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«Les premiers soupçons sont intrafamiliaux» : Valérie Benaïm présente son enquête sur la disparition des enfants en France

Valérie Benaïm souligne également la délicatesse de l’enquête intrafamiliale. [Europe 1]

Valérie Benaïm dévoile "Ils ont disparu", son enquête sur la disparition des enfants en France, publiée ce mercredi aux éditions Fayard. Pendant deux ans, elle a rencontré magistrats, policiers et parents pour comprendre un phénomène complexe et douloureux, qui touche un enfant toutes les 13 minutes.

Un phénomène sérieux qui inquiète. Invitée dans l’émission Culture Médias, Valérie Benaïm est venue présenter son dernier ouvrage, Ils ont disparu, publié ce mercredi chez Fayard. Dans cette enquête approfondie, elle s'intéresse à un sujet sensible celle de la disparition des enfants en France.

"Les premiers soupçons sont intrafamiliaux", souligne Valérie Benaïm, résumant l’un des aspects les plus délicats de son travail. "C’est une enquête que j’ai menée seule pendant deux ans. J'aime travailler seule pour pouvoir prendre le temps de réfléchir, de me poser et de rencontrer tous les acteurs concernés. Sur ce sujet, il y avait deux approches possibles : une approche police-justice ou une approche testimoniale. J’ai voulu une vision la plus large et globale possible", a-t-elle expliqué.

Son enquête l’a amenée à rencontrer magistrats, avocats, présidents de tribunaux, policiers, gendarmes, parents, associations, et même des médiums. "Dans le parcours des parents d’enfants disparus, certains croisent des dérives sectaires ou consultent des médiums. Il était important pour moi d’englober tous les aspects de cette réalité", ajoute-t-elle.

Un enfant disparaît en France toutes les 13 minutes

Valérie Benaïm confie que son travail part d’une double casquette, celle de journaliste et celle de mère. "Je me suis demandé si parler uniquement de faits divers était suffisant. Et en tant que maman d’un jeune homme de 25 ans, j’ai ressenti profondément ce que cela signifie", explique-t-elle. Elle rappelle que un enfant disparaît en France toutes les 13 minutes. En 2024, 38.000 disparitions de mineurs ont été signalées. "95 % sont des fugues et la plupart des enfants reviennent. Le chiffre de 38.000 signalements ne correspond donc pas à 38.000 enfants réellement disparus", a-t-elle toutefois précisé. 

Malgré tout, le phénomène reste préoccupant, avec 1.373 disparitions inquiétantes chaque année, un chiffre relativement stable mais très surveillé. "Même si la majorité des disparitions sont des fugues, cela n’exclut pas le danger. Notre société accepte de moins en moins que des enfants soient en danger, et il est normal que les journalistes et les institutions se concentrent sur ce sujet", poursuit-elle. 

Parmi ses rencontres, Valérie Benaïm cite Alain Boulay, dont la fille a été tuée. Il a créé une association composée uniquement de parents d’enfants disparus ou décédés. Ces parents dénoncent souvent une lenteur de la justice et un manque de suivi, une frustration que la journaliste comprend : "Les parents veulent être informés à chaque instant, ce qui est normal. Les policiers et la justice travaillent intensément, mais il existe un décalage entre attentes et contraintes institutionnelles".

Elle souligne également la délicatesse de l’enquête intrafamiliale. "Les policiers privilégient d’abord l’hypothèse intrafamiliale, ce qui est très difficile à vivre pour des parents innocents. Malgré leur professionnalisme et leur tact, cette intrusion reste difficile", a-t-elle relaté.