Les coupes de la Coupe du monde

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Les coupes de la Coupe du monde
Le corcovado a les cheveux en pétard ce matin.@ Reuters
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LES CHEVEUX EN QUATRE - Retour sur vingt ans de mode capillaire chez les footballeurs pendant les Coupes du monde.

Du mulet à la "berlinoise". En foot, on parle souvent du match des coiffeurs (la rencontre sans enjeu disputée par les remplaçants), un peu moins du match des coiffures. Du mulet de Chris Waddle aux cheveux gominés plaqués en arrière d’Olivier Giroud, la Coupe du monde est pourtant l’occasion pour les joueurs de faire étalage de tout leur bagage technique mais aussi capillaire. Un domaine dans lequel les footeux déploient des trésors d’inventivité. Mais à trop vouloir se démarquer, les footballeurs finissent par tous se ressembler. Démonstration en vingt ans de Coupes du monde.

1994/1998, mulets et cheveux longs. Les années 90 marquent l’avènement d’une coiffure aujourd’hui désuète, le mulet. Une nuque longue née dans les années 80, que nombre de footballeurs ont arboré fièrement. Nul doute qu’aujourd’hui Roberto Baggio, Chris Waddle, Paul Gascoigne et Trifon Ivanov la dissimuleraient honteusement. En effet, cet attribut capillaire un peu particulier est désormais identifié comme une marque de mauvais goût flagrant. Si le mulet a quasiment disparu des terrains, les cheveux longs résistent un peu mieux, grâce notamment à Cavani et Falcao qui en sont les dignes représentants. De nombreux joueurs de la génération 1998 la portaient comme Dugarry et Petit pour les Français. Mais les meilleurs porte-étendards de cette coiffure très latin-lover sont à trouver en Italie ou en Argentine : Alessandro Nesta, Paolo Maldini, Francesco Totti, Gabriel Batistuta, Fernando Redondo ou encore Hernan Crespo portaient beau.

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© REUTERS

2002/2006, crêtes et crânes rasés. Changement de paradigme dans les années 2000 puisque les coupes les plus inoubliables des deux éditions de la Coupe du monde sont nettement plus courtes. Parmi les ardents défenseurs de la coupe iroquoise qui déferla sur le Japon et la Corée du Sud en 2002 figure le Turc Umit Davala. Grâce au bon parcours de la Turquie lors de ce mondial (troisième) et à son iroquoise, le milieu droit né en Allemagne accède à la renommée internationale. Mais il n’est pas le seul à avoir adopté cette mode : David Beckham, Clint Mathis (USA) et Christian Ziege (Allemagne) étaient aussi sur les rangs. Mention spéciale enfin au Brésilien Ronaldo. Pas pour avoir remporté le trophée, ni pour avoir fini meilleur buteur de la compétition, mais bien pour sa coupe de cheveux inspirée du rugbyman Jonah Lomu : une petite touffe de cheveux sur le devant d’un crâne entièrement glabre pour le reste.

Ronaldo

© REUTERS

2010/2014, la crête résiste, les "undercuts" explosent. Même si la crête fait toujours des adeptes (Neymar jusqu’à très récemment ou l’attaquant italo-égyptien El Sharaawy), la tendance majeure des années 2010 tourne en faveur de l’undercut. Un concept que nous explique Laurent, coiffeur au "Barbier du Faubourg" : "c’est un modèle de coupe lancé par Beckham, et largement repris depuis. On conserve toute la longueur sur le sommet du crâne en rasant les côtés." Rien qu’en équipe de France, ils sont nombreux à avoir adopté cette coiffure : Giroud, Griezmann, Debuchy, Pogba … Mais ils ne sont pas les seuls, puisque Cristiano Ronaldo et Marco Reus (blessé pour cette Coupe du monde) entre autres portent la même coupe.

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Pourquoi une telle créativité capillaire ? Comme l’anthropologue et  sociologue du sport Christian Bromberger le souligne dans son article « du complexe de Samson chez les footballeurs à la révolution des sourcils en Iran », la coiffure des grands joueurs en dit plus sur ce monde concurrentiel et médiatisé qu’on ne pourrait le croire. Au-delà du phénomène de mode, sur le temps long le chercheur observe un phénomène d’individualisation et de démarcation des joueurs par la distinction capillaire : "Jamais les équipes n’ont présenté une plus grande diversité capillaire qu’aujourd’hui, cette variété traduisant des tendances lourdes dans le façonnage de l’apparence : l’individualisation, l’ethnicisation, le brouillage ostentatoire des codes". 

Autrefois, la coiffure était un signe d’appartenance à une communauté de valeurs et de codes. Que ce soit chez les Gaulois jusqu’aux footballeurs des années 70, les cheveux longs et la pilosité étaient un symbole "d’ensauvagement collectif et d’ardeur belliqueuse". Mais toujours dans une optique de souder l’équipe dans la recherche de la virilité. 

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Pourquoi cette recherche de l’originalité ? Une visée collective qui a complètement disparu depuis quelques années. En cause, la marchandisation et la financiarisation d’un sport dont la production de richesse, estimée à 312 milliards d’euros, en ferait le 26eme pays au classement du PIB. De sport purement collectif, le football a donc pris une dimension individuelle, où, pour décrocher un contrat juteux où attirer l’attention des sponsors, chaque joueur doit développer ses propres caractéristiques sportives, mais aussi esthétiques.

"Il fallait que je tape dans l’œil des gens." Une analyse que partage Edouard Cissé, ancien joueur aux coupes de cheveux aussi nombreuses que ses clubs. Dans une chronique publiée sur Rue 89, il explique que la coupe de cheveux est "un signe distinctif" indispensable dans "une société d’image" où "il faut se faire remarquer comme on peut". Jay Jay Okocha, le Nigérian fantasque du PSG, lui avait notamment confié à propos de sa chevelure excentrique : "J’étais en fin de contrat, il fallait que je tape dans l’œil des gens."

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© REUTERS

"Pour qu’on se souvienne de moi". Au-delà de leur seule carrière sportive, la chevelure des joueurs leur permet aussi de rentabiliser leur image marketing en dehors des terrains. Ainsi, David Beckham ou, dans une moindre mesure, Stéphane El Sharaawy sont associés à une certaine coupe de cheveux. Les sponsors en sont bien conscients et utilisent l’image de marque des joueurs aux coupes les plus frappantes pour attirer le grand public. Nike a par exemple adopté cette stratégie en installant un atelier de coiffure spécial à Paris. Dans une publicité qui vante les mérites de ce salon, Mario  Balotelli se fait couper les cheveux. Et quand le coiffeur lui demande quelle coupe il veut, il répond :  "qu’on se souvienne de moi". S’ils ne se distinguent pas capillairement des autres Nations, espérons que les Bleus tirent leur épingle des cheveux…euh du jeu pendant la compétition.

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