Guillaume Canet défend les agriculteurs : "Ce sont les premiers empoisonnés"

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L'acteur s'est engagé pour montrer sa vision du monde paysan, en incarnant un agriculteur pris dans une descente aux enfers dans le film "Au nom de la terre", en salles le 25 septembre.
INTERVIEW

Il est né à Boulogne-Billancourt mais assure qu'il était issu d'un "milieu rural plus gamin". L'acteur Guillaume Canet a renoué avec ces racines en jouant dans Au nom de la terre, un film qui raconte la descente aux enfers d’un paysan englouti par un système de plus en plus intensif. Une histoire véritable aussi, celle du père du réalisateur, Edouard Bergeon, que le comédien a incarné jusqu'à porter les véritables bottes du paysan. Au micro de Patrick Cohen dans l'émission C'est arrivé demain, Guillaume Canet a expliqué pourquoi ce rôle l'a profondément touché.

"On en oublie qu'on accepte de mettre certaines choses dans notre assiette"

Sans se décrire comme un pur citadin, l'acteur confie qu'il ne "mesurait pas à quel point" tout un chacun était responsable en tant que consommateur. "Le sujet du film pour moi n’est pas que la difficulté des agriculteurs, ça va aussi vers ce qu’on a imposé aux agriculteurs pendant des années après la guerre, leur dire qu’il fallait aller vers la productivité, le rendement. On leur a donné des produits phytosanitaires, ça s’appelait comme ça. Aujourd’hui on dit que ce sont des empoisonneurs alors que ce sont les premiers empoisonnés", clame le comédien, défendant les agriculteurs. Il poursuit : "On en oublie que nous, on accepte de mettre certaines choses dans notre assiette. Et que ces produits, tant qu’on les achète, il faudra les produire."

Outre cet aspect d'offre et de de demande, le scénario a eu aussi le mérite, selon le comédien, de montrer l'étendue de la complexité de ce que vivent les agriculteurs.

Un métier souvent aimé, au grand air avec des paysages à couper le souffle, mais exercé par des agriculteurs qui "produisent à perte parce qu’il y a des grands industriels qui leur dictent la manière dont ils vont travailler et ce qu’ils vont gagner (...) Un tiers gagne moins de 350 euros par mois, en travaillant 14h par jour, et se retrouve confronté au problème de ne pas pouvoir faire de la qualité. S’ils veulent faire de la qualité, il faut qu'ils la payent de leur poche", regrette l'acteur qui ajoute :"Il y a une conjoncture qui fait qu’ils se retrouvent être le maillon faible. Leur père, grand père, arrière grand-père ont géré ces terres. Ils se retrouvent à être celui qui n’y arrive plus et qui va devoir vendre."

"Extrêmement fier" du film

Une tableau général qui peut se terminer en drame. "C’est la culpabilité totale et c’est là qu’ils se mettent à commettre l’irréparable", souligne le comédien qui se dit "extrêmement fier de ce film". "C’est la première fois que je m’engage autant. J’ai toujours été un peu gêné par le fait que les acteurs s’engagent politiquement ou socialement. Ça m’a toujours un peu enlevé de mon fantasme de spectateur", explique-t-il.

Entendu sur europe1 :
Je ne sais pas ce que bouffe mon fils à l’école le midi et ça m’emmerde considérablement

Mais pour ce long-métrage, qu'il a coproduit, il estime ne pas avoir pu "faire autrement. Ce n’est pas l’acteur qui parle, c’est le père de famille, c’est le citoyen. Je ne sais pas ce que bouffe mon fils à l’école le midi et ça m’emmerde considérablement. On mange mal, on ne veut plus payer pour manger et on ne veut plus cuisiner pour manger", s’indigne l’acteur.

Europe 1
Par Aurélie Dupuy