Téléphonie : peut-on croire à la fin du "roaming" en Europe ?

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Téléphonie : peut-on croire à la fin du "roaming" en Europe ?
Des jeunes autour d'un téléphone, sur la plage de Barcelone. @ JOSEP LAGO / AFP
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Dès 2017, les Français sont censés pouvoir payer un prix identique lorsqu'ils voyagent en Europe. Un objectif crédible ?

Est-ce bientôt la fin des factures de téléphones salées en rentrant de voyage à l'étranger ? Dans l'Union européenne en tout cas, les  usagers de téléphone mobile devraient voir leurs frais d'itinérance, dits "roaming", disparaître à compter du 15 juin 2017. A partir de cette date, les consommateurs sont censés payer un prix identique pour les appels, les SMS et les données mobiles (internet) où qu'ils se rendent dans l'UE. "Appeler un ami depuis chez soi ou à partir d'un autre pays de l'UE coûtera le même prix", assure la Commission européenne, qui a annoncé la signature d'un accord avec le Parlement européen et les Etats membres fin juin.

>> Mais peut-on vraiment y croire ?

Oui, car les opérateurs s'y mettent déjà un peu. Côté français, la première raison d'espérer que l'objectif de Bruxelles sera tenu vient des opérateurs eux même. Tous ont déjà lancé un large panel d'offres pour les voyageurs au sein de l'Union. Free vient par exemple de mettre complètement fin aux frais d'itinérance dans son forfait à 19,90 euros. En clair, les abonnés de ce forfait peuvent appeler et envoyer des SMS en illimité depuis et vers tous les pays de l'Union européenne. Ils disposent également de 3Go d'internet, le tout dans une limite de 35 jours par an et par pays.

Si Free est le premier à insuffler la fin du roaming dans un forfait déjà existant (et peu cher), ses concurrents ne sont pas en reste et proposent aussi pléthore d'offres : 29 euros chez SFR pour 15 jours par an par exemple, ou encore 40 euros chez Bouygues toute l'année (et avec 5Go). Orange, pour sa part, propose trois heures gratuites par an dans un forfait à 33 euros. Et sa filiale low cost "Sosh" commercialise un forfait à 19,99 euros, dans lequel les appels depuis l'Union européenne sont facturés 0,22 centimes la minute et les SMS sont gratuits.

Oui, car le coût du roaming va baisser. Il n'empêche, ces offres restent soit limitées, soit plus chères que les forfaits normaux. On est donc encore loin du "tout illimité partout, tout le temps et au même prix que le forfait de base" laissé miroité par la Commission européenne. Et pour cause : assurer la communication à l'étranger coûte de l'argent aux opérateurs français. Pour continuer d'offrir un service à l'étranger, chaque opérateur français passe un contrat avec les opérateurs des autres pays, pour pouvoir utiliser leurs réseaux. Ces derniers facturent la location du réseau, et cela se répercute sur la facture du consommateur.

"Ces coûts ne peuvent pas être nuls et il semble normal qu’un forfait couvrant l’Europe ne soit pas identique à un forfait sans roaming. Les coûts du roaming n’ont pas à être supportés par des clients qui feraient un usage exclusivement domestique de leur forfait", nous explique-t-on par exemple chez SFR.

Reste que d'ici 2017, l'objectif peut encore être atteint. "Les coûts du roaming pour les opérateurs sont en baisse. C'est une tendance de fond", reconnaît-on chez SFR.

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AFP - Il ne faudrait pas qu'un consommateur puisse aller chercher un abonnement à bas coût en Estonie, et puisse l'utiliser sans surcoût en France".


Oui, car "les opérateurs son prêts". Le développement de la concurrence et l'afflux de consommateurs en Europe explique en partie cette "tendance" à la baisse. La fin des abus, côté opérateurs, aussi. Auparavant, l'opacité des contrats permettait aux opérateurs de surfacturer le coût du "roaming" à leurs clients, afin d'accroître leurs marges. Mais le plafonnement des prix instauré par Bruxelles et la course aux tarifs attractifs ont conduit les opérateurs à davantage se raisonner. "Auparavant, le 'roaming' représentait une source de chiffre d'affaires sympathique pour les opérateurs français. Mais c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. Les opérateurs sont prêts pour le supprimer sans trop subir de perte", résume pour Europe 1 un observateur avisé du secteur.

Rien n'est joué, car il reste des obstacles à franchir. Rien n'est toutefois encore gagné pour la Commission européenne. Car si les opérateurs français semblent prêts à encaisser la fin du "roaming", ils voient aussi d'un mauvais œil le fait que leurs concurrents étrangers fassent de même.  "Il faut éviter les abus. Il ne faudrait pas qu'un consommateur puisse aller chercher un abonnement à bas coût en Estonie, et puisse l'utiliser sans surcoût en France", nous explique-t-on chez Orange. Chez SFR, on prévient également : "nous serons vigilants" et on assure que les négociations se feront "au fil du temps".

Pour parvenir à supprimer le roaming, la Commission européenne doit donc accoucher d'une mouture finale capable de séduire le Parlement et les différents Etats européens, auprès desquels le lobbying des opérateurs est puissant. Ce qui passera par la mise en place d'un cadre solide capable de mettre tout le monde d'accord. Pour rappel, dans un premier temps, la fin du "roaming" avait été annoncée pour… 2015.