Révision du Bac de philo : la liberté est-elle dans la révolte ?

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Dans La Morale de l'info, Raphaël Enthoven éclaire l'actualité avec un sujet de philosophie. 

Chaque matin dans La Morale de l'info, Raphaël Enthoven éclaire l'actualité avec un sujet de philosophie susceptible de tomber au Bac. Mardi, le philosophe s'attaque à une question posée par les grèves qui secouent actuellement l'Hexagone : "la liberté est-elle dans la révolte ?" Le 26 mai dernier, la CGT a bloqué la parution des journaux qui refusaient de distribuer un tract dénonçant la loi Travail. Résultat : seul le quotidien l'Humanité s'est retrouvé dans les kiosques. "Le syndicat qui dénonce la pression de la finance sur la presse a lui-même bloqué la parution des journaux. Comment le dévoiement de la révolte est-il possible ? Comment ne pas tuer la liberté d'expression que la révolte est censée défendre ?", se demande Raphaël Enthoven.

Première partie : la révolte, c'est la liberté de dire non. Dans sa première partie, le philosophe s'emploie à définir ce qu'est la révolte, et en quoi elle contient une part de liberté. "La révolte, c'est la liberté de dire non. Face à l'oppression, il y a l'insoumission. Lorsqu'un pouvoir est omniprésent, la liberté c'est de se révolter", explique-t-il.

Des exemples de révoltes face à des pouvoirs totalitaires, il y en a de très nombreux. Mais pour ne pas avoir à piocher au hasard dans les livres d'Histoire, Raphaël Enthoven en retient deux : le renversement du Tsarisme en Russie, en 1917, et la chute de l'URSS, 74 ans plus tard.

Deuxième partie : quand la révolte se mue en tyrannie. "Cela s'est passé au même endroit, on peut donc les coordonner", s'explique le professeur de philosophie. "Le geste qui a abouti à la chute de l'un est de même nature que celui qui a abouti à la chute de l'autre. L'URSS était là pour mettre un terme à la dictature du Tsar. Mais la mutation de la révolte en tyrannie renouvelée donne à comprendre que la liberté réside dans la fidélité au geste initial de la révolte, et non dans son remplacement par un système coercitif et contraignant", analyse le chroniqueur d'Europe 1.

Comment préserver la révolte du goût de l'absolu, qui conduit les consciences, au nom de la liberté, jusqu'à la rancune totalitaire ? Comment éviter que 1917 engendre Staline ? Ou que 1789 produise Robespierre ? Comment sauvegarder la révolte elle-même ? Comment éviter que le camarade devienne apparatchik ? Comment éviter que la CGT devienne plus conservatrice que les conservateurs ?

Troisième partie : la révolte doit être mue par l'amour. "On peut retenir de L'homme révolté, d'Albert Camus, l'idée que la révolte est un refus certes, mais un refus qui doit être porté par l'amour avant d'être mu par la colère", répond Raphaël Enthoven. "L'homme révolté camusien dit 'oui' avant de dire 'non'. Ce n'est pas seulement une liberté mais une libération", poursuit le philosophe. En clair, un mouvement, "pour ne rien perdre de son énergie", doit se donner des limites, porter "une pensée, non pas du compromis, mais de la mesure". "C'est comme cela que la révolte pourra changer le monde, à défaut de pouvoir changer de monde. La révolte est amour et fécondité ou elle n'est rien", conclut le chroniqueur d'Europe 1 citant, là encore, Albert Camus.