Jacques Attali défend "la gastronomie positive, bonne pour soi et pour le monde"

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Dans son plus récent ouvrage, l'ancien conseiller de François Mitterrand retrace des siècles d'alimentation et imagine celle de demain. Il assure que produire à l'échelle mondiale peut se faire avec qualité.
A TABLE !

En publiant Histoires de l'alimentation, Jacques Attali était tout indiqué pour rejoindre les convives de La Table des bons vivants. L'ancien conseiller politique de François Mitterrand, qui retrace dans son nouvel ouvrage le parcours alimentaire de l'homme depuis les cavernes, a pris son rond de serviette samedi dans l'émission. 

Le repas, ennemi du capitalisme

Le grand sujet de son ouvrage, c'est que l'alimentation va de pair avec la vie. C'est certes une nécessité biologique mais "le temps passé à table, depuis toujours, a été le temps du partage, de l'apprentissage, de la transmission, du règlement des conflits. Le repas est l'ennemi du capitalisme", glisse l'essayiste (qui avoue pour sa part un net penchant pour le chocolat noir). Il explique son raisonnement économique : "Pendant le repas, on ne consomme que peu de choses de son revenu et on ne travaille pas. Le capitalisme n'aime pas ça. Quand le capitalisme commence vraiment à prendre le pouvoir, vers la fin du XIXe , il fait tout pour réduire le repas. Il rend la nourriture fade avant de la rendre industrielle, puis on réduit la durée du repas de façon à laisser de la place pour faire et consommer autre chose et travailler."

Repenser l'agriculture

Membre fondateur de l'association Action contre la faim, Jacques Attali consacre une partie de son ouvrage à l'environnement et concède lui-même avoir "profondément" changé ses habitudes : "J'ai développé le concept de la gastronomie positive, à la fois bonne pour soi et bonne pour le monde. Je ne mange pratiquement plus de viande rouge, si possible un maximum de choses produites pas très loin de chez moi", explique-t-il. Et en européiste convaincu, Jacques Attali pense qu'il faut repenser l'agriculture européenne et même mondiale.

Entendu sur europe1 :
On peut mêler la production de masse à bas coûts avec une agriculture de qualité

"La France est un cas particulier dans la gastronomie mondiale. Il faut aider nos agriculteurs à revenir vers une agriculture la plus naturelle possible. On peut mêler la production de masse à bas coûts avec une agriculture de qualité", assure-t-il tout en pensant que "nous devrions tous quel que soit notre niveau de vie consacrer une part légèrement plus grande de notre pouvoir d'achat à l’alimentation. Ça permettrait aux paysans de vivre mieux, on consommerait mieux et on n'utiliserait pas de l'argent à des choses moins utiles. Il faut réformer la politique agricole commune, donner beaucoup moins d'argent aux grands céréaliers et aux productions industrielles, beaucoup plus d'argent aux petits producteurs", résume-t-il.

Le questionnaire des bons vivants

Pour mieux le connaître côté fourchette, l'auteur et conseiller a accepté de passer sur le gril des interrogations de Laurent Mariotte :

-Le goût de votre enfance ?

"Le couscous que faisait ma mère. Je suis né en Algérie. La cuisine arabe a été la grande cuisine qui a hérité de la cuisine chinoise et qui a donné la cuisine italienne puis française. C'est une immense cuisine avec une variété incroyable."

-Votre plus beau repas ?

"Il y en a plein. Des repas privés, d'occasions émouvantes. Et peut-être que l'un des repas les plus extraordinaires auxquels j'ai assisté, c'est un repas d'Etat en Inde. Le président indien reçoit d'une façon spectaculaire, incroyable, avec un serviteur derrière chaque convive, avec une plume de 60 cm de haut, et qui s'inclinent tous exactement en même temps, au millimètre près tout au long du dîner, ce qui fait qu'on a du mal à se concentrer sur autre chose. C'est un ballet. Et les nourritures indiennes sont parmi les plus belles du monde."

-Votre pire repas ?

 "Très jeune, j'étais invité chez un copain de classe. C'était des gens importants et le malheur veut qu'ils servent des anchois et je déteste les anchois. Je me suis cru obligé de les manger."

-Le plat que vous ne pouvez pas manger ?

"Je ne peux rien manger qui renvoie au serpent : les anguilles, ces choses-là."

-Quel plat emmèneriez-vous sur une île déserte ?

"Déjà de l'eau. Et des graines de blé."

-Quels sont les invités de votre dîner idéal ?

"Shakespeare, Dante, Molière et quelques autres."

-Quel est le dernier plat que vous avez cuisiné ?

"Il y a très longtemps, des pâtes à la vodka. Mon amie Macha Meril écrit des livres de cuisine simples."

-Le mot de la FAIM ?

"Faire en sorte que personne n'en ait !"

Europe 1
Par Aurélie Dupuy