Pourquoi l'expression "avoir un poil dans la main" n'a aucun sens

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Dans l'émission d'Europe 1, "Historiquement vôtre", Stéphane Bern se penche sur les racines d'une expression du quotidien. Vendredi, il s'intéresse à une formule qui convient peut-être parfaitement à votre programme du week-end : "avoir un poil dans la main".

Stéphane Bern propose chaque jour, dans Historiquement vôtre avec Matthieu Noël, de partir à la découverte de ces expressions que l'on utilise au quotidien sans forcément connaître leur origine. Vendredi, l'animateur nous explique d'où vient "avoir un poil dans la main", mais aussi ses équivalents dans plusieurs langues étrangères.

C'est une expression qui a fait galoper l'imagination de beaucoup d'enfants lorsqu'ils l'ont entendue pour la première fois : "avoir un poil dans la main". Sans que l'on puisse vraiment en retracer l'origine exacte, on en retrouve la trace dès le 19e siècle. Il semblerait qu'elle ait même été précédée d'une forme plus touffue, "avoir du poil dans la main".

Cette formule, que l'on réserve aux fainéants, signifie que leur inactivité maladive a permis à un poil de pousser dans la paume de leur main sans qu'un aucun frottement ne vienne l'en empêcher. Aujourd'hui, des formes hyperboliques sont apparues pour désigner des personnes très, très paresseuses, telles que "avoir un baobab dans la main", "avoir un palmier dans la main", et même "avoir une queue de vache dans la main".

Notez que, paradoxalement, ceux qui ont un cheveu sur la langue parlent autant que ceux qui n’en ont pas.

Une double aberration physiologique 

Pourtant, cette image, certes amusante, est peu réaliste. Le corps humain est en effet entièrement recouvert de follicules pileux, la petit usine à poils située sous la peau, à l'exception de deux zones : la plante des pieds et... la paume des mains. Avoir un poil dans la main est physiquement impossible.

De plus, les scientifiques estiment qu'en évoluant, les humains ont gardé des poils sur certaines zones pour deux raisons. La première est de protéger les zones sensibles du corps (les sourcils et les cils protègent les yeux des poussières et de l'eau, par exemple), la seconde est de servir de "roulement à billes" dans les zones de frottement de la peau (aisselles, cuisses, etc.). L'absence d'activité manuelle ne pourrait donc pas favoriser la pousse d'un poil dans la main, le fonctionnement de notre corps et de notre évolution suivant un raisonnement inverse.

Une formule très française

Cette expression nous permet cependant de désigner un fainéant, littéralement "celui qui fait néant", "celui qui ne fait rien". Nous sommes bien loin de l'agréable farniente italien, qui a pourtant exactement la même composition.

En Angleterre on utilise une jolie expression : "to be work shy". Cela veut dire avoir une certaine timidité vis-à-vis du travail. Pas sûr que cela passe comme excuse auprès de son supérieur hiérarchique. En Grèce, on dit "être le patron à l’auberge des fainéants", et en Espagne "ser mas flojo que una cortina", traduisez être plus mou qu'un rideau.

Les amoureux de la paresse et de la langue française peuvent toujours travailler à retenir cette citation de Jules Renard : "La paresse n'est rien de plus que l'habitude de se reposer avant d’être fatigué."

Europe 1
Par Stéphane Bern