Escudé: "On n'a rien à perdre"

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Escudé: "On n'a rien à perdre"
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L'équipe de France de Fed Cup dispute ce week-end le premier tour de l'édition 2011 face à la redoutable Russie. Nicolas Escudé, le capitaine, sait que ses joueuses ne sont pas favorites, mais estime qu'elles n'ont rien à perdre. Il lui faudra pourtant composer sans les meilleurs éléments: Aravane Rezaï, qui connait des soucis personnels, et Marion Bartoli, toujours réticente à jouer en équipe.

L'équipe de France de Fed Cup dispute ce week-end le premier tour de l'édition 2011 face à la redoutable Russie. Nicolas Escudé, le capitaine, sait que ses joueuses ne sont pas favorites, mais estime qu'elles n'ont rien à perdre. Il lui faudra pourtant composer sans les meilleurs éléments: Aravane Rezaï, qui connait des soucis personnels, et Marion Bartoli, toujours réticente à jouer en équipe. Nicolas, dans quel état d'esprit avez-vous retrouvé vos joueuses au retour de Melbourne ? Très bon état d'esprit ! A Melbourne, j'ai vu de belles choses. Alors forcément, on aimerait avoir des joueuses en deuxième semaine qui bataillent pour le dernier carré, voire le titre. On en est encore loin. Mais j'ai vu de bonnes choses, avec Virginie Razzano. Depuis l'US Open et la fin de saison dernière, elle revient vraiment bien, après avoir été embêtée par des blessures. A Melbourne, elle a plus qu'accroché Maria Sharapova, qu'on devrait d'ailleurs retrouver sur le court ce week-end. Alizé Cornet revient bien à son niveau. Il reste encore du travail et des réglages. Cela faisait un petit moment que je ne l'avais pas vue jouer à ce niveau-là. Elle prend du plaisir sur le court. Est-ce suffisant pour dominer les Russes ? On ne va pas se voiler la face. On sait très bien que ce week-end face aux Russes on est très, très loin d'être favori. On le sait, mais on va s'en servir quelque part. D'abord dans la préparation qu'on a mise en place depuis samedi avec les filles. Mais aussi sur le court et y aller sans arrière-pensée. Les premiers entraînements vous ont-ils donné des indications sur l'état de forme de vos joueuses ? Elles sont toutes en forme, sinon je ne les aurais pas sélectionnées (Rires). Après, c'est plus l'adaptation à Moscou, à la salle, aux balles, aux conditions de jeu. On se prépare depuis hier (mardi) en tapant la balle sur le court. Et les choses se passent très, très bien. Avez-vous déjà une idée des joueuses qui disputeront les simples ? J'ai déjà une idée, voire même une grosse idée. Mais je me laisse jusqu'à demain soir (jeudi), quand je l'annoncerai aux filles en question, qui seront alignées dans un premier temps samedi. Je me laisse du temps, je veux attendre le dernier moment, sachant que d'ici demain soir, il peut encore se passer pas mal de choses. "Sortir de ce week-end avec un résultat positif" Sentez-vous que les Russes sont prenables ? Elles peuvent parfois passer au travers dans certaines rencontres... Oui, bien sûr. Et c'est pour cela qu'on n'a rien à perdre. On sait que sur le papier, elles sont plus fortes: deux ex-numéros unes mondiales (Sharapova et Safina, ndlr), une ancienne numéro deux (Kuznetsova, ndlr), trois ou quatre Grand Chelems à leur actif. Mais Maria Sharapova peine à retrouver son niveau d'antan, Kuznetsova a montré quelques signes de fragilité au niveau mental. Donc on va jouer là-dessus pour les faire douter, et nous, pour prendre confiance. Pour sortir de ce week-end avec un résultat positif. L'équipe de France a perdu au premier tour ces trois dernières années. Que lui manque-t-elle pour faire partie des meilleures nations ? Un réservoir de