui cherche simplement à dominer, voire à humilier, l’idée sera peut-être de lui en dire le moins possible sur votre travail, de ne jamais entrer dans un débat d’opinions ou un rapport de force duquel il voudra, quoi qu’il arrive, sortir gagnant. "Restez dans quelque chose de très sobre, factuel et neutre. Cherchez à rester stable émotionnellement quoi qu’il arrive. Ne vous laissez pas impressionner. Restez poli et affirmé. Faites mettre les choses par écrit", conseille alors la coache Chantal Vander Vorst.

Si vous avez affaire à un manager du type "narcissique", qui rapporte tout à lui et ne jure que par son plan de carrière, faîtes également preuve de prudence. "Attention à ne pas lui accorder un privilège si vous savez que vous ne pourrez pas le renouveler. Attention à ne pas vous poser en rival. Respectez scrupuleusement les usages et les formes. Quand il (ou elle) est sincère, montrez que vous appréciez. N'attendez aucune gratitude ou réciprocité", conseille pour sa part le magazine L’Entreprise. Si son narcissisme vire à la parano, qu’il pense que vous voulez à tout prix prendre sa place : "Dites-lui clairement ce que vous faites, pourquoi et comment. Plus il dispose d'informations claires et précises, moins cela donnera prise à interprétation. Éclaircissez rapidement les éventuels malentendus qui pourraient donner lieu dans son esprit malade à interprétations délirantes".

Souvent, dans ce genre de cas, vous n'êtes pas seul à ressentir un malaise. Si vous êtes plusieurs à trouver la relation avec votre manager insupportable, cela peut valoir le coup d'en discuter ensemble est de faire remonter collectivement un mal-être général, en demandant conseils auprès des organisations syndicales. "Si vos collègues vivent et ressentent la même chose vis-à-vis de votre boss, il est utile d'aller tous ensemble aux ressources humaines pour avoir plus de poids", soulève le coach professionnel Francis Boyer.

Dans la plupart des entreprises, on ne choisit pas son boss. Et son comportement ne dépend pas toujours de nous. Prendre conscience que l’on ne pourra pas toujours le changer est déjà une première étape pour "lâcher prise". Et si, malgré tous ces conseils, vous continuez d’aller au travail avec la boule au ventre, peut-être faut-il songer à changer de travail. Pour savoir quand et comment prendre une telle décision qui peut être lourde de conséquences, nous vous suggérons cet article que nous avons écrit sur le sujet en avril dernier.

 

* Nous ne traitons pas, dans cet article, des cas de harcèlements, tels que définis par le code du travail, et qui nécessitent de construire une réponse collective, en lien avec les organisations syndicales, les ressources humaines et le médecin du travail. Nous avions déjà consacré un article à cette question que vous pouvez retrouver ici