Terrorisme : comment prendre en charge les mineurs radicalisés ?

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Terrorisme : comment prendre en charge les mineurs radicalisés ?
Comment sont pris en charge les mineurs radicalisés (image d'illustration)@ PHILIPPE DESMAZES / AFP
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Quatre adolescents, suspectés de vouloir commettre des attentats, ont été interpellés en une dizaine de jours.

Ils ont quinze ans, sont à peine sortis de l’enfance mais leur insouciance est déjà loin. Quatre adolescents, soupçonnés de s’être portés volontaires pour commettre des attentats terroristes, ont été arrêtés en une dizaine de jours dans la région parisienne. Certains avaient simplement manifesté des velléités de passer à l’acte, d’autres avaient, semble-t-il, des projets plus avancés. L’un aurait notamment projeté de poignarder des passants sur la Coulée verte à Paris, un autre avait déjà repéré une "cible".

Selon les premiers éléments de l’enquête, ils ne se connaissaient mais étaient tous en contact - via la messagerie cryptée Telegram - avec Rachid Kassim. L’homme est bien connu des services de renseignement: il est soupçonné d’avoir, si ce n’est téléguidé, tout du moins influencé, l’assassinat du couple de policiers à Magnanville, du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray et d’être derrière la tentative ratée d’attentat aux "bonbonnes". Trois attaques qui impliquaient de très jeunes adultes. "Il y a un effet boule de neige, encouragé par la personnalité très charismatique de Kassim", explique le sociologue Farhad Khosrokhavar, spécialiste de la radicalisation religieuse. "Les jeunes, déjà frustrés de ne pas pouvoir se rendre en Syrie à cause des contrôles de plus en plus poussés, s’incitent mutuellement à agir en France."

Entendu sur Europe 1
Le risque est de traiter ces adolescents uniquement d’un point de vue répressif

36 mineurs mis en examen. Selon le parquet de Paris, 36 mineurs – 23 garçons et 12 filles - ont été mis en examen pour des faits de terrorisme et dix sont actuellement détenus. Les chiffres sont certes extrêmement faibles au regard des 280 dossiers concernant des adultes mais font l’objet d’un suivi particulier par les pouvoirs publics. En 2015, la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), chargée du suivi pénal de l’ensemble des mineurs, a mis en place une mission nationale de veille et d’information (MNVI) qui travaille spécifiquement sur la question de la radicalisation. "Le problème, c’est que les dossiers de terrorisme recouvrent une réalité extrêmement variée", note Natacha Grelot, co-secrétaire nationale du syndicat SNPES-PJJ. Beaucoup sont poursuivis pour "apologie", d’autres ont cherché à se rendre en Syrie. "Certains y sont parvenus, d’autres ne sont même pas sortis de chez eux." 

Comme dans toutes les affaires impliquant des mineurs, les peines encourues sont divisées par deux. "Ce n’est pas parce qu’on est sur une question sensible qu’il y a une justice dérogatoire. Comme pour n’importe quel dossier, on tient compte de la gravité des faits, de l’évolution de l’enfant depuis sa mise en examen, de son contexte familial…", insiste Laurent Gerbler, juge pour enfant et président de l’Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille. Un adolescent risque, par exemple, cinq ans maximum pour avoir tenté de rallier la Syrie. La peine s’effectuera alors dans un centre éducatif fermé, l’équivalent de la prison chez les mineurs. "La difficulté, c’est qu’aujourd’hui, on va vers plus de condamnations mais que le personnel n’est pas toujours formé pour les accueillir. Les mettre avec des délinquants multirécidivistes n’est pas forcément une solution", s’inquiète Farhad Khosrokhavar. Certains mineurs mis en examen ont en effet le profil d’ado "sans histoire", voire d’excellent élève.

Démarche éducative. L’accent est avant tout mis sur une prise en charge éducative. "Le risque est de traiter ces adolescents uniquement d’un point de vue répressif, en oubliant qu’ils sont très jeunes", insiste Natacha Grelot. Psychologues, éducateurs, agents sociaux tentent de comprendre ce qui les a poussés à adhérer à cette idéologie pour pouvoir les remettre sur le droit chemin. "A ces âges-là, les perspectives d’évolution et de prise de conscience sont tout à fait envisageables, par pour tous évidemment, mais pour une bonne partie, à condition qu’on se laisse le temps de comprendre."

Nous sommes saisis dès qu’il y a le moindre soupçon

Pour l’heure, aucun des attentats qui a visé la France n’a été perpétré par un mineur. Mais cette éventualité est jugée de plus en plus plausible par les autorités. Non seulement les adolescents, souvent influençables, sont des proies faciles pour les recruteurs mais ils font également l’objet d’une moindre surveillance des services de renseignement. "Les femmes comme les enfants ont longtemps été considérés comme au-dessus de tout soupçon par les autorités. Daech joue sur cet a priori positif", note Farhad Khosrokhavar. Pour faire face à cette évolution, 70 référents "laïcité et citoyenneté" viennent d’être recrutés pour intervenir sur le terrain en soutien aux éducateurs.

Les signalements de mineurs sont également de plus en plus fréquents. "Depuis quelques mois, nous sommes saisis dès qu’il y a le moindre soupçon", assure le juge pour enfant, Laurent Gerbler. "Ce qui avant pouvait passer pour une crise d’ado ou de la provocation est aujourd’hui pris au sérieux." Un bilan éducatif est psychologique est quasiment systématiquement ordonné afin d’évaluer le degré de radicalisation. L’adolescent est-il particulièrement véhément ? Sa famille a-t-elle joué un rôle dans sa radicalisation ? "Les cas sont très variés, l’objectif est de savoir s’il s’agit d’une provocation ou si on est face à un vrai danger, pour l’enfant ou pour les autres." En fonction du degré d’endoctrinement, le magistrat peut prononcer des mesures éducatives, éventuellement assorties d’une interdiction de sortie du territoire. Dans les cas les plus inquiétants, notamment lorsque la famille est elle-même radicalisée, il peut décider d'un placement. "C’est vraiment en cas de dernier recours, on préfère toujours s’appuyer sur les proches", insiste le magistrat.