Fabrice d'Almeida : le foot "fait rêver, nous sort de nous-même, permet d'oublier"

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Prêts à hurler devant la télé pour France-Irlande dimanche ? Rien de plus normal pour Fabrice d'Almeida, invité d'Europe 1, samedi.

Si vous-même ou votre entourage avez l'impression de jouer votre vie à chaque match de l'Euro, qui plus est des Bleus, rien d'anormal, explique Fabrice d'Almeida, historien. Invité dans l'émission C'est arrivé cette semaine, il explique que "c'est le propre du jeu depuis la plus haute Antiquité, un moment particulier qui nous embarque."

Le tir au but ? "Un chevalier avec sa lance". Alors demain soir quand la France affrontera l'Islande en quart de finale de l'Euro, le phénomène devrait se répéter : vous, accroché à la télé, galvanisé, saisi, vociférant. "On essaye de voir l'excellence individuelle et en même temps collective. Ces jeux, au départ, se jouaient à un moment donné : mariages, fêtes religieuses. On se tapait la gueule pour montrer qu'on était beau pour...attraper l'amour !" Le climax du jeu, c'est le tir au but. "C'est le moment le plus radical au cœur du duel, du tournoi : l'élimination. Comme le chevalier qui fonce avec sa lance."

"Le pouvoir de s'identifier". Si l'individuel rejoint le collectif avec le football, c'est aussi par le passage d'un moment donné à une plus grande échelle grâce à... la télévision et au direct. Le foot est vraiment unique pour l'historien. "Les autres sports n'ont pas pris de la même manière". Mais dès la fin du 19e siècle, le foot -sport auquel le monde joue- devient identitaire, "avec la vague nationaliste". Football club et Racing font trop anglais, on opte alors pour Stade français. "Le foot a donc ce pouvoir : celui de s'identifier, se projeter dedans grâce à la télé et en même temps un pouvoir métaphorique, c'est à dire une capacité de projeter dans le jeu un parallèle de notre existence."

L'Euro "suit la géopolitique" de l'Europe. Le football permet aussi d'imaginer des conséquences collectives, notamment politiques. Exemple : si la France gagne, ça favorisera la croissance. Ce n'est pas faux pour l'historien. "Cet euro, c'est une compétition qui commence en 1960, le marché commun en Europe en 1957. Le développement de la compétition a suivi celui de l'Union. Des nations qui n'existaient pas sont désormais là, comme la Croatie. "On voit comment ça suit la géopolitique", alors pour quoi ne pas penser à des conséquences politiques ? On ne vous parle même pas du Brexit...

Et si jamais il n'y avait pas de croissance, cette folie foot ". Dans les moments de crise, quand on est un peu démobilisés, le football permet de retrouver l'idée qu'il peut y avoir quelque chose derrière nos vies."