Cinq films d'Agnès Varda à (re)découvrir

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De gauche à droite : "Sans toit ni loi", "Visages,villages" et "Cléo de 5 à 7"
De gauche à droite : "Sans toit ni loi", "Visages,villages" et "Cléo de 5 à 7" © Montage photos
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La réalisatrice, décédée vendredi à l'âge de 90 ans, laisse derrière elle une riche filmographie qui mêle fiction et documentaire.

Sa petite silhouette n'arpentera plus jamais la rue Daguerre, dans le 14e arrondissement de Paris, où elle vivait dans une maison basse toute rose, aussi unique dans le quartier que sa propriétaire dans le paysage cinématographique français. Agnès Varda est décédée vendredi, à l'âge de 90 ans, des suites d'un cancer. Elle laisse derrière elle une filmographie riche, faite de fiction et de documentaires, contant la vie des autres comme la sienne.

La Pointe courte (1955)

Il y a dans le premier long métrage de la réalisatrice l'essence de son cinéma, tant dans son mode de fabrication que dans ce qu'il peut raconter. Tourné en 1954 avec peu de moyens, entièrement en décors naturels près de la ville de Sète, La Pointe courte met en scène Philippe Noiret (jeunesse et coupe au bol, méconnaissable) et Sylvia Monfort en couple incapable de communiquer. Autour d'eux, des pêcheurs de coquillages et des voisins luttent et se disputent. L'influence du néo-réalisme est palpable, celle du documentaire aussi, Agnès Varda ayant écrit le film avec les habitants du quartier. Un peu gauche, illuminé par son noir et blanc et la lumière estivale, La Pointe courte a beaucoup influencé le travail d'un autre grand nom du cinéma français, Alain Resnais… qui en était le monteur.

Cléo de 5 à 7 (1962)

Souvent chez Varda, les personnages errent sans autre but qu'essayer de (sur)vivre. Dans Cléo de 5 à 7, sorti en 1962, la Cléo du titre, jeune chanteuse à la fois frivole et plombée par la certitude d'être atteinte d'une maladie grave, traverse Paris en attendant 19 heures, moment auquel elle pourra enfin récupérer les résultats de ses examens médicaux. Tourné de la rue de Rivoli jusqu'au parc Montsouris (que l'on pouvait à l'époque traverser…en voiture), le film est d'une élégance et d'une poésie rares, décortiquant d'abord la solitude, puis le rapprochement. Avec en prime la musique de Michel Legrand, qui joue aussi le rôle du compositeur. Le constat final de Cléo, "je n'ai plus peur", sonne aujourd'hui comme celui de la réalisatrice, qui aura fait le choix de ne jamais se laisser submerger par la maladie.

Sans toit ni loi (1985)

Autre film, autre histoire de femme errant. En 1985, dans Sans toit ni loi, Agnès Varda filme Sandrine Bonnaire en jeune vagabonde qui finit par mourir de froid. Sa route, filmée comme un voyage, l'éloigne peu à peu des autres mais la rapproche d'elle-même. Agnès Varda brosse les portraits de personnages singuliers, plus ou moins marginaux, et à travers eux celui d'une société qui a de plus en plus de mal à intégrer tout le monde. Lion d'or au Festival de Venise, Sans toit ni loi a également permis à Sandrine Bonnaire, tout juste 18 ans à l'époque, de repartir avec le César de la meilleure actrice.

Les glaneurs et la glaneuse (2000)

Si elle a souvent tourné avec peu de moyens, Agnès Varda n'en a pas moins utilisé les dernières technologies numériques. Il fallait la voir tourner seule, avec une petite caméra tenue d'une main, ce documentaire qui a fait date, Les glaneurs et la glaneuse. La réalisatrice y rencontre des agriculteurs, des salariés et des retraités qui récupèrent des restes de nourriture dans les champs, les vergers ou les poubelles des supermarchés. Le film est également une mise en abyme de son propre travail de cinéaste, elle qui récupère à sa manière des images et des bouts d'histoires pour alimenter son œuvre. Le succès public du film a par ailleurs conduit à restaurer et exposer le tableau Glaneuses à Chambaudoin, de Pierre Hédouin, jusque-là remisé dans les sous-sols du musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône.

Visages, Villages (2017)

Le choix de faire appel au crowdfunding pour financer Visages, villages, co-réalisé avec JR, avait fait polémique avant le tournage du film. Finalement, cette déambulation à travers les campagnes françaises, pendant laquelle Agnès Varda et l'artiste contemporain rencontrent et photographient les gens avant d'afficher leurs portraits sur les murs de leur habitat, reçoit un très bon accueil critique. Si les personnes rencontrées apportent la matière du film, c'est bel et bien le lien entre JR et Agnès Varda qui en fait le sel. À travers la relation que le trentenaire entretient avec l'octogénaire se dessine une réflexion sur l'héritage et l'implacabilité du temps qui passe.