Trois choses que vous ignorez sur les prénoms à la mode

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© DENIS CHARLET / AFP
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Romain David
Les invités de Wendy Bouchard se penchent dans "Le tour de la question" sur les mécanismes qui déterminent la popularité d'un prénom plutôt qu'un autre.
LE TOUR DE LA QUESTION

"Corinne, ça vous irait très bien". En plein plaidoyer pour "l'identité de la France", Éric Zemmour s'en est pris sur le plateau des Terriens du dimanche au prénom d'Hapsatou Sy : "Chez moi, on doit donner des prénoms dans ce qu'on appelle le calendrier, c'est-à-dire des saints chrétiens", a-t-il déclaré. Dans une séquence coupée au montage - mais que l'animatrice a diffusée sur son compte Instagram - le polémiste se montre encore plus virulent, lui lançant : "C'est votre prénom qui est une insulte à la France. Parce que la France n'est pas une terre vierge, c'est une terre avec une histoire, un passé, et les prénoms incarnent l'histoire de la France."

>> Alors que cet échange n'en finit plus d'alimenter la polémique, Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations, le sociologue Baptiste Coulmont, et Laure Karpiel, auteure de La cote Larousse des prénoms 2019, tentent de décrypter, vendredi dans Le tour de la question sur Europe 1, les influences qui président aux tendances dans le choix des prénoms.

Les variations orthographiques

Maëlis, Maëliss, ou Maëlys ? "De plus en plus de gens choisissent des prénoms avec une orthographe bizarre pour singulariser leur enfant", relève Jean-François Amadieu. Un phénomène qui s'explique en partie par l'utilisation de plus en plus rare, dans la vie quotidienne, des titres monsieur/madame, notamment au travail. Des lors, le prénom prend le pas sur le patronyme comme moyen de différenciation. De quoi pousser les Français à faire preuve d'originalité. "On utilise de plus en plus le prénom, donc il doit être de plus en plus individualisateur ou identificateur", résume le sociologue Baptiste Coulon.

"Le problème c'est qu'en faisant ça, toutes les études nous expliquent que ça va être une catastrophe pour la vie de l'enfant et de l'adulte. Personne ne saura prononcer ou écrire son prénom, ça va être une sorte de marqueur mais négatif", pointe encore le directeur de l'Observatoire des discriminations. "Si l'orthographe n'est pas trop farfelue, elle peut-être un signe d'identité", veut toutefois nuancer Laure Karpiel. Ainsi "Raphael" fait référence à la culture judéo-chrétienne, quand "Rafael" évoquera davantage l'Espagne.

>> De 9h à 11h, on fait le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission ici  

"Une génération s'éteint, une autre s'éveille"

Depuis plusieurs années, Louis et Jules figurent en pole position des prénoms les plus attribués chez les garçons. Léon et Marcel devraient voir leur cote bondir en 2019 et en 2020, prédit Laure Karpiel. Mais cette vague des prénoms anciens ne date pas d'hier. "Le phénomène a toujours existé : on remet en circulation des prénoms une fois que la personne est décédée. Tant que le prénom sent 'la vieille personne', on ne le remet pas en fonction", explique Baptiste Coulon. "Dans les années 1960, on trouvait que la mode était aux vieux prénoms, comme 'Nicolas', qu'aujourd'hui on ne voit plus du tout comme un prénom médiéval", note-t-il.

Des prénoms sous l'influence de la culture populaire

"J'ai rencontré des grands-mères et arrière-grands-mères qui s'appelaient Jeannine, Martine, Andrée. Elles n'avaient pas de mal avec le prénom de leurs petits-enfants, qui s'appelaient Tom ou Lucie, mais beaucoup plus avec celui de leurs arrière-petits-enfants qui étaient des Largo, Chanel, Anakin et Shawn", rapporte Laure Karpiel. Autant de prénoms que l'on a pu croiser à la télévision où au cinéma ces dernières années, et qui trahissent l'influence de la culture populaire sur l'état civil. Là encore, rien de bien nouveau : le succès du feuilleton Thierry la Fronde entre 1963 et 1966 a donné lieu au baptême d'une foule de petits Thierry. Et on s'attend à une flopée de Kylian dans les mois à venir..., glisse Laure Karpiel.

Mais ces prénoms peuvent aussi être stigmatisant en devenant le marqueur d'un certain niveau d'instruction et de culture. "Certains prénoms, inspirés d'une série télévisée américaine, et qui n'ont jamais été choisis avant dans les élites, dans la bourgeoise ou chez les cadres, vont être choisis directement par ceux qui regardent ces séries. Cela signale une appartenance populaire, qui entraîne une stigmatisation", explique Jean-François Amadieu.

 

Assumer son prénom

Votre prénom vous a-t-il déjà causé du tort ? Nous vous avons posé la question sur Facebook et, sur 5.000 votes vendredi matin, vous êtes 88% à avoir répondu "non". "Des moqueries, non, mais devoir l’épeler, oui ", a notamment commenté Karelle. "On me dit souvent que c’est joli, et on me demande de quelle origine c’est."