Coupe du monde à 48 : "C'est désolant, on est dans l'électoralisme", juge Domenech

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Coupe du monde à 48 : "C'est désolant, on est dans l'électoralisme", juge Domenech
Gianni Infantino a dévoilé mardi le nouveau format de la Coupe du monde.@ AFP
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Après l’adoption par la Fifa d’un nouveau modèle de Coupe du monde à 48 nations, les réactions, plutôt négatives, se sont multipliées mardi.

Mardi, le conseil de la Fifa a voté à l’unanimité le passage de la Coupe du monde de 32 à 48 équipes. Un plébiscite interne qui masque mal les critiques qui ont fusé de toutes parts une fois la décision validée. Consultant sur Europe 1, Raymond Domenech fait partie des nombreuses voix qui se sont élevées pour dénoncer cette décision. 

Car si le président de la Fifa Gianni Infantino clame que "plus de pays pourront rêver" grâce à cette nouvelle formule, l’ancien sélectionneur des Bleus n’est pas dupe. Pour lui, il s’agit avant tout d’élargir l’audience de la compétition, et donc la valeur marchande de cette dernière : "C’est plus de matches, donc plus d’argent. L’objectif est atteint, c’est ce que tout le monde voulait, dont la Fifa. Mais quand l’argument est économique, les joueurs ne comptent plus, le spectacle non plus. Il est là, le vrai souci."

"C'est de l'approximation, de l'amateurisme, presque". Raymond Domenech qualifie la décision prise mardi "d’électoraliste" : "D’une manière ou d’une autre, je ne vais pas dire qu’on achète, mais on influence l’opinion des uns et des autres en fonction du nombre de pays représentés. C’est désolant, on est dans l’électoralisme, on se retrouve dans l’ère Blatter, on s’arrange, c’est un peu ça. C’est de l’approximation, je dirais c’est de l’amateurisme presque."

"Du spectacle et du business". L’actuel entraîneur de la Juventus Massimiliano Allegri a des mots encore plus durs, plus directs : "Maintenant, le football, c’est du spectacle et du business. Du point de vue de coach de club, il y a trop de sélections dans ce format." Même son de cloche pour Javier Tebas, président de la Ligue espagnole, qui dénonce le manque de fiabilité de Gianni Infantino et de la Fifa en particulier dans les colonnes de L’Équipe : "Il y a deux mois, il est venu voir l’association mondiale des Ligues en nous assurant qu’il nous consulterait si des sujets concernaient le football professionnel. Il ne l’a pas fait."

À l’échelon supérieur, l’Association européenne des clubs et son président Karl-Heinz Rummenigge parle de "décision prise pour des raisons politiques plus que sportives" et dénonce "la précipitation" dans laquelle le vote a été mené, alors même que la nouvelle formule n’entrera pas en vigueur avant la Coupe du monde 2026.


"Plus de joueurs concernés". Malgré tout, quelques rares voix dissonantes émergent dans ce concert de critiques. Philippe Piat, le président de la FIFpro, le syndicat international des joueurs professionnels, fait partie de ces irréductibles convaincus, comme le rapporte So Foot : "On accueille la nouvelle favorablement car il y aura plus de joueurs concernés, et pour un joueur pro, c'est exceptionnel de dire que l'on a fait une Coupe du monde." Le syndicaliste assure que son camp" regarde en priorité l'aspect sportif, et quand on fait la balance entre les moins et les plus, il y a plus de positif." Mais la palme de l’enthousiasme revient sans discussions à Diego Maradona. Le Pibe de oro trouve l’idée tout simplement "fantastique" : "Cela donnera plus de possibilités à plus de pays qui n’avaient jamais atteint ce niveau de la compétition." 

Interrogé par L'Équipe, l’ancien champion du monde Christian Karembeu prend lui la nouvelle avec humour, en espérant que cette nouvelle mouture permette à la Nouvelle-Calédonie, dont il est originaire, de devenir "championne du monde". Il reprend ensuite son sérieux et présente un point de vue critique sur cette réforme : "C’est bien de dire 'on a participé à une Coupe du monde', mais ce qu’on retient, c’est le résultat." Une façon de minimiser l’intérêt pour les petites nations de participer à une compétition, si c’est pour enchaîner les déroutes lors d'un premier tour à trois équipes par groupes qui pourrait donner de drôles d'oppositions…