Un an après l'attentat, Saint-Etienne-du-Rouvray rend hommage au père Hamel

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Un an après l'attentat, Saint-Etienne-du-Rouvray rend hommage au père Hamel
Une stèle "républicaine" et une plaque commémorative à la mémoire du père Hamel ont été dévoilées mercredi devant l'église.@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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Un hommage national a été rendu mercredi au père Jacques Hamel, tué par deux djihadistes il y a un an jour pour jour, alors qu'il célébrait une messe dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray.

L'ESSENTIEL

Il y a un an jour pour jour, deux terroristes assassinaient le père Jacques Hamel, en pleine messe, dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Mercredi, habitants, proches des victimes, communautés religieuses, responsables politiques locaux et représentants de l'État ont rendu un hommage national au prête octogénaire dans cette même église, au cours d'une cérémonie religieuse puis avec le dévoilement d'une stèle dite républicaine.

Les infos principales à retenir 

  • Mercredi, Saint-Etienne-du-Rouvray a rendu un hommage national au père Jacques Hamel.

  • Une messe a été célébrée dans l'église martyre par l'archevêque de Rouen.

  • Une "stèle républicaine" à la mémoire du prêtre a été ensuite dévoilée devant l'église.

Un hommage religieux. L'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a présidé une messe à 9h - heure à laquelle officiait le père Hamel le jour de sa mort - dans l'église martyre, en présence d'Emmanuel Macron, du Premier ministre Édouard Philippe et du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Anouar Kbibech, ex-président du Conseil français du culte musulman, participait aussi à cet hommage avec une délégation du Conseil régional du culte musulman. Enfin, 14 membres de la famille du père Hamel étaient présents ainsi que trois des cinq fidèles qui étaient dans l'église le jour de l'attentat. La messe a été diffusée à l'extérieur de l'édifice sur un grand écran, où se trouvaient une centaine de personnes qui n'avaient pas pu prendre place à l'intérieur.

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©CHARLY TRIBALLEAU / POOL / AFP



"Aujourd'hui, nous faisons mémoire d'un père qui continue de veiller sur nous", a déclaré l'archevêque en début de cérémonie, qui avait commencé par un long silence. "Vous êtes là ce matin, entourés mais encore atterrés, peut-être révoltés ou simplement fatigués, après une année particulièrement difficile", a souligné Mgr Lebrun. Au cours de la messe, ponctuée de prières et de chants religieux, la croix de procession qui avait été jetée à terre par les deux terroristes le jour de l'attentat a été remise à l'endroit où elle se trouvait. L’archevêque a par ailleurs salué le travail des forces de l'ordre déployées dans la ville et remercié les représentants de toutes les religions présents. "Non, la haine n’a pas triomphé et elle ne triomphera pas", a-t-il déclaré. Quelque 130 à 150 policiers quadrillaient Saint-Etienne-du-Rouvray mercredi. 



Une stèle républicaine. Après la messe, une stèle républicaine "pour la paix et la fraternité et à la mémoire" du prêtre a été inaugurée devant l'église, et dévoilée par la sœur du père Hamel et Emmanuel Macron. Sur ce disque en inox de près de 2,50 mètres de diamètre est gravée la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. "La Déclaration rappelle notre attachement aux valeurs républicaines qui sont les nôtres : la liberté, l'égalité et la fraternité", a expliqué le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray, Joachim Moyse, lors d'un discours. L'archevêque de Rouen, qui a de nouveau pris la parole, a souligné le fait que le visage du père Hamel, dont le profil est présent sur la stèle, "semble regarder" l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme qui stipule : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion." 



"En assassinant le père Hamel au pied de son autel, les deux terroristes ont cru semer parmi les catholiques la soif de vengeance et de représailles. Ils ont échoué", a déclaré Emmanuel Macron, en remerciant les catholiques de France pour "avoir trouvé la force du pardon" et "donné à toute la France le même exemple". "Le visage du père Jacques Hamel est devenu le visage de ce qui en nous refuse cette culture de la mort et ce terrorisme arrogant", a ajouté le chef de l'État en rendant hommage au prêtre.

La solidarité exprimée après cet attentat a rappelé "à tous les Français que la République n'est pas le règne du relativisme", a ajouté Emmanuel Macron. "Au cœur de nos lois et de nos codes forgés par l'Histoire, il est une part qui ne se négocie pas, une part sur laquelle on ne porte pas la main, une part, j'ose le mot, sacrée. Cette part, c'est la vie d'autrui", a-t-il précisé, affirmant que "la République n'a pas à combattre une religion, ni à vouloir se substituer à elle". La République, en a-t-il conclu, "oeuvre chaque jour à ce que chacun puisse croire ou pas, dans l'intensité et l'intimité de sa foi, en homme libre (...) Mais chaque religion a à mener sa part de combat pour que jamais la haine, le repli, la réduction de ce que nous sommes ne puissent triompher".

Emmanuel Macron s'entretenait après la cérémonie avec les proches du père Hamel et les victimes de l'attentat. Aucun rassemblement de foule n'était organisé par mesure de discrétion. Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb s'est rendu après l'hommage au père Hamel à Rouen pour y décorer l'ensemble des forces de sécurité qui étaient intervenues le jour de l'attentat.

Recueillement intime sur la tombe du prêtre. Une cérémonie religieuse plus restreinte est enfin prévue mercredi à 18h à Bonsecours, près de Rouen, où repose le prêtre, et qui sera à nouveau officié par l'archevêque de Rouen dans la basilique, suivi d'un temps de prière sur la tombe du père Hamel. 

Le 26 juillet 2016, le père Hamel, prêtre auxiliaire de 85 ans, avait été égorgé à Saint-Etienne-du-Rouvray alors qu'il célébrait une messe matinale pour cinq fidèles, trois religieuses et un couple d'octogénaires. Les assassins, qui se réclamaient du groupe État islamique, Adel K. et Abdel Malik P., 19 ans, tous deux fichés S, ont été abattus par les forces de l'ordre à leur sortie de l'église. Deux jours après cet assassinat, près de 3.500 personnes avaient rendu hommage au père Hamel dans la commune. Des centaines de musulmans étaient aussi allés prier dans les églises de France aux côtés des catholiques en signe de "solidarité". Depuis avril, le père Hamel fait l'objet d'un procès en béatification par dispense exceptionnelle du pape.