joueuses, tout simplement. Un réservoir avec pas mal de joueuses dans les cent premières. Au dernier classement WTA de lundi, on doit avoir quatre ou cinq joueuses dans les cent (six en réalité, ndlr), en sachant que les trois dernières se situent entre la 70e et la 100e place. Il n'y a pas si longtemps, on en avait des seaux entiers. Il faudrait déjà qu'on ait une bonne homogénéité, un gros vivier qui permette d'aspirer tout le monde vers le haut, chose qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui. Depuis deux-trois ans, on est sur le papier, je dis bien sur le papier, l'équipe la plus faible du groupe mondial. Et chaque année, on joue notre maintien dans ce groupe. C'est donc toujours une équipe en construction. Bien sûr. C'est une équipe en formation. On a des joueuses qui ont besoin de jouer des matches en Fed Cup, mais qui doivent d'abord s'affirmer sur le circuit, avec des bons résultats, pour ensuite éventuellement s'affirmer en équipe de France. Depuis que je suis arrivé à la tête de cette équipe, j'ai fonctionné avec quasiment les mêmes filles: Alizé Cornet et Pauline Parmentier depuis le début, avec Julie Coin depuis l'an dernier. La saison passée, j'avais réussi à intégrer Aravane Rezaï dans le groupe, et si elle n'avait pas ses soucis personnels, elle serait avec nous en Russie. Un capitaine doit composer l'équipe la plus forte possible, parce que sa légitimité repose sur les résultats. Mais je n'ai pas 50 000 solutions non plus... "Avec Marion Bartoli, toujours au même stade, le statu quo" Vous avez reçu le soutien de la FFT, qui a prolongé votre contrat jusqu'en 2012. Travaillez-vous plus sereinement ? Cela me permet de travailler sur le long terme, le moyen terme plutôt, ce que je n'avais pas pu faire ces deux dernières années. Je ne veux pas parler de pression. Parce que même en étant conforté jusqu'en 2012, je ne sais pas ce qu'il peut se passer cette année et si je serai toujours là l'année prochaine. Si les filles décident de ne plus m'avoir sur le banc... Avez-vous discuté avec Aravane Rezaï depuis l'annonce de son forfait ? Oui, je l'ai vue à Melbourne. On a discuté sans rentrer dans les détails. Aujourd'hui, elle rencontre des soucis personnels qui font qu'elle n'a pas du tout la tête au tennis. A partir de là, c'est compliqué de venir disputer une compétition comme la Fed Cup qui demande énormément au niveau mental. Elle a été très honnête avec moi et le reste de l'équipe en disant qu'elle ne se sentait pas prête à assurer son rôle. Dès qu'elle aura réglé ses problèmes, elle reviendra sur le circuit, je pense encore plus forte, et après en équipe de France. Et pour Marion Bartoli, pensez-vous trouver un jour une solution ? On en est toujours au même stade. A savoir le statu quo. Son mode de fonctionnement et celui de l'équipe de France, qui n'a rien de fermé, ne sont pas compatibles. Les deux parties sont donc conscientes que ce sera difficile qu'elle s'intègre dans l'équipe. Son père s'occupe d'elle du matin au soir, il décide de l'heure à laquelle elle va manger, de l'heure à laquelle elle va se coucher, il faut qu'il soit là sur le court, il l'entraîne sans qu'on puisse la regarder... S'il n'y pas de vie de groupe... Ce n'est pas comme cela que je conçois les choses. Donc retrouver une fille sur la chaise le samedi, sans l'avoir vue de la semaine, sans la connaître, sans l'avoir vue s'entraîner, je ne vois vraiment pas ce que je peux lui apporter. Vous êtes dans l'impasse finalement... Oui. De mon côté, les choses ont toujours été claires. Le fonctionnement de cette équipe ne date pas d'hier, il ne date pas de mon arrivée. Elle et son clan sont-ils capables de faire des concessions ? Il faudrait leur demander.