Procès du Carlton de Lille : du libertinage, pas de prostituées, clame DSK

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Procès du Carlton de Lille : du libertinage, pas de prostituées, clame DSK
@ AFP/BENOIT PEYRUCQ
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A L'AUDIENCE - Dominique Strauss-Kahn est revenu pour la première fois mardi sur les soirées libertines dont il était l'hôte de marque.

C'était bien plus souvent des déjeuners ou des après-midis que des soirées. Des rendez-vous donnés lorsqu'il était de passage à Paris - généralement tous les deux ou trois mois pour voir ses enfants, mais les parties fines qui lui valent de comparaître devant le tribunal correctionnel de Lille pour proxénétisme aggravé. Pour la première fois mardi, Dominique Strauss-Kahn, qui fut "l'un des hommes les plus puissants de la planète" et désormais "consultant international", rappelle le président du tribunal, a commencé à s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés.

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Trois "parties fines" passées à la loupe. La cour a donc examiné mardi trois de ces rencontres : deux après-midi à l'hôtel Murano à Paris, en 2009 et 2010, et un déjeuner à L'Aventure en 2009 également. "Pour cette soirée, comme pour les autres, le processus était toujours le même. J’étais peu souvent à Paris, et lorsque que je prévenais que j’étais sur Paris, Fabrice (Paszkowksi) me proposait un déjeuner ou un après-midi plus festif et ludique sexuellement", explique DSK. Qu'entend-il par là ? "C’était une séance de récréation. J’avais une vie trépidante, avec quelques soupapes de récréation comme celle-là. Je ne croyais pas que ces gens se réunissaient pour autre chose que pour faire la fête, y compris au sens sexuel", détaille Dominique Strauss-Kahn. Etait-ce des soirées libertines ? "Il y a autant de définition d’une soirée libertine que de gens dans cette salle. Une soirée libertine, pour moi, est une soirée à laquelle des hommes, des femmes, des couples, se réunissent pour avoir du sexe, pour le plaisir du sexe et pas pour des raisons affectives", définit-il encore.

DSK n'aime pas les relations tarifées. La question est au centre des débats et est donc revenue sans arrêt sur le devant de la scène : Dominique Strauss-Kahn avait-il connaissance "du caractère prostitutionnel", comme il dit, de certaines filles qui participaient à ces "récréations" ? Bien sûr que non, jure-t-il sans arrêt. Et ce, pour deux raisons. La première, c'est que DSK n'aime pas les prostituées : "Je n’ai aucun plaisir pour moi, d’avoir recours à des prostituées". "Ce n’est pas ma conception des relations sexuelles, comme j’aime. Je n’ai rien contre les prostituées, mais ce n’est pas ce que j’aime. J’aime que ce soit la fête", dit-il encore. L'autre est bien plus terre à terre : c'était trop dangereux pour sa carrière. "Si j’ai pris le risque d’avoir des pratiques sexuelles minoritaires, collectives, je ne l’aurais pas fait avec des prostituées. C’était beaucoup trop dangereux pour mes ambitions" politiques d'alors, concède-t-il. "Je maintiens que je n’ai jamais su ni même soupçonné qu’il y avait des prostituées", répète-t-il jusqu'au bout de l'audience.

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Le récit de relations brutales. Deux anciennes prostituées et l'associée de Dominique Alderweireld, alias Dodo la Saumure, se succèdent à la barre pour raconter leur rencontre avec DSK. Si Béatrice Legrain, tenancière d'un bar à hôtesses en Belgique, mais venue à Paris "comme prostituée, pas comme gérante", garde un souvenir plutôt bon du déjeuner à L'Aventure, il n'en va pas de même pour Jade et Mounia. La première, "130 de QI, et pas 25 comme le dit Dodo de ses filles" précise-t-elle, a rencontré DSK en 2009 à l'hôtel Murano. "Je ne savais pas qui j’allais rencontrer. Certains avaient dit le nom de Dodo, moi je pensais qu’il s’agissait de mon patron (Dodo la Saumure, ndlr). Les gens étaient très excités en disant 'il va arriver, il, il il…'", raconte à son tour la jeune femme. Là, "dans la grand pièce, où il y avait le lit, ça faisait un peu comme au temps de l’Antiquité avec un monsieur entouré de beaucoup de femmes", se souvient-elle. Mais pour Jade, ce qui se déroule dans cette chambre n'a rien à voir avec du libertinage : "Dans le libertinage ou le mélangisme, il y a un échange, un aller-un retour. Là, c’était un aller simple. Que des femmes qui s’occupent d’un homme seul. (...) C’est tout juste si on ne me met pas la main sur la tête pour pratiquer une fellation. Je n’étais qu’une chose qui devait accomplir une chose, je n’étais pas là en tant que personne", lance-t-elle. Dernière question du président : "Avez-vous parlé à DSK ?" La réponse fuse : "Pas vraiment puisque je l’avais en bouche…"

La rencontre entre Mounia et DSK date de 2010. La jeune femme est la deuxième fille de l'après-midi à passer dans le lit de DSK. "Je suis consentante parce que je suis venue dans un but précis", dit-elle. Mais lorsque vient le moment d'un rapport "contre nature" - le mot "sodomie" n'est jamais prononcé -, Mounia dit avoir "montré quelques réticences, pas par des mots mais par des gestes. Je ne voulais pas de cette pratique, mais je ne l’ai pas dit oralement", concède-t-elle. Mais DSK poursuit. "J’ai beaucoup pleuré à ce moment-là, il s’en est aperçu. Son sourire m’a marqué, du début à à la fin, il avait l’air d’apprécier tout ce qu’il faisait", se souvient-elle. "C’était un rapport de force. Brutal, mais consenti parce que j’avais besoin de cet argent", conclut-elle. 

Les souvenirs diffèrent. Des souvenirs que DSK, qui écoute attentivement sur le banc, entouré de ses co-prévenus, ne partage pas vraiment. "Les scènes que nous avons vécues ensemble, nous ne les avons pas vécues de la même manière", dit-il, presque un regret dans la voix. "Je ne veux pas être désagréable avec personne, mais on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de souvenirs qui sont contestables. Je suis convaincu que Jade dit la vérité quand elle dit qu’elle m’a vu sur le lit avec huit femmes sur le lit. Je ne dis pas qu’elle ment mais nos souvenirs sont altérés par le temps. Il n’y a jamais eu de fille de 18-20 ans dans nos rencontres, mais peut-être en a-t-elle eu l’impression", détaille-t-il. "J’ai vécu une après-midi ludique, je n’ai pas vécu de scène désagréable", conclut-il.

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