Pirelli, du bon et du moins bon

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Pirelli, du bon et du moins bon
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Nouveau manufacturier unique de la F1, Pirelli a rempli son contrat. En chaussant les monoplaces de pneumatiques rapidement dégradables, la firme italienne a rendu les Grands Prix plus indécis, conformément à ce qui lui avait été demandé, mais également plus brouillons. Cela sans oublier les fameux "marbles", ces dépôts de gomme qui à en croire certains pilotes peuvent s'avérer dangereux en course.

Nouveau manufacturier unique de la F1, Pirelli a rempli son contrat. En chaussant les monoplaces de pneumatiques rapidement dégradables, la firme italienne a rendu les Grands Prix plus indécis, conformément à ce qui lui avait été demandé, mais également plus brouillons. Cela sans oublier les fameux "marbles", ces dépôts de gomme qui à en croire certains pilotes peuvent s'avérer dangereux en course. Si l'on fait abstraction du vainqueur, Sebastian Vettel, sans rival le week-end dernier encore à Sepang, le Grand Prix de Malaisie a donné lieu à un spectacle haletant et incertain du départ à l'arrivée. Un véritable festival pour les amateurs de suspense et de dépassements. A ce titre, c'est indéniable, Pirelli a répondu aux attentes. "Nous faisons exactement ce qu'on nous a demandé de faire, explique Paul Hembery, responsable de la compétition dans l'organigramme du manufacturier transalpin. Mais nous pourrions revenir à un seul arrêt par course si on nous le demandait..." C'est un fait, bien plus fragiles que les gommes Bridgestone, les pneus Pirelli participent à l'indécision d'un Grand Prix en contraignant les pilotes à rentrer souvent aux stands. En Malaisie, nombre de monoplaces y sont passées quatre fois, usant jusqu'à la corde leurs trois trains de pneumatiques tendres, et davantage encore. Aussi a-t-on pu observer 59 arrêts dimanche à Sepang. Une haute fréquence incompatible avec une bonne lisibilité de la course. Y compris pour les acteurs principaux. "Je n'ai rien compris à ce qui s'est passé, avouait Lewis Hamilton une fois sorti de son baquet. Il va falloir que nous analysions tout cela, parce que je pensais vraiment que je pouvais terminer sur le podium." "C'était vraiment une course très étrange, très complexe", admettait son coéquipier Jenson Button, tout heureux de se retrouver sur le podium au final: "J'étais incapable de savoir qui allait terminer deuxième. Bon, à la fin il se trouve que c'est moi, alors tant mieux !" "Ça fait vraiment mal", dixit Di Resta Pour autant, le discours reste nuancé dans les paddocks, à l'image de celui du champion du monde 2009, justement: "C'est compliqué à ce moment de la saison, car nous sommes encore en train d'apprendre, explique Button. Mais si nous avions un seul train de pneus et aucun arrêt à faire, est-ce que ce serait plus excitant ? Ces pneus sont bien comme ils sont. Au fil de la saison, nous les comprendrons mieux et les courses seront plus calmes. Enfin pas trop j'espère..." Même constat de la part de Nick Heidfeld: "C'est peut-être un peu plus compliqué à comprendre de l'extérieur, mais en même temps, le spectacle est meilleur", souffle le pilote Lotus Renault. Cet enthousiasme, le rookie Paul di Resta ne le partage pas, lui qui pointe un autre souci inhérent aux nouveaux pneus: les "marbles". Des gommes mortes qui s'amoncellent sur la piste et finissent par polluer le Grand Prix. "Vers la fin de la course, il est difficile de doubler. Et l'autre point désagréable, c'est que ces morceaux viennent percuter les mains. En plein milieu de virage, de petits morceaux viennent claquer sur les doigts lorsque l'on tourne le volant. Ces gommes mortes ne sont pas d'un matériau très souple et selon où elles tapent, ça fait vraiment mal", souligne l'Ecossais du team Force India dans le Telegraph. Une remarque isolée selon Paul Hembery - "Je n'ai pas eu ce genre de commentaires de la part des trois premiers, mais si c'est un problème, nous y ferons face" - pourtant corroborée lundi par Sebastian Vettel lui-même, dans les pages d'Auto Motor und Sport: "Un bout de pneu est venu s'écraser en plein milieu de ma visière. C'est comme si des balles étaient tirées de la voiture qui nous devance." Vitaly Petrov, lui, va plus loin, laissant entendre que sa sortie de piste en fin de Grand Prix est sans doute liée à l'accumulation de ces dépôts: "Ce virage est délicat mais il n'est pas risqué. Il restait deux tours et je savais que mes pneus étaient encore en bon état [...]. Je pense que j'ai pris un peu de gommes car lorsque ça vous arrive, vous souffrez davantage de sous-virage." Assurément, Pirelli n'a pas fini de faire parler dans les paddocks. Tant mieux pour la F1 ?