Suicide, agression en direct : y a-t-il des garde-fous sur Periscope ?

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Suicide, agression en direct : y a-t-il des garde-fous sur Periscope ?
Photo d'illustration@ Capture d'écran
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Après le suicide d'une jeune femme suivi en direct sur l'application vidéo, la question se pose de savoir quels moyens sont mis en œuvre pour contrer ces situations d'urgence.

La démarche laisse sans voix. Mardi soir, une jeune femme originaire d'Egly, dans l'Essonne, a mis en scène son suicide sur Periscope. Cette application, rachetée par Twitter en mars 2015, permet de diffuser gratuitement avec un smartphone un flux vidéo en direct. Celui-ci, relayé par Twitter, est visible par tous et reste accessible pendant 24 heures avant de disparaître. Il y a un mois, une Américaine de 18 ans filmait son amie en train de se faire violer. Il y a une dizaine de jours, en direct sur leur compte Periscope, deux jeunes agressaient un homme à la sortie d'une boite de nuit à Bordeaux, dans le but de faire le plus d'audience possible. Cette fois, c'est une jeune femme en grande détresse, affirmant avoir subi un viol, qui a invité les utilisateurs de la plateforme sociale à assister à son geste désespéré, pour "faire réagir et ouvrir les esprits". Alors que la diffusion de situations d'urgence, violentes et choquantes, se développe, y-a-t-il des dispositifs d'alerte prévus sur le réseau social pour que celui-ci ne devienne pas un danger ?

  • Comment Periscope a-t-il réagi à cet incident ? 

Au lendemain du drame, Twitter s'est refusé à toute réaction : "Nous ne commentons pas les comptes individuels pour des raisons de vie privée et de sécurité", a déclaré à Europe 1 un porte-parole de la maison mère de l'application vidéo, faisant valoir par ailleurs que le contenu avait été supprimé. La plateforme sociale rappelle les règles en vigueur dans sa charte d'utilisation : "Periscope est destiné à être ouvert et sûr. Pour maintenir une plate-forme saine, […] Periscope n'accepte aucun contenu destiné à inciter à la violence ou comportant une menace de violence directe et spécifique envers d'autres personnes".

  • Comment fonctionne la mise en ligne des vidéos sur la plateforme ?

Ni les images ni les commentaires en direct ne sont contrôlés au préalable par Twitter, qui abritent toutes les vidéos de Periscope. Autrement dit, il n'y a aucun filtre sur la plateforme. Comme sur les autres réseaux sociaux, ce sont les internautes qui effectuent les signalements de contenus publiés jugés illégaux ou choquants. Mais cette modération a donc lieu a posteriori. Et c'est seulement après ce signalement que les équipes vérifient les contenus, à la fois en fonction de la loi du pays où est publiée la vidéo et de ses propres critères - qui bannissent les images violentes ou sexuellement explicites. Le réseau social décide alors : soit de mettre un avertissement, soit de les supprimer. C'est le cas des vidéos du suicide de la jeune femme, qui ont été retirées après avoir été signalées. 

  • Des dispositifs d'alerte existent-ils ?

Comme le rappelle Numerama, un bouton d'alerte existe, en bas de l'écran à droite, pour "Signaler la diffusion". Toutefois, il reste générique et ne requiert pas de préciser la nature du signalement. Ce n'est pas un bouton d'urgence : on peut aussi bien attirer l'attention sur un utilisateur manquant de pudeur, tenant des propos homophobes, ou une personne menaçant de se suicider… Cette absence de degré dans le signalement ne permet donc pas de traiter en urgence une situation grave et d'intervenir au plus vite. 

Contacté par Europe 1, un porte-parole de Twitter nous indique néanmoins que les quelque 10 millions d'utilisateurs de la plateforme Periscope peuvent envoyer un mail à safety@periscope.tv s'ils souhaitent faire remonter un problème, comme un contenu inapproprié. 

Il nous rappelle également que deux formulaires sont à disposition en cas de situation grave. Le premier permet à tout internaute de "signaler d'éventuelles menaces de suicide ou toute autre forme d'automutilation". Le second est à disposition des autorités et concerne les "requêtes des forces de l'ordre ou du gouvernement", si elles souhaitent, en cas d'urgence, accéder aux données d'un utilisateur.