"Avant la guerre de 1914-1918, vous avez des chansons nationalistes" : Jean-François Kahn raconte sa passion pour l'histoire de la chanson

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En cette période de centenaire de la Grande Guerre, Jean-François Kahn, historien de formation, explique comment les chansons en disent long sur l'époque.
INTERVIEW

Comment savoir ce que pensaient les gens à une période donnée de l'histoire ? Le journaliste Jean-François Kahn, historien de formation, s'est posé cette question. Mieux : il a trouvé comment y répondre. Alors que sort son nouvel ouvrage intitulé M la maudite, dans lequel il évoque la Musique avec un grand M, il a expliqué sur Europe 1 comment la musique, et surtout la chanson française, pouvait permettre une lecture de l'histoire et notamment de la Grande Guerre dont la France fête le centenaire.

Les  chansons de l'époque comme indicateurs. Le romancier était face à un manque de documentation sur l'état d'esprit de la population au cours de l'Histoire : "Je me suis aperçu que quand on veut savoir ce que pensaient les gens à une époque, c’est très difficile. Qu’est-ce que pensaient les gens sous Louis XIV ? C’était un régime totalitaire. Il y avait les rapports, mais vous croyez qu’un gouverneur de province disait la vérité au Roi ? Il n’osait pas, tout le monde mentait", décrit l'historien qui a donc dû trouver une autre source : "Le seul élément que l’on a pour savoir ce que pensaient les gens, c’est les chansons de l’époque", assure-t-il.

Et l'écrivain de renchérir : "Quand Louis XIV est mort, vous n’imaginez pas la violence des chansons !". Les chansons qui permettent de mieux comprendre le 17e siècle permettent aussi de décrypter le 20e, d'après la théorie du romancier : "Avant la guerre de 1914-1918, vous avez des chansons nationalistes : Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine entre autres, qui est connue." Mais pas seulement, souligne Jean-François Kahn, qui pense aussi à des chansons "idiotes", comme Le fils de l'AllemandLe texte de cette dernière chanson raconte comment un soldat prussien arrive auprès d'une Lorraine avec son bébé dans les bras en lui demandant de le nourrir. "On se demande ce que fout un soldat prussien avec un bébé dans les bras", commente le romancier qui raconte la fin de la chanson. La femme refuse de donner le sein à l'enfant en disant "Ma mamelle est française. Je ne donne pas mon lait au fils d’un Allemand."

"Pas envie de faire" la guerre 39-45. La tonalité patriotique de ce texte se distingue de ceux de l'entre-deux-guerres, poursuit Jean-François Kahn. Dans les années 1935, 1936, les chansons se veulent joyeuses, légères. "On chantait Tout va très bien Madame la Marquise (1935), Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine (1936), Prosper yop la boum (1935). Et on a perdu la guerre de 40. La chanson montrait qu’on n’avait pas envie de la faire", commente le journaliste. "Avant la guerre de 40, la chanson ne véhiculait rien, mais sa façon de ne rien véhiculer était significative", conclut-il. 

Europe 1
Par Aurélie Dupuy