Comment Facebook investit le champ politique

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Comment Facebook investit le champ politique
Sheryl Sandberg (2ème à gauche) a rencontré Xavier Niel et Anne Hidalgo, mardi, à Paris.@ AFP
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Autrefois neutre, Facebook assume de plus en plus son rôle international et ses incursions dans le champ politique.

Entourée de Xavier Niel, figure de la high-tech française, et Anne Hidalgo, maire de Paris, elle sourit au parterre de photographes massés ce mardi matin en plein cœur de la Station F, un incubateur des nouvelles technologies dans le 13ème arrondissement de la capitale. Elle, c’est Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, venue annoncer mardi le lancement d’un "Startup Garage", un programme d’accompagnement des jeunes pousses dans ce campus géant.

  • Des déplacements dignes de chefs d’État

Dimanche, Sheryl Sandberg avait déjà rencontré des officiels allemands et tenu une conférence de presse, comme un chef d’État en visite officielle. Rien d’étonnant, car Facebook a pris l'habitude de parler d’égal à égal avec les gouvernements des pays dans lesquels se tissent sa toile, riche de près de 2 milliards d’individus. Dès 2011, Mark Zuckerberg rencontrait ainsi Nicolas Sarkozy à l’Élysée, dans le cadre d’un e-G8 sur l’économie numérique. Depuis, l'homme au sweat et aux claquettes continue de fréquenter les puissants de ce monde. Il a notamment créé des liens forts avec le Premier ministre indien, Narendra Modi, qu’il a récemment reçu dans les locaux de Facebook, en Californie.

  • Une collaboration avec Sciences Po

Lors de sa visite à Paris, Sheryl Sandberg a aussi annoncé la création d’un "laboratoire d'innovation politique", relation universitaire qui était plutôt l’apanage de Google sur le sol français, entre association avec l’Institut d’études politiques et financement d’un fonds de soutien aux titres de presse. Ce laboratoire doit "encourager les responsables de demain à trouver des solutions innovantes et concrètes aux questions de politiques publiques", explique le réseau social dans un communiqué. Celui qui se présente comme un "Think and Do Thank" fonctionnera en partenariat avec l'école 42 de Xavier Niel. 

Trente étudiants de l'école participeront ainsi chaque semaine à des sessions de mentoring et chaque mois à des réunions avec les responsables de Facebook. Pour la première session, mercredi, c'est la COO de Facebook, Sheryl Sandberg qui était face aux étudiants.

  • Une plus grande régulation des contenus

Facebook a aussi changé d'attitude au niveau de la publication des contenus. Depuis l’élection de Donald Trump, le réseau social ne cesse d’être accusé d’avoir laissé les fils d’actualité de millions d’Américains être pollués de "fake news", au détriment des publications de médias traditionnels. "Nous ne voulons pas décider de ce qu’est la vérité", a indiqué Sheryl Sandberg lors de sa visite à Berlin. "Mais nous prenons nos responsabilités." Le réseau social va aussi accélérer sa lutte contre la propagation de contre-vérités par les comptes européens.

Il y a quelques mois, en juin 2016, la même Sandberg soutenait une position bien différente. "Nous appartenons au domaine des technologies, pas des médias. Nous n'essayons pas pas d'embaucher des journalistes et nous n'essayons pas de faire de l'information", avait-elle estimé. Cette évolution est née de la victoire de Trump, mais pas seulement, car Facebook investit de plus en plus le terrain des idées. "Nous devons permettre aux gens de partager librement ce qui leur tient à cœur dans l’actualité", expliquait Sheryl Sandberg en octobre 2016. "Mais nous voulons aussi être un endroit dans lequel la violence, le terrorisme et la haine n’ont pas leur place. Nous voulons être une communauté sûre." Tout un programme… politique.

  • Un créateur aux ambitions politiques ?

Tout dans le comportement de Mark Zuckerberg laisse penser qu'une carrière politique lui irait bien. Sur son blog, le maître de conférences en sciences de l’information Olivier Ertzscheid a listé les différents signes qui tiennent presque d’une pré-campagne présidentielle. Deux ans loin des affaires courantes de l'entreprise, tour des États-Unis, lobbying des cadres de Facebook, revendication de sa foi… Les petits cailloux semés par Zuckerberg s’accumulent. Le magazine américain Wiredtrouve même que le boss de Facebook se comporte en futur candidat. D’ici à ce qu’il brigue prochainement l’investiture démocrate...