Gérard Piqué, le porte-étendard de la Catalogne haï par Madrid

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Gérard Piqué, le porte-étendard de la Catalogne haï par Madrid
Gérard Piqué, avec le maillot senyera (aux couleurs de la Catalogne) du Barça en 2014. @ JOSE JORDAN / AFP
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PORTRAIT - Hué, insulté lors de l’entraînement de la sélection espagnole, Gérard Piqué a choisi de porter la cause catalane. 

Pour mieux comprendre l’homme et le joueur - copieusement insulté ce lundi à l'entraînement -, il faut revenir trois ans en arrière. Le 11 septembre 2014, les catalans manifestent en masse à Barcelone lors de la Diada, jour de fête nationale catalane, pour revendiquer l’indépendance de la région. Au milieu du million de Catalans habillés en rouge et or (couleurs de la senyera, le drapeau catalan), le défenseur catalan Gérard Piqué affiche un large sourire avec son fils sur ses épaules. Depuis ce jour, le défenseur du FC Barcelone n’a pas cessé d’afficher ses opinions en faveur d’un référendum d’autodétermination.

Un certain goût de la provocation

Issu d’une famille de la bourgeoise catalane, Gérard Piqué a grandi et baigné dans le catalanisme – son grand-père a même été un temps le vice-président du FC Barcelone. Dès l’âge de 13 ans, il intègre la Masia, le centre de formation du Barça. Après une parenthèse de quatre ans à Manchester United (avec un prêt d’un an à Saragosse), le grand défenseur espagnol revient au bercail. Et pour de bon. Il devient rapidement l’un des cadres de l’équipe et forme, avec Carles Puyol, la défense centrale de la Roja (l’équipe nationale espagnole) lors de la Coupe du monde 2010.

Gérard Piqué est devenu au fil des années une cible de choix.
 

A cette époque, les problèmes de la Catalogne ne sont pas encore visibles. La Roja devient championne du monde. Le pays est en liesse et même le drapeau catalan sorti par Carles Puyol le soir de la finale contre les Pays-Bas, en Afrique du Sud, ne  réussira à entamer la joie collective. Mais il en faut très peu pour raviver la moindre polémique

Détesté par une partie de l’Espagne

Régulièrement sifflé dans des stades (Madrid bien sûr, mais aussi Oviedo, Getafe), il ne s’est jamais laissé démonter, répondant le plus souvent possible en catalan en conférence de presse – et n’hésitant jamais à allumer une mèche contre le Real Madrid, son pire ennemi. "Porte-parole, au sein du Barça, de la cause catalane, Gérard Piqué est devenu au fil des années une cible de choix", assure Henry de Laguérie, correspondant d’Europe 1 à Barcelone.

Piqué-2

"Il est un peu le pendant de Cristiano Ronaldo côté Barça", décryptait l’année dernière pour Eurosport Olivier Goldstein, journaliste à Equinox Radio, fréquence francophone de Barcelone. "Il est beau, riche, célèbre, il est marié à Shakira, il dîne avec Mark Zuckerberg, ses business de jeux vidéo et de boissons isotoniques marchent, quand il a quelque chose à dire, il le dit. Il n’est pas comme Puyol et Xavi qui avaient été accusés en 2007 d’avoir volontairement retroussé leurs chaussettes pour que n’apparaisse pas le drapeau espagnol mais qui savaient esquiver dans leurs réponses. Piqué, c’est plus qu’un joueur de foot, c’est un électron libre."

Des larmes et des insultes

Après le fiasco de la Roja au Mondial 2014, les choses ont empiré. Sa participation à la Diada deux mois après l’échec de la sélection à la Coupe du monde a offert aux détracteurs de l’indépendance catalane un nouvel argument – même si Gérard Piqué a toujours défendu le droit au référendum sans jamais se prononcer, pour ou contre l’indépendance. Les polémiques se succèdent jusqu’à l’absurde. Le 13 septembre 2015, la Fédération espagnole de football choisit carrément de délocaliser la rencontre amicale Espagne-Angleterre à Alicante – alors que le match était prévu initialement à Santiago-Bernabeu.



Ces derniers jours, les événements ont pris "une tournure qui ne restera pas sans conséquence", estime Henry de Laguérie. Le jour du vote, Gérard Piqué a retweeté de très nombreuses images des violences policières de la Guardia Civil. Après le match à huis clos du Barça, il a craqué devant les caméras. En larmes, il a accusé le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy de "mensonges". "Aujourd'hui plus que jamais je suis très fier du peuple catalan", a-t-il insisté avant de porter un peu l’étendard de son peuple : "Dans ce pays pendant des années à cause du Franquisme on n'a pas pu voter. Ce droit, nous devons le défendre."



Que peut décider la sélection espagnole ?

Jusqu’à présent, les différences étaient connues au sein de la sélection espagnole entre les Catalans et les "Madrilènes". Des désaccords, des frictions parfois mais des positions toujours respectées. Depuis dimanche, les choses semblent bien différentes. Lundi, les joueurs et le sélectionneur Julen Lopetegui se sont réunis pour évoquer ces tensions. Selon les informations de As, "les relations entre Piqué et Sergio Ramos [autre leader de la Roja, ndlr] sont totalement rompues".

Piqué-Ramos

Après le huis clos de dimanche pour le match Barça-Las Palmas, Piqué avait, lui-même, clarifié la situation : "S'il y a des personnes à la Fédération qui pensent que je suis un problème, alors je n'aurais aucun problème pour arrêter la sélection avant 2018". Reste à savoir si une décision sera prise avant la rencontre de samedi, face à l’Albanie. Et surtout, peut-on craindre un effet domino au sein de la Roja ? Que diront des joueurs comme Jordi Alba, Sergi Busquets, Marc Bartra si Gérard Piqué était exclu ?