Le Rhum, un mythe qui perdure

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Le Rhum, un mythe qui perdure
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Créée en 1978 par Michel Etevenon, la Route du Rhum a connu en huit éditions son lot d'histoires heureuses et malheureuses, ce qui en fait, avec le Vendée Globe, la course au large préférée des Français. De la victoire pour 98 secondes de Mike Birch devant Michel Malinovsky en 1978 à la victoire record de Lionel Lemonchois en 2006 en passant par la désastreuse édition 2002, l'avènement de Florence Arthaud, le double sacre de Laurent Bourgnon et les tragiques disparitions d'Alain Colas ou de Loïc Caradec, retour en quelques instantanés sur 32 ans d'une riche histoire.

Créée en 1978 par Michel Etevenon, la Route du Rhum a connu en huit éditions son lot d'histoires heureuses et malheureuses, ce qui en fait, avec le Vendée Globe, la course au large préférée des Français. De la victoire pour 98 secondes de Mike Birch devant Michel Malinovsky en 1978 à la victoire record de Lionel Lemonchois en 2006 en passant par la désastreuse édition 2002, l'avènement de Florence Arthaud, le double sacre de Laurent Bourgnon et les tragiques disparitions d'Alain Colas ou de Loïc Caradec, retour en quelques instantanés sur 32 ans d'une riche histoire. 1978 : Mike Birch pour l'éternité C'est en 1978 en réaction aux règles de jauge trop strictes édictées par les organisateurs de la Transat anglaise, créée en 1960, que naît la Route du Rhum, première transatlantique française. L'idée directrice de son concepteur, le publicitaire Michel Etevenon, est simple: ne pas édicter de limites. Cette première « transat de la liberté » est ouverte à tous les bateaux, quelles que soient leur forme et leur taille. Les aides extérieures à la navigation sont autorisées entre Saint-Malo, la cité des corsaires, et Pointe-à-Pitre, terminus de l'aventure. Et cette première contribue en grande partie à bâtir la légende du Rhum : au bout de 23 jours d'une course marquée par la disparition du Manureva d'Alain Colas, l'arrivée se joue dans un mouchoir de poche entre Olympus Photo, le petit trimaran du Canadien Mike Birch, et Kriter V, le long monocoque de Michel Malinovsky. Ce dernier, arrivé en tête au large de la Guadeloupe, se fait coiffer sur le fil pour 98 secondes, la légende est née! Cette première marquera toute une génération de marins, tel Alain Gautier, aujourd'hui skipper de Foncia: "C'est l'épreuve qui m'a sans doute amené à la course au large, avec la formidable arrivée Birch-Malinovsky et aussi car mon frère y participait en 1978." D'autres, à l'instar de Jean-Luc Nélias, qui participa à l'édition 2002, estiment que cette première édition a marqué "la bascule de la domination du monocoque à celle du multicoque". 1982 : Marc Pajot au bout de la souffrance Quatre ans plus tard, le succès de la Route du Rhum se confirme: ils sont 52 au départ, dont tous les grands noms de la voile, de Tabarly à Birch en passant par de Kersauson, Pajot, Caradec, les frères Peyron et une femme, Florence Arthaud, déjà de l'aventure en 1978. La victoire de Birch lors de l'édition initiale a donné le ton: les multicoques sont de plus en plus nombreux, avec une tendance à des bateaux de plus en plus longs, comme le William Saurin de Riguidel (27 mètres) ou Elf-Aquitaine, le catamaran de Marc Pajot. Et c'est justement ce dernier qui s'impose, non sans souffrir, comme il l'indique lui-même : "Au moment de franchir la ligne d'arrivée, j'ai ressenti un vrai soulagement, parce que j'avais eu un gros problème de poutre centrale qui s'était cassée dans le dernier tiers du parcours." Le Baulois met 18 jours à rallier la Guadeloupe, une dizaine d'heures devant un autre marin de la baie de La Baule, Bruno Peyron (Jaz), Mike Birch complétant le podium. 1986 : Caradec disparaît, Poupon tombe le record Ils ne sont cette fois-ci plus que 33 concurrents au départ et de plus en plus de géants : 13 bateaux dépassent les 23 mètres, les catamarans étant les plus nombreux (13) tandis que les monocoques n'ont clairement plus la cote (5 unités au départ). Les conditions météo sont souvent exécrables, puisque très vite, la flotte perd Loïck Peyron, Olivier de Kersauson, Paul Vatine, Tony Bullimore, Hervé Cléris, Eric Tabarly, Daniel Gilard... Rien à côté du drame humain que représente la disparition du très apprécié Loïc Caradec, qui chavire le 14 novembre sur son maxi catamaran Royale. L'épave du bateau est retrouvée, pas le marin... La course continue cependant et est remportée par Philippe Poupon sur Fleury-Michon VIII qui devance Bruno Peyron, deuxième comme en 1982, mais cette fois avec une avance énorme, puisque le skipper d'Ericsson coupe la ligne deux jours après celui de Fleury Michon qui n'aura mais que 14 jours et 16 heures à couvrir les 3500 milles, nouveau record... 