Lucky Luke : connaissez-vous l'histoire des vrais frères Dalton ?

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Dans l'émission "Historiquement vôtre", Stéphane Bern fait le récit de la véritable (et méconnue) histoire des Daltons. Le dessinateur Jul, qui a repris le flambeau des bandes dessinées de Lucky Luke, réagit à la vie des quatre méchants qu'il refait naître sous son crayon à chaque album.

Depuis ses origines, Lucky Luke a toujours joué avec la réalité historique américaine. Et c'est particulièrement le cas avec les quatre compères qu'il pourchasse d'album en album : les frères Dalton. Joe, Jack, William et Averell Dalton n’ont en réalité jamais existé. En revanche, d'autres Dalton ont bel et bien marqué l'histoire américaine. Non seulement les vrais frères Dalton ont existé, mais Lucky Luke les rencontre à ses débuts, dans l’album Hors la Loi, publié en 1951. Mais Morris, le créateur de la bande dessinée, décide de tuer les quatre frères de l’Ouest dès la fin de ce premier tome.

Des sosies des Daltons

Le dénouement varie selon les éditions de ce premier tome : les quatre frangins sont soit pendus, soit abattus. Mais une chose est sûre : ils finissent bel et bien six pieds sous terre. Et ça, Morris l'a vite regretté. La disparition des Dalton le privait d'un bon ressort narratif.

Voilà pourquoi Goscinny, quand il reprend les scénarios de la série en 1957, propose à Morris de faire intervenir des sosies des véritables Daltons. Quatre cousins nettement moins méchants, mais beaucoup plus crétins, "un coup de génie" des auteurs selon Jul, qui dessine aujourd'hui les Lucky Luke

Joe, Jack, William et Averell apparaissent pour la première fois dans le 23e album de la série, Lucky Luke contre Joss Jamon, avant de devenir des personnages aussi récurrents que le chien Rantanplan.

"Goscinny et Morris ont créé des personnages des Daltons plus vrais que nature, qui les ont fait rentrer dans l'Histoire", explique Jul. "On se demande si les Dalton de la bande dessinée ne sont pas plus réels que les vrais."

Une famille bien plus nombreuse 

L'histoire des véritables frères Dalton commence du côté de l'Oklahoma, dans les années 1890. Ce qui est d'ailleurs assez tard dans l'histoire de l'Ouest, puisque la plupart des histoires de Lucky Luke se déroulent plutôt au milieu des années 1860.

La famille Dalton comptait bien plus de quatre frères : les parents Dalton ont eu quinze enfants, 10 frères et 5 sœurs. Mais ce qui est en revanche tout à fait exact, c'est qu'il y a bien eu quatre des dix frères qui sont devenus des criminels : Robert, Grat, William et Emmett Dalton.

Jul rappelle le rôle important de la mère de famille, dans la réalité, comme dans la fiction. "Ma' Dalton est inspirée de la vraie Adeline Dalton, qui se désespérait de voir ses fils mal tourner", révèle-t-il.

L'histoire aurait pourtant pu tourner autrement. Les Dalton venaient d'une famille plutôt tranquille. Surtout, le grand frère, Frank Dalton, incarnait la loi, puisqu'il était marshal, un fonctionnaire en charge de l'ordre public et membre d'une des plus anciennes agences fédérales américaines. Leur métier consiste à poursuivre les fugitifs, à protéger les témoins et à surveiller les transferts de prisonniers.

Du vol de chevaux à la grande truanderie

Grat, Emmett et Bob Dalton servaient aussi comme marshals, mais la mort de leur frère aîné dans l'exercice de ses fonctions finit de les écœurer du métier. D'autant qu'ils accusent leur propre agence fédérale d'être gangrénée par la corruption. C'est cette rancœur qui va les faire basculer de l’autre côté de la loi.

Les frères Dalton commencent petit. Au début, ils se cantonnent à voler des chevaux ou à faire du trafic de gnôle du côté des territoires indiens, où la vente d’alcool est interdite.

Mais en 1890, on change d’échelle. La troupe a bien grandi et les frères Dalton se mettent à voir plus grand. Petit à petit, le gang multiplie les attaques ferroviaires, en particulier sur la ligne de Santa Fe, entre le Kansas et le Nouveau-Mexique. La légende a beaucoup exagéré l'ampleur de leurs exploits, mais le gang a bel et bien mené une dizaine d'attaques en quelques mois.

L'attaque de trop

Très vite, leur culot et leur façon de procéder, sans aucune violence physique, fait qu'on se met à parler d'eux dans la presse américaine. Mais quelques mois plus tard, en juin 1891, une attaque tourne mal, avec un mort et quatre blessés laissés sur le carreau. La tension monte.

Du côté des autorités, terminé l'indulgence : il faut arrêter les Dalton. Leurs têtes sont mises à prix pour 40.000 dollars, soit environ un million de dollars d'aujourd’hui.

Les frères sont conscients que l’étau se resserre. Ils décident alors de tenter le tout pour le tout : un dernier raid, un coup fumant qui les mettrait financièrement à l'abri pour le restant de leurs jours et les ferait entrer dans la légende de l’Ouest. Ils décident de braquer deux banques en même temps, en plein jour et au même endroit. A Coffeyville en l’occurrence, une petite ville du Kansas.

Malheureusement, Chapman, un de leurs indicateurs, les a trahis et la ville est au courant de l’attaque. Une fusillade éclate entre les habitants de Coffeyville, jusque dans les deux banques visées. En douze minutes à peine, on compte huit morts. Emmett Dalton, touché à 23 reprises, sera le seul frère à s’en sortir vivant.

Un Dalton star des librairies et du cinéma

Condamné à perpétuité, Emmett Dalton est libéré pour bonne conduite au bout de quinze ans. En 1918, il publie Beyond the law un récit autobiographique qui retrace l'histoire du gang et de sa famille. Le frère Dalton a aussi joué son propre rôle dans l'un des premiers westerns tournés à Hollywood.

Son autre livre When the Daltons rode a été adapté au cinéma en 1940, trois ans après sa mort en Californie. Emmett Dalton, fut le dernier survivant d’une fratrie qui a toujours flirté entre la loi et le crime d’une part, et entre l’histoire et la fiction d’autre part. 

Europe 1
Par Stéphane Bern, édité par Alexis Patri