Une fête "bon enfant" qui tourne au cauchemar : la dernière nuit de Maëlys

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Une fête "bon enfant" qui tourne au cauchemar : la dernière nuit de Maëlys
L'enlèvement s'est déroulé à la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin, fin août (photo d'archives). @ PHILIPPE DESMAZES / AFP
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RÉCIT - Nordahl Lelandais, invité au même mariage que la fillette, fin août, a reconnu mercredi l'avoir tuée. Si quelques zones d'ombre demeurent, les circonstances du meurtre se précisent.

RÉCIT

Sur les photos publiées par Paris Match, Nordahl Lelandais dénote. Au milieu des invités en costume, l'ancien maître-chien porte un bermuda blanc, un simple t-shirt et des baskets. L'homme de 34 ans n'était pas vraiment convié à la fête : apprenant qu'Eddy, un enfant du pays, comme lui, se mariait prochainement à Pont-de-Beauvoisin, il s'est permis d'envoyer un SMS de félicitations. "Je lui ai dit qu'il pouvait passer à l'apéritif, que cela nous ferait plaisir", racontera le marié au cours d'une audition révélée par Le Monde. Avant le dîner, Nordahl Lelandais demande s'il pourra repasser. On l'invite à partager le dessert. C'est lors de ce deuxième passage à la fête, dans la nuit du 26 au 27 août, que le trentenaire enlèvera Maëlys, neuf ans, avant de la tuer.

Un "copain" et des photos de chiens. Il fait encore chaud en cette fin de journée dans l'Isère. À la salle des fêtes, un barnum au toit bleu a été installé pour accueillir le buffet. L'ambiance est "bon enfant", la décoration "rustique", se souvient sur TF1 Joëlle Martin, maire de la commune. Un peu moins de 200 invités participent à l’événement. Les plus petits jouent aux chaises musicales. Parmi eux, Maëlys, neuf ans, et sa soeur C., sont venues du Jura où résident leurs parents, Jennifer et Joachim. Elle est infirmière, lui plombier en Suisse. La salle du mariage est divisée en deux parties. Dans celle réservée aux enfants, certains se couchent sur des matelas d'appoint.

Vers 1h30, la baby-sitter chargée de les surveiller s'en va. Le DJ l'annonce au micro : les parents doivent désormais s'occuper eux-mêmes de leurs enfants. Après avoir effectué plusieurs aller-retours, Nordahl Lelandais est revenu pour le dessert, comme prévu. Auprès de sa mère, Maëlys le décrit comme son "copain" : la fillette, qui adore les animaux, a vu des photos de chiens sur son téléphone. Le comportement de l'invité de dernière minute interroge, mais la fête se poursuit. Lorsque Joëlle Martin quitte la fête, une partie des invités danse encore.

Une silhouette frêle en robe blanche. Les quelques minutes qui suivent ont été scrupuleusement retracées par les enquêteurs. Vers 2h45, Maëlys parle à sa grand-mère pour la dernière fois. Une poignée de secondes plus tard, Nordahl Lelandais met son téléphone en mode avion, ce qui le rend indétectable. À 2h47, une caméra de vidéosurveillance du centre-ville filme l'Audi du suspect. Sur le siège passager avant, les images montrent la silhouette frêle de la fillette, en robe blanche. L'ancien maître-chien prend la direction de Domessin, où il vit chez ses parents. Il ne parcourt que quelques kilomètres.

À la salle des fêtes, l'absence de Maëlys est remarquée peu après 3 heures. Sa mère "l'appelle, affolée, interpelle les invités du mariage, la cherche partout, en vain", racontera Fabien Rajon, l'avocat des parents de la fillette. Un appel au micro est lancé par le DJ. On coupe la musique et les rôles sont répartis pour ratisser les lieux : l'enfant a pu s'endormir quelque part ou partir jouer dehors. Mais il fait déjà nuit noire. Et la petite fille reste introuvable.

Pas de participation aux recherches. Nordahl Lelandais la tue - "involontairement", dit-il aux enquêteurs - avant de déposer le corps "dans un endroit à proximité de sa maison". À 3h24, son véhicule est à nouveau filmé dans le sens du retour vers la salle des fêtes, sans passager. Le trentenaire, qui s'est changé et a rallumé son téléphone, revient dans une ambiance de panique. Mais il ne semble "pas particulièrement concerné par les recherches, ni vraiment inquiet du sort de la fillette", selon la mère de Maëlys. Le suspect prétend être malade et se fait accompagner aux toilettes où il fait "semblant de vomir", d'après un invité. Peu avant 4 heures du matin, il quitte définitivement la salle. Les gendarmes viennent d'être prévenus de la disparition.

À nouveau, Nordahl Lelandais désactive son téléphone. Rentré chez lui, il charge le corps de l'enfant dans sa voiture, probablement dans le coffre, où sera découverte une tache de sang - malgré un long travail de nettoyage. L'homme roule jusqu'au secteur très escarpé des gorges de Chailles, près du village de Saint-Franc, en Savoie, où il dépose la dépouille. À 7 heures, lorsque son portable est à nouveau détecté par une borne, le trentenaire est rentré chez lui.


Le suspect racontera "ultérieurement" les détails de la mort

Après avoir nié pendant plus de six mois, Nordahl Lelandais a reconnu mercredi avoir tué Maëlys, affirmant qu'il s'agissait d'un accident. Interrogé sur les circonstances du drame, le suspect a refusé de répondre, indiquant qu'il s'exprimerait "ultérieurement" à ce sujet, après la découverte du corps. Il a ensuite guidé les enquêteurs jusqu'aux restes de l'enfant, dont l'autopsie devrait permettre d'effectuer les premiers recoupements de sa version.

À Pont-de-Beauvoisin, des bougies formant le nom de Maëlys et des peluches ont été déposées devant la salle des fêtes. Des habitants sont venus se recueillir sur place depuis les aveux. "Je me sens mal, très mal. J'ai la haine qu'il ait attendu six mois pour le dire. Le plus important pour moi, c'était Maëlys. C'est un soulagement de l'avoir retrouvée, mais on ne sait rien d'autre : pourquoi a-t-il fait ça ? Qu'est-ce qu'il lui a fait ?", s'interroge un ami de la famille au micro d'Europe 1