Faut-il être barjot pour faire les X-Games ?

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Faut-il être barjot pour faire les X-Games ?
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FREESTYLE - Europe1.fr est parti à la rencontre de ces sportifs de l’extrême, à Tignes.

Krief
Skis ou snowboard aux pieds, ils se jettent dans des demi-tubes de neige verglacée à tout vitesse, tentent des rotations acrobatiques à plus de 15 mètres de hauteur. Eux, ce sont les riders de l’extrême, qui se défient chaque année aux X-Games, compétition crée en 1997 à Aspen aux Etats-Unis. Faut-il être un peu barjot pour devenir un freestyler de première classe ? Europe1.fr a directement posé la question aux meilleurs d’entre eux, qui ont débarqué ces derniers jours à Tignes, pour la quatrième édition des X-Games Europe 2013.

>>> A VOIR : La leçon du pro aux X-Games

"Bien sûr qu’il faut avoir un grain de folie pour faire ce sport", admet d’emblée Kevin Rolland, jeune Français de 23 ans, champion du monde de ski freestyle en 2009 et quatre fois vainqueur des X-Games. Déjà sur des skis à l'âge de deux ans et demi, ce mordu d’adrénaline ne peut rester en place. "Quand j’ai été blessé l’année dernière (rupture des ligaments croisés du genou), j’étais comme un lion en cage. J’ai besoin de m’envoyer en l’air tout le temps. C’est plus qu’une passion, c’est ma vie".

Kevin Rolland termine 3e des X-Games 2013 :

Un besoin de sensations fortes dont raffole le public des X-Games. Ils sont plus de 10.000 fans à avoir fait le déplacement dans la station savoyarde pour ce show à l’américaine. Avec une bande de copains, Magnus, un Finlandais de 27 ans, est béat d’admiration pour ces athlètes. "Ils sont totalement fous", hurle-t-il pour essayer de couvrir la musique diffusée en permanence pendant la compétition. "Ils se jettent la tête la première et envoient des sauts hallucinants. Il faut être dingue pour faire ça !" Alors totalement fous ces riders ?

"Pas des footballeurs qui se roulent par terre au moindre coup"

En bas du half-pipe, Greg Guénet, c'est le coach de Kevin Rolland, celui qui lui glisse les derniers conseils avant chaque run. A 40 ans, cet ancien membre de l’équipe de France de ski acrobatique dirige aujourd’hui le Freeski Project (qui rassemble entre autres Thomas Krief, Xavier Bertoni et Kevin Rolland). "Ses" gamins, il les connaît par cœur pour les suivre en tournée toute l’année, en Nouvelle-Zélande l’été jusqu’aux Etats-Unis où ils passent une bonne partie de la saison. "Oui, ces mecs sont des têtes brûlées qui repoussent leurs limites toujours un peu plus loin. Mais ils sont loin d’être débiles, ce sont avant tout des sportifs professionnels".

Thomas Krief

"Ce sport demande tellement de perfection technique et de propreté qu’il est impossible d’être une totalement déjanté", renchérit Thomas Krief, membre du Team Caisse d’Epargne (en photo ci-dessus). Ce futur grand du ski freestyle s’est déjà cassé la clavicule mais refuse l’image du sportif totalement cinglé : "j’ai toujours été réfléchi et je n’ai jamais pris de risques démesurés". "On s’entraîne énormément", renchérit Kevin Rolland. "On passe des heures et des heures à répéter chaque figure, ça devient une habitude à force".

Des risques extrêmement calculés

D’ailleurs, pour minimiser les risques d’accidents graves – le circuit a été endeuillé en 2012 par la mort de l’Américaine Sarah Burke après une terrible chute à l’entraînement - , coach Greg Guénet mène la vie dure à ses protégés. Des heures de musculation pour préparer le corps à encaisser les chocs. Des centaines et des centaines de sauts sur un trampoline pour répéter les sauts. Tels des Roger Federer ou des Rafael Nadal qui passent des heures à travailler leur service, les freestylers sont des perfectionnistes. "Après, c’est sûr qu’ils prennent des coups dans la tronche", raconte Greg Guénet qui compare le punch du freestyle à celui qui existe en rugby. "Ils ont l’habitude de prendre des jetons, ce ne sont pas des footballeurs qui se roulent par terre au moindre petit coup".

Caradeux

Anaïs Caradeux a 22 ans. Après une enfance passée en Guadeloupe à pratiquer à haut niveau le patin à glace, cette boule de nerfs est arrivée assez tard dans le freestyle (à 15 ans). Pour l’instant, elle ne s’est encore rien cassée. Aucun accident grave mais des belles grosses frayeurs. Huit en fait. Huit traumatismes crâniens après des mauvaises réceptions. Si elle met en avant, elle aussi, l’importance de la préparation, elle reste lucide. "Normalement, on atterrit au bon endroit mais parfois… parfois, ça peut faire mal".

Les JO, une perte d’identité ?

Cette année, les X-Games de Tignes font figure de répétition générale. Les meilleurs freestylers se règlent pour mieux préparer leur grand rêve à tous, Sotchi l’année prochaine. Tous, Anaïs la preimière, sont extrêmement pressés de voir enfin leur sport aux JO. Tous… sauf un. A 30 ans, Candide Thovex a laissé de côté (pour le moment) la compétition. Le premier grand freestyler français n’apprécie que très moyennement la professionnalisation de son sport. "L’esprit de la gagne est beaucoup plus présent qu’avant. J’aimerais vraiment qu’on ne perde pas de vue l’esprit fun de cette discipline". Toujours aussi souriante, Anaïs Caradeux lui fait une promesse : "notre petit grain de folie, on l’amènera à Sotchi".