Dans son roman "Spécimen", Pauline Clavière s’aventure dans des zones sombres de l’esprit humain. Invitée dans "Culture Médias", elle explique comment la littérature lui a permis de donner voix à un adolescent aux penchants pédophiles, en cherchant à comprendre sa construction psychologique sans jamais excuser ses actes.
À livre ouvert. Invitée dans l’émission Culture Médias, l’autrice Pauline Clavière est revenue sur son roman Spécimen et sur sa volonté d’explorer, par la littérature, les zones les plus troublantes de l’esprit humain. Sur la difficulté d’écrire les pensées d’un personnage aux penchants pédophiles, l’autrice explique que cette démarche était au cœur même de son projet littéraire. "C’était quelque chose d’assez gênant pour moi, mais je crois que justement la littérature permet ça : aller dans les recoins les plus sombres, les plus gênants, les choses qu’on n’a pas envie d’aborder", a-t-elle expliqué.
Selon elle, l’écriture a été un moyen d’approcher son personnage, Raphaël. "Je n’avais pas envie de l’entendre parler, je n’avais pas envie de le voir non plus. L’écriture était pour moi le moyen de m’approcher de lui, de ce qu’il pouvait être, et surtout de m’en approcher le plus possible en tant qu’être humain", a-t-elle raconté.
"Ce sont des humains"
Dans son roman, Pauline Clavière cherche avant tout à comprendre la construction d’un individu, sans pour autant excuser ses actes. Elle rappelle notamment qu’il existe différentes réalités derrière ces comportements.
"Tous les gens qui ont des pensées pédophiliques ne sont pas des pédophiles. Tout le monde ne passe pas à l’acte. C’est important de le dire", a-t-elle tenu à préciser. L’autrice insiste sur la nécessité de ne pas réduire ces individus à une simple figure monstrueuse. "On a tendance avec ces sujets à ne voir qu’un monstre social, quelqu’un que personne ne veut regarder. Moi, je voulais aussi explorer la part d’humanité en lui", a expliqué Pauline Clavière.
"Cette jeunesse-là est menacée par ces dérives"
Pour nourrir son travail, Pauline Clavière s’est entourée de spécialistes, notamment le psychiatre Walter Albertier, qu’elle remercie à la fin de son ouvrage. Celui-ci travaille auprès de personnes confrontées à ces troubles et lui a permis de mieux comprendre certains mécanismes.
L’autrice évoque également le rôle des réseaux sociaux et les dangers auxquels les jeunes générations sont aujourd’hui exposées : "Cette jeunesse-là est menacée par ces dérives et on ne pourra pas fermer les yeux indéfiniment". Elle reprend également une image marquante évoquée par le psychiatre pour décrire certains mécanismes celle d'une forme d’immaturité sexuelle, où le désir resterait fixé sur une image d’enfance.
Si son roman aborde un sujet extrêmement sensible, Pauline Clavière insiste sur le fait que reconnaître l’humanité de ces individus ne signifie en rien excuser leurs actes. "Ce sont des êtres humains. Ça ne veut pas dire que ce qu’ils font est acceptable ou qu’ils ne doivent pas être punis. Mais ils font partie de l’espèce humaine", a-t-elle fini par conclure.