"Sans-dents" : pourquoi l'expression prêtée à Hollande a fait mouche ?

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"Sans-dents" : pourquoi l'expression prêtée à Hollande a fait mouche ?
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LE CHOC DES MOTS - Europe 1 a posé la question au chansonnier du Théâtre des 2 Anes, Jacques Mailhot, et au communicant Philippe Moreau Chevrolet.

Une nouvelle expression est-elle née ? Depuis 48 heures, un terme jusque-là inconnu dans la langue française revient en boucle dans tous les médias : "les sans-dents". L'auteur présumé de cette "trouvaille" ? Le président de la République en personne. Enfin, d'après son ancienne campagne, Valérie Trierweiler. François Hollande emploie-t-il vraiment cette expression pour désigner les pauvres comme elle l'écrit dans son livre ou est-ce seulement l'invention d'une femme blessée qui cherche à se venger ? Les Français ne le sauront sans doute jamais.

Et la vraie question est peut être ailleurs : pourquoi cette expression attribuée au chef de l'Etat nous parle tant ? Europe 1 a posé la question au chansonnier et directeur du Théâtre des 2 Anes, Jacques Mailhot, et au communicant Philippe Moreau Chevrolet.

#‎ Le chansonnier : "bien plus fort que le 'Casse-toi, pauvre con!' de Sarkozy"

En plein rodage de son prochain spectacle, sur François Hollande bien entendu, le directeur du Théâtre des 2 Ânes, Jacques Mailhot, a raconté à Europe 1 que l'expression "les sans-dents" avait alimenté la conversation de la matinée dans ce théâtre qui revendique "90 ans d'humour politique". Ce qui frappe le chansonnier ? "Les 'sans-dents', c'est le contraire exact des politiques, dont les dents rayent le parquet", relève t-il.

 De quoi nourrir en dernière minute son "France-Hollande : Zéro partout", dont la première aura lieu le 19 septembre ? "J'en discutais ce matin avec les collègues et, bien sûr, il en sera question dans notre prochain spectacle ! On pense l'ouvrir avec une scène dans laquelle Valérie Trierweiler serait en train de rédiger son brûlot", confie-t-il.

"Les 'sans-dents'" pain béni des chansonniers, dans la lignée du "Casse-toi, pauvre con!" de l'ère Sarkozy ? "Ah non, là c'est bien plus fort", estime Jacques Mailhot. "'Les sans-dents', on peut faire plein de choses avec ça, et puis le mot 'dents' appelle pleins d'autres mots et d'expressions…", précise le chansonnier en entretenant le suspense.

>> A lire aussi : Hollande, DSK, Gayet... le grand déballage de Trierweiler

#‎ Le communicant : "le problème, c'est que c'est une expression crédible dans la bouche de Hollande"

"Calqué sur le nom 'sans-culottes', le néologisme 'sans-dents' parle à l'imaginaire collectif des Français", estime le communicant Philippe Moreau Chevrolet. Mais la référence historique n'explique pas tout : "l'expression cristallise la situation politique actuelle à un moment où l'opinion s'interroge sur l'orientation politique et la personnalité de François Hollande. Elle vient combler un vide".

Et si, en réalité, François Hollande n'avait jamais prononcé ces mots ? La question n'est pas là, estime Philippe Moreau Chevrolet. "Le problème, c'est que, comme François Hollande fait des blagues tout le temps, et que l'opinion publique s'attend toujours à ce que les politiques mentent, c'est crédible", analyse t-il.

Les "sans-dents" vont-ils coller au quinquennat du président Hollande ? "Cela va rester", prédit celui qui conseille des dirigeants. "Avec cette expression, François Hollande apparaît comme quelqu'un qui n'aime pas les pauvres… lui qui disait ne pas aimer les riches. Au niveau symbolique, c'est terrible", dit encore Philippe Moreau Chevrolet.

Pour le président de MCBG Conseil, ce qui arrive à François Hollande n'arriverait jamais à Angela Merkel ou à Barack Obama, qui contrôlent mieux leur image. "Un président ne doit pas avoir de vie privée, et ne doit pas donner dans l'humour 'limite', même en privé", estime-il, avant d'ajouter : "a fortiori lorsque l'on a une compagne qui est journaliste". Et le communicant de citer André Malraux qui, pour bien signifier que "le général" ne se laissait pas aller à se comporter comme Monsieur tout le monde, disait: "il n'y a pas de Charles chez de Gaulle". Comprendre : il y a trop de François chez Hollande.