Nantes : une transsexuelle devant les assises pour avoir injecté une dose mortelle de silicone

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Nantes : une transsexuelle devant les assises pour avoir injecté une dose mortelle de silicone
L'accusée encourt jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle (photo d'illustration). @ DAMIEN MEYER / AFP
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En 2011, Ariana a injecté un silicone utilisé dans l'aéronautique à un homme qui souhaitait féminiser son corps, à Nantes. Il est décédé trois semaines plus tard.

Aux yeux de la justice, Ariana s'appelle toujours Luis Carlos. Âgée de 46 ans, cette transsexuelle équatorienne est pourtant devenue une femme à la suite d'une intervention chirurgicale dans son pays, retrouvant ainsi "sa véritable identité psychique", selon un expert. Mais n'étant pas française, il ne lui est pas possible de changer d'état civil à Nantes. C'est donc sous son nom masculin que l'accusée, d'apparence féminine, comparaît devant les assises de Loire-Atlantique, depuis lundi.

Pendant des années, la quadragénaire a "aidé" des transsexuels à féminiser leurs courbes grâce à des injections de silicone, interdites en France depuis 2001. Elle est jugée pour "administration de substance nuisible ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et "exercice illégal de la médecine".

500 à 1.000 euros l'injection. Au cours de sa propre "transmutation", Ariana a elle-même eu recours à des injections de silicone. À Paris, puis à Nantes, cette ancienne prostituée a ensuite pratiqué ce geste sur au moins une douzaine d'autres personnes, moyennant une rémunération allant de 500 à 1.000 euros, selon les témoignages recueillis par la police. Un "client" israélien, satisfait de ses services, l'a recommandée à un compatriote, prénommé Michel. En 2011, ce dernier, qui avait fait le voyage spécialement pour cette opération, s'est ainsi présenté confiant à la "spécialiste".

L'Israélien a été son dernier client. Quelques jours après une injection dans les fesses, prodiguée le 20 octobre dans un appartement-hôtel nantais, Michel a été pris de malaise. Tombé dans le coma, il a été hospitalisé au CHU de Nantes. Trois semaines plus tard, l'institution a communiqué la nouvelle de son décès à ses parents, à qui il avait caché sa volonté de transformation.

Des "précautions" à respecter. Pour Ariana, l'explication du drame est simple : la victime, âgée de 27 ans, n'aurait pas respecté les "précautions habituelles" qu'elle recommandait à ses clients. Selon France Bleu, la quadragénaire leur conseillait de rester alités "sur le ventre, pendant cinq jours". Faisant fi de cette recommandation, Michel aurait profité de son séjour en France pour faire des courses et du tourisme.

Mais pour la famille de la victime, le drame est d'abord dû à la nature de l'opération, et aux conditions dans lesquelles elle a été réalisée. Ariana se fournissait à Paris en silicone provenant d'Amérique Latine. D'après un expert, le produit dont elle faisait usage est utilisé dans "l'aéronautique" mais "pas du tout conçu pour une utilisation médicale". L'avocate de la quadragénaire, Armelle de Lespinay, assure que sa cliente ne s'est "jamais présentée comme étant médecin ou infirmière". Selon France Bleu, Ariana portait pourtant une blouse et un masque, évoquant "un apprentissage auprès d'un grand médecin spécialiste".

Incarcérée dans une prison pour hommes. L'ancienne prostituée, qui encourt jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle, a déjà été écrouée pendant un an après les faits. D'abord incarcérée à l'isolement dans une prison pour hommes, elle a été transférée dans un quartier transsexuel de Fleury-Mérogis avant d'être libérée dans l'attente de son procès. "L'administration pénitentiaire n'a pas pris en compte la réalité psychologique mais son état civil", explique Me de Lespinay, pour qui sa cliente ne doit pas retourner en prison. L'argument sera-t-il entendu par les jurés ? "Elle a le poids de ce décès sur les épaules", assure son avocate. "Son combat était de permettre aux transsexuels d'être ce qu'ils sont. Pour elle, la nature s'est trompée."