Rejugé pour crimes contre l'humanité, Hissène Habré définitivement fixé sur son sort jeudi

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Rejugé pour crimes contre l'humanité, Hissène Habré définitivement fixé sur son sort jeudi
La peine d'Hissène Habré sera peut-être confirmée en son absence (image d'illustration de 2015) @ SEYLLOU / AFP
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L'ancien président tchadien avait été condamné à la prison à perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tortures et viols en 2016.

Condamné en 2016 à la prison à vie pour crimes contre l'humanité, l'ex-président tchadien Hissène Habré sera définitivement fixé sur son sort jeudi avec l'annonce du verdict de son procès en appel tenu en janvier devant un tribunal spécial africain.

Un procès historique. Le jugement en appel, comme celui de première instance, s'est déroulé devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), créées en vertu d'un accord entre l'Union africaine (UA) et le Sénégal, où Hissène Habré s'est réfugié après avoir été renversé en décembre 1990 par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno. Ce procès est le premier au monde dans lequel un ancien chef d'État est traduit devant une juridiction d'un autre pays pour violations présumées des droits de l'Homme.

L'accusé sera-t-il présent ? Jusqu'à quelques heures de l'ouverture du procès en appel, rien ne permettait d'indiquer si Hissène Habré y assistera ou sera de nouveau autorisé à s'absenter, décision qui relève de la compétence du président de la cour Wafi Ougadèye, selon les CAE. En cas de condamnation, Hissène Habré, aujourd'hui âgé de 74 ans, purgera sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l'UA.

Déjà condamné à la perpétuité. Le 30 mai 2016 il avait été condamné à la perpétuité pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, tortures et viols par le tribunal spécial puis, le 29 juillet 2016, à payer jusqu'à 20 millions de francs CFA (plus de 30.000 euros) par victime. Une commission d'enquête tchadienne estime le bilan de la répression sous son régime (1982-1990) à quelque 40.000 morts.

Une cour récusée par Hissène Habré. Tout au long du procès en première instance qui s'était ouvert le 20 juillet 2015, Hissène Habré avait refusé de s'exprimer ou d'être représenté devant une juridiction qu'il récuse. La Cour avait donc désigné trois avocats commis d'office pour assurer sa défense. Ce sont ces trois avocats qui ont fait appel, et non les conseils désignés par lui et qui, selon ses instructions, avaient boycotté les débats. 

La défense commise d'office a réclamé une annulation de sa condamnation, dénonçant notamment des erreurs affectant la validité du verdict rendu en première instance et contestant certaines accusations contre Hissène Habré. Pour jeudi, "nous sommes confiants", a affirmé un de ces avocats n'ayant pas souhaité être identifié : "Nous estimons que nous avons donné des arguments sérieux et valables, de forme comme de fond". 

Une peine qui demande à être confirmée. Les avocats des parties civiles ont de leur côté réclamé la confirmation du verdict, à la fois "sur la culpabilité en toutes ses dispositions" et sur la peine, a affirmé Me Assane Dioma Ndiaye. Pour lui, "une peine qui ne serait pas à la dimension des faits serait une déception totale" pour les victimes. Le juriste américain Reed Brody, qui travaille avec les victimes depuis 1999, n'imagine pas non plus une annulation de la condamnation d'Hissène Habré : "Cela ne semble pas possible" car son acte d'accusation est "parmi les crimes les mieux documentés en Afrique", a-t-il estimé.