Pourquoi les clubs français sont si mauvais

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Pourquoi les clubs français sont si mauvais
@ Montage REUTERS
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LIGUE EUROPA - Rennes, déjà éliminé, a perdu son dernier match, jeudi, face à l'Atletico Madrid.

Malgré sa victoire (4-2) contre l’Athletic Bilbao, le PSG est déjà éliminé de la Ligue Europa. Les 85 millions déboursés lors du mercato n’auront pas suffi à hisser les Parisiens en seizièmes de finale de la C3. Cette sortie précoce est représentative des mauvais résultats des clubs tricolores dans cette compétition. Ni le PSG, ni Rennes, ni Sochaux, ni Lille, quatrième de son groupe de Ligue des champions, ne participeront aux seizièmes de finale. Aucun club français à ce stade de la compétition : cela constitue une première depuis la saison... 1976-77 ! Pour trouver trace d’un vrai beau parcours français dans la petite sœur de la Ligue des Champions, il faut remonter à la saison 2003-2004. A l’époque, la C3 s’appelait encore la Coupe de l’UEFA et Marseille s’était cassé les dents contre Valence en finale (2-0). Europe1.fr vous livre quelques éléments de réponse sur ce joli fiasco à la française.

Des engagements non tenus. Avant de débuter la Ligue Europa, tous les clubs français avancent toujours une certaine envie et un professionnalisme sans faille. En témoigne la déclaration de Claude Makelele au moment du tirage au sort, en août dernier : "ce serait bien que le PSG commence à gagner ce genre de titres pour avancer et, après, penser à la Ligue des champions". Trois mois plus tard, ce sont des équipes pourtant largement à la portée du PSG, l’Athletic Bilbao et Salzbourg, qui joueront les seizièmes à la place des Parisiens. Rennes avait un groupe plus compliqué avec l’Udinese, l’Atletico Madrid et le Celtic Glasgow, mais pouvait largement mieux faire que sa triste campagne, dépourvue de la moindre victoire en six matches. Et que dire du FC Sochaux, qui, lui, n'a même pas réussi à marquer le moindre but. Marvin Martin et ses coéquipiers ont été étrillé (0-0, 0-4) par le modeste club ukrainien du Metalist Kharkov dès les barrages. Les clubs français se battent toute la saison pour être européens et une fois l'Europe venue, ils semblent fort dépourvus...

Un manque de sérieux. Les responsabilités de ce fiasco sont partagées. Il y a les entraîneurs qui alignent régulièrement des équipes B. Il y a quinze jours, lors du déplacement (finalement décisif), à Salzbourg, Antoine Kombouaré avait laissé sur le banc (voire à la maison) plusieurs titulaires, dont Javier Pastore, Jérémy Ménez, Mamadou Sakho, Blaise Matuidi et Kévin Gameiro. Et on ne parle pas du turnover instauré par Frédéric Antonetti, le coach rennais, qui, d'un match de Ligue Europa à un de Ligue 1, a été capable de changer huit à neuf éléments. Faire souffler les cadres, OK. Mais sortir du cadre... Quant aux joueurs, ils se sont souvent vus trop beaux, trop tôt. Sur ces cinq matches, Rennes a mené quatre fois, sans réussir à gagner une seule fois. Quant au PSG, il a payé au prix fort ses relâchements en fin de match face à un adversaire direct, Salzbourg, en encaissant un but à la 87e à l'aller et un à la 94e au retour.

Nene, 930

© REUTERS

La C3 perçue comme la compétition de trop. Pour défendre un peu les clubs français, on pourrait avancer la cadence infernale du calendrier. Entre la Coupe de la Ligue, la Coupe de France, le championnat et la Coupe d’Europe, les clubs qui sont engagés dans toutes ces compétitions peuvent jouer tous les trois jours. Les entraîneurs sont obligés de faire tourner leur effectif et c’est souvent la Ligue Europa qui fait figure de cinquième roue du carrosse. "On a quatre matches en douze jours", a confié Kombouaré à l'issue de la victoire face à Bilbao, mercredi. Mais cette multiplication des matches est aussi une réalité pour tous les autres clubs des grands championnats européens. Or, si on regarde le palmarès de la C3 de ces dix dernières années, on trouve la présence de grosses écuries européennes, qui disputent au moins autant, si ce n'est plus, de matches par saison (Séville, Valence ou encore Liverpool).

Un snobisme malvenu. Pour passer les barrages et accéder aux phases de poules, chacun des 48 clubs qualifiés perçoit un million d’euros. La qualification en huitièmes de finale offre 500.000 euros, et sept millions reviennent au vainqueur de l'épreuve. On est bien loin des sommes de la Ligue des champions (près de 15 millions pour une présence au stade des poules et quasiment autant pour une place en huitièmes de finale). Cette carotte, parfois jugée bien trop petite, peut expliquer le manque d'engagement des clubs français, qui boudent ostensiblement la Ligue Europa, comme ce fut encore le cas l'an dernier avec le Losc, éliminé dès les seizièmes de finale. Or, ce manque de rétribution financière ne dérange absolument pas certains clubs de la "deuxième division" européenne, comme l'Atletico Madrid, le Zénith Saint-Pétersbourg ou le Chakhtar Donetsk, auxquels les clubs français n'ont pas grand-chose à envier et pour qui, visiblement, la faible rémunération d'un titre en Ligue Europa ne pose aucun problème.

Des ambitions démesurées. Forcément, il n’y a ni le Barça ni le Real Madrid en Ligue Europa. Les affiches au stade des poules sont bien moins alléchantes, il faut le reconnaître, que celles de la C1. Mais dès les seizièmes de finale, les troisièmes des groupes de la Ligue des champions sont reversés en C3. Cette année, des équipes comme Manchester United, Manchester City, Porto, Valence ou encore l’Ajax Amsterdam viendront pimenter la compétition. Il n'empêche, le coach de United, Sir Alex Ferguson, a considéré que participer à la Ligue Europa s'apparentait à une "punition". Les clubs français ne semblent pas loin de penser la même chose. Pourtant, n'est-ce pas là leur vrai niveau ? Aujourd'hui, gagner la Ligue des champions paraît impossible pour un club français. En revanche, décrocher (pout la première fois) la Ligue Europa paraît tout à fait envisageable. Encore faudrait-il pour cela que les clubs français se donnent un peu l'envie...