Bande dessinée : un marché à la fête, mais des auteurs qui peinent à gagner leur vie

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Alors que s'ouvre le Festival d'Angoulême, les ventes de bandes dessinées en France affichent des chiffres records pour l'année 2018, en raison notamment d'une multiplication du nombre des publications.

Le 46ème Festival international de la bande-dessinée d'Angoulême s'ouvre jeudi. Quelque 200.000 festivaliers y sont attendus durant quatre jours, avec des expositions événements consacrées à Batman, à Tom-Tom et Nana, à Richard Corben, ou encore à Jérémie Moreau, lauréat du Fauve d'Or en 2018 avec La Saga de Grimr. Autant d'exposants qui devraient avoir le sourire, car le secteur de la bande dessinée se porte bien, très bien même, puisque l'année 2018 a été la meilleure depuis 15 ans.

Les indétrônables. En 2018, 44 millions de bande-dessinées ont été vendues, soit un million de plus qu'en 2017, et cinq de plus qu'en 2016, selon l'institut GfK. À y regarder dans le détail, on note que ce sont surtout des séries, valeurs sûres du Neuvième art, qui dominent les ventes. Sur les dix BD les plus vendues cette année, neuf sont des séries : Lucky Luke, Black et Mortimer, L'Arabe du futur, Les Vieux Fourneaux ou encore Dragon Ball. Seul Marion Montaigne et son Dans la combi de Thomas Pesquet font figure d'exception.

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Une percée des mangas et des comics. Globalement, la vente des BD franco-belge est en légère baisse. Ce sont les comics et surtout les mangas qui boostent le marché, avec une augmentation de 11% sur un an, soit 38% de la BD en France. "Il y a une culture du manga qui s'est installée en France. Aujourd'hui, sont arrivés dans les maisons d'édition des gens qui ont été élevés avec des mangas comme Goldorak, Candy ou Naruto", relève Benoit Pollet, directeur des éditions Dargaud. "Ils développent et encrent ce genre culturel en France".

Du côté des comics, l'industrie cinématographique a indirectement contribué à booster les ventes lors de l'année écoulée. "On a vendu l'année dernière 44% de comics en plus qu'en 2017. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu dix films de super-héros qui sont sortis dans l'année", explique sur Europe 1 jeudi matin Didier Pasamonik, rédacteur en chef d'ActuaBD, principal site d'informations sur la bande-dessinée.

>> Retrouvez l'interview de Didier Pasamonik, invité de Matthieu Noël jeudi matin : 

Des publications de plus en plus nombreuses... Pour multiplier ses ventes, le marché de la bande-dessinée multiplie également ses publications. Plus de 5.000 BD sortent chaque année, de quoi toucher tous les publics. "Il y a les jeunes avec les mangas, mais il y aussi un autre phénomène qui est le roman graphique, avec, par exemple, L'Arabe du futur de Riad Sattouf. Et entre les deux, il y a ces BD pour tout le monde que sont, par exemple, Astérix et Lucky Luke", détaille Didier Pasamonik.

.... et une profession qui se précarise. Conséquence de cette inflation : peu d'auteurs peuvent vraiment vivre de leur plume. Plus de la moitié des dessinateurs et scénaristes de bande-dessinées gagnent en effet moins que le SMIC. Mais ils peuvent toujours espérer profiter du formidable coup de projecteur apporté par une récompense décrochée à Angoulême. "En 2017, ils ont mis comme tête d'affiche la BD de deux dessinateurs belges (Eric Lambé et Philippe de Pierpont pour Paysage après bataille, ndlr). L'album multiplié par 200 ses ventes", assure Didier Pasamonik. "Un Fauve d'Or est un démultiplicateur."

Europe 1
Par Matthieu Charrier et Romain David