Un médecin italien refuse de soigner ses patients racistes

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Un médecin italien refuse de soigner ses patients racistes
@ GIUSEPPE CACACE / AFP
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L’accueil de migrants agite une commune du Piémont italien. Menacé par des habitants hostiles, un médecin a fait son choix : il soignera les migrants, pas les xénophobes.

Dans le Piémont italien, à une centaine de kilomètres de la frontière française, la paroisse catholique de Cuneo accueille depuis quelques semaines une vingtaine de migrants et demandeurs d’asile, originaires d’Afrique. Cet accueil n’est pas du goût de certains habitants de la ville, qui compte un peu plus de 55 000 habitants. Un médecin généraliste de la commune a décidé de soigner les migrants, ce qui met une partie de la population en colère. Au point de d’intimider le docteur, comme le raconte Le Quotidien du médecin.

Menaces racistes. Il y a deux semaines, le docteur Corrado Lauro découvre un écriteau anonyme menaçant placardé sur son cabinet : "Ceci n’est pas un conseil, c’est une menace. Nous ne voulons pas de nègres", peut-on lire sur le panneau.

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"Ceci n'est pas un conseil, c'est une menace. Nous ne voulons pas de nègres." Capture d'écran Facebook


Polémique sur les réseaux sociaux. Ni une ni deux, le médecin généraliste prend le message raciste en photo, qu’il publie sur son compte Facebook. Dans son post, l’Italien est loin d’accepter de ne pas soigner les migrants. Au contraire, il y annonce qu’il ne soignera pas les habitants racistes auteurs du message, "sauf danger de mort". "Adressez-vous à des professionnels plus qualifiés", ironise le médecin, avant de conclure : "Ainsi commence ma résistance".

Après plus de 2.500 partages sur les réseaux sociaux, l’histoire du médecin qui ne voulait pas soigner les racistes est devenue virale. Deux camps s’affrontent entre les internautes. D’un côté, les soutiens du médecin, qui lui disent "merci d’être si courageux",et l’encouragent à poursuivre sa résistance. De l’autre, les anti-migrants qui accusent le docteur de "mélanger médecine et politique". Franceinfo.fr rapporte même des messages espérant que Corrado Lauro soit "chassé d’Italie".

Selon Le Quotidien du médecin, une partie de la population locale avait "violemment protesté" contre l’accueil des migrants lors d’une rencontre avec l’évêque de Cuneo.

La politique s’en mêle. La polémique prend d’autant plus d’ampleur que la commune de Cuneo élit son maire début juin. Le comité de soutien du candidat de droite dit vouloir porter plainte contre le médecin pour violation du serment d’Hippocrate.

Selon ce serment que doivent respecter les médecins, Corrado Lauro est certes tenu de soigner ses patients indépendamment de leurs opinions, même racistes. Mais il doit aussi accepter dans son cabinet les personnes noires de peau, n'en déplaise aux habitants anti-migrants de Cuneo.

Le médecin doit en effet concilier ces deux phrases du serment d'Hippocrate : "Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions." et "Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera."