Inondations à Dubaï : comment expliquer la virulence des orages qui se sont abattus sur la région

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Romain Rouillard / Crédit photo : STRINGER / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP , modifié à
Des inondations spectaculaires ont paralysé Dubaï ce mercredi après que des pluies torrentielles - et inhabituelles pour la région - se sont abattues sur la plus grande ville des Émirats arabes unis. Un phénomène extrême que les experts imputent largement au dérèglement climatique.  

En 24 heures, il est tombé l'équivalent de deux ans de précipitations à Dubaï. La plus grande ville des Émirats arabes unis a été le théâtre d'inondations aussi inhabituelles que spectaculaires ce mercredi. Les principaux tronçons d'autoroute ont été littéralement submergés, le trafic aérien lourdement perturbé et les autorités ont pris la décision de fermer les établissements scolaires. 

Ces pluies torrentielles, qui ont également frappé Bahreïn, le Qatar ou encore le sultanat d'Oman ces derniers jours, sont les plus importantes jamais enregistrées dans le pays depuis le début des relevés en 1949. Elles ont provoqué la mort d'un homme de 70 ans, dont la voiture a glissé dans l'émirat de Ras el-Khaïmah, a fait savoir la police. Que s'est-il donc passé dans les airs pour générer une telle pagaille ? 

Le dérèglement climatique accentue l'intensité des phénomènes extrêmes

"On a eu un blocage de cellules orageuses au-dessus de Dubaï, donc ces fortes quantités de pluie se sont toutes abattues au même endroit", explique auprès d'Europe 1 Patrick Marlière, prévisionniste chez Agathe Météo. Ces orages "sont liés au transit d'une goutte froide dans le golfe Persique. L'air froid d'altitude a interagi avec une masse d'air subtropicale surchargée en humidité, générant une forte instabilité et un contexte propice à la formation répétée d'orages à fort potentiel pluviométrique", complète sur X (ex-Twitter) Keraunos, l'Observatoire français des orages.

Malgré son climat désertique, cette région du monde peut tout de même faire face, à cette période de l'année, à des épisodes orageux. En revanche, une telle intensité est tout à fait inédite, analysent de concert la plupart des experts. Un puissant cumul de pluie qu'il est difficile de ne pas imputer au dérèglement climatique et à sa capacité à accentuer la virulence d'un évènement extrême. "On voit qu'avec le réchauffement, les pluies les plus importantes augmentent en volume. Dorénavant, à chaque fois que nous aurons des pluies torrentielles, elles seront plus importantes que celles qui tombaient auparavant", éclaire Françoise Vimeux, climatologue à l'Institut de recherche pour le développement. "Si vous prenez cet évènement il y a 100 ans et que vous le remettez dans un climat non modifié, il est fort probable que vous obteniez des volumes de pluie inférieurs", ajoute-t-elle. 

Une opération d'ensemencement des nuages

Ce conflit entre des masses d'air chaudes et froides, propice à la formation d'orages, est en effet accentué par l'augmentation de la température des océans. De quoi provoquer une évaporation plus importante et générer une plus grande instabilité entre cette vapeur d'eau chaude et l'air froid présent en altitude. Un processus que l'on observe partout dans le monde et qui explique la multiplication d'évènements météorologiques extrêmes. 

Enfin, comme le rapporte le média Bloomberg, les autorités émiraties avaient mené en début de semaine une opération d'ensemencement des nuages. Une technique qui consiste à en modifier la structure afin de... faire tomber davantage de pluie. Un procédé censé doper le volume des précipitations dans ces régions très sèches, mais qui, dans ce cas présent, n'a fait qu'accentuer l'intensité du phénomène. D'autant qu'à Dubaï, une ville peu habituée à se noyer dans des torrents de pluies, ces précipitations n'ont pas tardé à plonger les habitants dans le chaos. Les sols, artificialisés pour la plupart, ne sont pas calibrés pour évacuer une telle quantité d'eau. 

La situation est cependant sur le point de revenir à la normale. Les prévisions ne font pas état de précipitations notables dans les prochains jours. Si, à Dubaï, les dégâts matériels sont non négligeables, le bilan humain est, lui, plutôt contenu avec une seule victime à déplorer. À Bahreïn, en revanche, 18 personnes, dont neuf enfants, ont trouvé la mort.