Gérard Jugnot : "Ce qui m’a sauvé de mon caractère un peu gris, c’est la passion que j’ai pour mon métier"

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Friand de comédie, l'acteur a confié à Isabelle Morizet être d'une nature raisonnable et mélancolique. Le cinéma lui permet de lâcher prise.
INTERVIEW

Grognon et bourru, mais avec des raisons de l'être. Tel est le nouveau personnage de Gérard Jugnot qui incarne un gardien d’immeuble qui élève tout seul son petit-fils, Victor, un enfant aussi imaginatif que fatigant, dans la comédie Quand on crie au loupde Marilou Berry. Invité de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie à l'occasion de la sortie du film en salles le 3 juillet, l'acteur a raconté sa vision du cinéma et expliqué que ce métier l'avait fait sortir de sa personnalité un peu maussade.

"Coincé" dans la vie, lâcher-prise sur scène

"J’ai souvent fait des personnages qui avaient une petite mentalité et qui évoluaient, devenaient un peu plus héroïques. Je ne sais pas si j’aurais eu le courage de Batignole (du film éponyme Monsieur Batignole) ou la patience de Clément Mathieu (son personnage des Choristes, ndlr) C’est l’avantage du cinéma." Le cinéma a aussi le mérite de sortir d'un quotidien qui aurait pu être plus terne. Au lycée Pasteur, où il rencontre ses camarades du Splendid, Gérard Jugnot pousse un peu les autres dans sa volonté d'aller vers le cinéma. "Thierry Lhermitte aurait pu être un grand médecin. Christian (Clavier) avait préparé Sciences Po. Marie-Anne (Chazel) aimait la littérature, Michel Blanc la musique. Je les ai un peu entraînés, il n’y avait que le clown sur une scène que je savais faire."

Entendu sur europe1 :
Si j’avais eu le physique d’Alain Delon, j’aurais fait une autre carrière. Mais peut-être pas aussi bonne. Que lui en tout cas. On fait avec ce qu’on a

D'autant que dans la vie, Gérard Jugnot se montre raisonnable. Presque trop. "J’ai beaucoup de mal à lâcher prise. C’est pour ça que je suis heureux sur une scène parce qu’on peut lâcher prise. Dans la vie, je suis un peu coincé." Il déteste en revanche qu'on lui colle l'étiquette du "Français moyen". "Ça ne veut rien dire. J’ai eu cette étiquette alors que pour Jacques Villeret, qui a fait la même carrière sur des Français dits moyens, on ne disait pas ça."

De ce Français dit "moyen", il estime en avoir montré "une illustration plus précise et plus profonde" dans ses propres films, en tant que réalisateur. Des types ordinaires qui se révèlent. "Si j’avais eu le physique d’Alain Delon, j’aurais fait une autre carrière. Mais peut-être pas aussi bonne. Que lui en tout cas. On fait avec ce qu’on a. Si on essaie de faire autrement, on ne peut pas changer grand-chose. Il n’y a pas que le physique, il y a le tempérament, la manière de se déplacer, de jouer, une voix, ce qu’on a dans la tête, ses soucis, sa timidité."

La comédie, fondée sur la noirceur

Et il y a aussi le genre des films. Gérard Jugnot est davantage allé vers la comédie. "C’est du drame qui s’arrête à temps. On ne rit que de choses affreuses, que de malheur. Vous regardez un mec qui en prend plein la tronche pendant une heure et demie et vous êtes là dans votre fauteuil climatisé et vous dites 'Chouette ! Ce n’est pas à moi que c’est arrivé'. J’aime le rire, la comédie, ça tient de l’alchimie. On transforme une matière affreuse, le drame, les emmerdes, la noirceur, les défauts et on en fait quelque chose qui fait rire les gens, du plaisir. C’est étrange. Regardez le nombre de films qui nous font rire et qui font leur nid sur la dernière Guerre mondiale !", étaye l'acteur, qui s'est illustré notamment dans le long-métrage devenu culte Papy fait de la résistance.

Une passion transmise à son fils

Gérard Jugnot sait aussi que le rire est moins porteur pour remporter un trophée, lui qui a été nommé sept fois aux César ou Molière, repartant bredouille à chaque fois. "Les César,c’est une tombola, il faut être dans le film qui a marché. On peut être formidable dans un film qui n’a pas marché et c'est cuit, formidable dans une comédie et c’est cuit. J'ai été nommé l’année où Depardieu était dans Cyrano. Là, on n’achète pas le smoking. Ça m’arrivera peut-être, ou pas. Ça me touchait à une époque mais plus maintenant", relativise-t-il. Car son métier le rend heureux.

Il a d'ailleurs transmis son amour du jeu à son fils Arthur. "On a une connivence, on connaît les choses. C’est compliqué d’être 'fils de', c’est toujours compliqué d’être le fils de quelqu’un. 'Fils de', c'est plus facile d’entrer mais on vous attend avec un plus gros fusil. Je crois que ce qui m’a sauvé de mon caractère un peu gris, un peu maniaco-dépressif, 'mélancomique', c’est la passion que j’ai pour mon métier, qui m’a rendu très heureux. Voir que mon fiston a le même bonheur, ça me soulage", conclut le comédien.

Europe 1
Par Aurélie Dupuy