1990 : Le triomphe de la "petite fiancée de l'Atlantique" Quatre ans plus tard, changement de règles : une limitation de la taille des bateaux à 60 pieds (18,28 m) est imposée pour freiner la folie des grandeurs. L'Atlantique est fidèle à sa difficile réputation et la course est marquée par de nombreux abandons, notamment ceux de Loïck Peyron, de Bertrand de Broc et de Jean Maurel. Finalement, après 14 jours et 10 heures de mer (nouveau record), l'incroyable se produit : une femme, Florence Arthaud, s'impose en Guadeloupe après avoir connu moult avaries (pilote et radio en panne, hémorragie...). Pour Karine Fauconnier, en lice en 2002 sur Sergio Tacchini, le succès de la « Petite Fiancée de l'Atlantique » sur Pierre 1er est "la très belle victoire d'un très bon marin qui avait bien travaillé, anticipé la météo, avait réussi à se sortir des galères, avait tout mis de son côté et tout bien géré." Un an après avoir remporté le Vendée Globe, Titouan Lamazou s'impose en monocoque. 1994 : les monocoques se montrent L'édition 1994 marque la césure de la Route du Rhum en deux courses, une réservée aux multicoques, une aux monocoques, ils sont d'ailleurs 12 dans chaque classe au départ, soit la plus petite participation depuis que la course est née. En multicoques, Laurent Bourgnon, troisième quatre ans plus tôt, profite du démâtage de Fujicolor II de Loïck Peyron pour signer à 28 ans, une retentissante victoire en 14 jours et 6 heures, tandis qu'en monocoques, Yves Parlier sur Cacolac d'Aquitaine s'impose devant Alain Gautier et termine même troisième, toutes catégories confondues, en 15 jours et 19 heures. 1998 : Le doublé de Bourgnon Le palmarès aurait pu être exactement le même quatre ans plus tard: si Laurent Bourgnon est le premier skipper à remporter l'épreuve à deux reprises, c'est le bateau d'Yves Parlier, Aquitaine Innovations, qui gagne en monocoque, mais sans « l'Extra-terrestre » à son bord : victime d'un accident de parapente et dans l'incapacité de défendre son bien, il a confié la barre au jeune Thomas Coville. Un coup de maître ! Ce dernier, qui devance Jean-Luc Van den Heede, est accueilli à l'arrivée par Laurent Bourgnon, arrivé six jours plus tôt dans le temps impressionnant de 12 jours, 8 heures et 41 minutes. Le skipper de Primagaz a dû s'arracher pour signer le seul doublé de l'histoire du Rhum et notamment contenir le retour derrière lui d'Alain Gautier sur son nouveau Brocéliande (perdu en mer sur la Jacques-Vabre 2005 sous le nom d'orange Project avec Stève Ravussin à la barre) qui a l'infortune de heurter une baleine peu avant l'arrivée. Ils sont quatre (Bourgnon, Gautier, Cammas et Guillemot) à terminer en 11 heures, ils n'ont pas traîné en route ! 2002: L'hécatombe Dans l'imaginaire collectif, l'édition 2002 restera comme celle du désastre d'une classe de bateaux, les trimarans de 60 pieds, allée trop loin dans la surenchère. La première nuit laisse augurer de la suite: parti plein pot dans la Manche, Franck Cammas chavire au large de l'île de Batz avant d'être percuté en pleine nuit par le Bonduelle de Jean Le Cam ! C'en est trop pour Bertrand de Broc qui préfère abandonner plutôt que de risquer sa vie. Les faits lui donneront en partie raison : en sortie de Golfe de Gascogne, une véritable tempête s'abat sur la flotte des trimarans, décimée. Loïck Peyron (qui perdra son Fujifilm), Karine Fauconnier, Yvan Bourgnon, Francis Joyon, Philippe Monnet chavirent, tandis que Fred le Peutrec, Thomas Coville, Alain Gautier, Jean le Cam, Jean-Luc Nélias et d'autres sont victimes d'avaries diverses et doivent abandonner. Seuls quatre bateaux échappent au coup de tabac, Stève Ravussin file vers la victoire lorsqu'une erreur d'inattention lui est fatale : Technomarine-Match TV chavire, laissant Michel Desjoyeaux, pour sa première course à la barre de Géant, triompher à Pointe-à-Pitre, lui qui s'est pourtant arrêté en route à trois reprises ! En monocoques, cette édition consacre Ellen MacArthur qui signe ainsi le doublé Transat anglaise-Route du Rhum, la jeune Anglaise, qui ne met que 13 jours et 13 heures pour traverser l'Atlantique, devançant son compatriote Mike Golding. 2006: Lemonchois, le Rhum express Quatre ans après le traumatisme de 2006, la classe Orma est alignée pour la dernière fois sur la Route du Rhum, puisqu'elle « mourra » par la suite à petits feux, victime de ses excès et de l'absence d'unité entre ses skippers. Les 60 pieds s'offrent cependant une sortie par le très haut, avec dix bateaux sur onze à l'arrivée à Pointe-à-Pitre et un véritable sprint océanique dont sortira vainqueur celui qui aura su mettre le curseur le plus haut, l'expérimenté Lionel Lemonchois, qui écrase le record de l'épreuve en 7 jours 17 heures 19 minutes et 6 secondes. "C'est comme dans un rêve. Je suis dans un rêve... Pendant toute la course, le bateau a été magique. Il a répondu parfaitement à tout ce que je lui demandais, on a formé un tandem formidable", commente à l'arrivée le skipper de Gitana 11 qui devance sur la ligne Pascal Bidégorry, Thomas Coville, Michel Desjoyeaux et Franck Cammas, excusez du peu ! En monocoques, là encore, la course est passionnante et récompense un autre marin d'expérience qui avait bien besoin de cette victoire pour effacer l'immense déception vécue deux ans plus tôt sur le Vendée Globe (abandon). "Même si j'aurais préféré être devant, je préfère que ce soit Bilou qui soit devant moi", commente, sportivement, à Pointe-à-Pitre son dauphin et grand copain, Jean Le Cam qui termine à peine une demi-heure derrière lui, Jean-Pierre Dick complétant le podium.