Premier décès dû au NBOMe en France : qu'est-ce que cette nouvelle drogue ?

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Premier décès dû au NBOMe en France : qu'est-ce que cette nouvelle drogue ?
Si le décès de la jeune Anglaise est le premier en France, les services hospitaliers s'inquiètent de ces nouveaux phénomènes. Image d'illustration.@ AFP
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Une jeune Anglaise est morte à l'hôpital de Lariboisière, à Paris, après avoir consommé du NBOMe, révèle le "JDD". Il s'agit du premier décès en France dû à cette nouvelle substance psychoactive.

Elle pensait consommer de la cocaïne. En réalité, il s'agissait de NBOMe. Une jeune Anglaise de moins de 30 ans est morte d'overdose après avoir inhalé de la poudre blanche dans la nuit du 29 au 30 avril, au cours d'une soirée dans le 20e arrondissement de Paris, révélait dimanche le JDD. Si plusieurs dizaines de cas mortels ont déjà été répertoriés à travers le monde, dont au moins quatre en Europe (Belgique, Royaume-Uni et Pologne), c'est la première fois que cette nouvelle substance fait une victime en France.

"Une molécule psychédélique". Apparu en 2013 dans l'Hexagone et classé comme stupéfiant depuis 2015, le NBOMe est une "molécule psychédélique, qui appartient à la catégorie des phénétulamines, présentée comme un ersatz de LSD aux effets hallucinogènes", détaille auprès du Journal du Dimanche Grégory Pfau, un pharmacien de l'équipe de liaison et de soins en addictologie (Elsa) à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. 

Aspects et voies d'administration. Buvard, liquide, poudre, comprimé, gomme gélifiée… Ces nouvelles drogues dérivées du NBOMe peuvent se présenter sous différents aspects et donc être prises de différentes manières : orale, nasale, ou encore par les voies injectables, rectale ou vaginale, telles que le décrivent plusieurs forums de consommateurs. Souvent, elles sont confondues avec la cocaïne, le LSD ou la mescaline.

Difficile à détecter. Mais contrairement à celles-ci, le NBOMe est encore difficile à détecter, comme l'expliquait en septembre 2015 le Comité technique des Centres d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance. "Leur identification nécessite des techniques chromatographiques avec une sensibilité élevée en raison de concentrations sanguines ou urinaires faibles : de l’ordre du ng/mL voire inférieures", notaient alors les experts.

Tachycardie, paranoïa et convulsions. Car cette molécule a la particularité d'être active dès le microgramme. La marge entre effets recherchés et surdosage est donc particulièrement étroite, et d'autant plus dangereuse. Des témoignages de patients ayant pris du NBOMe rapportent ainsi des effets néfastes tels que des palpitations cardiaques, de l'hypertension, des maux de tête, des convulsions, ou encore une sensation de panique avec malaise et impression de mort imminente. Les effets hallucinogènes, eux, apparaîtraient dans les 15 à 90 minutes suivant la prise de la drogue et dureraient entre 4 et 8 heures selon le mode d'administration.

De plus en plus de cas. Si le décès de la jeune Anglaise est le premier en France, les services hospitaliers s'inquiètent de ces nouveaux phénomènes. Depuis quelques années, les patients  ayant pris des NSP (nouvelles substances psychoactives), dont du NBOMe, sont en effet de plus en plus nombreux à se présenter à la Pitié-Salpêtrière, au point que leurs cas représentent désormais près de 6% de l'activité de l'Elsa, rapporte le JDD.

Un coût très réduit. Ces drogues se vendent d'ailleurs à un coût très réduit. Sur un forum, un usager rapporte ainsi avoir acheté les dix buvards pour moins de 7 euros.

Un business organisé sur Internet. Et la difficulté à gérer ce phénomène n'incite pas à la quiétude. Le business des NSP s'organise en effet sur Internet depuis l'étranger, avec des laboratoires de fabrication souvent basés en Asie. Selon l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), qui vient de publier le 6 juin dernier un rapport alarmant sur la forte augmentation, pour la troisième année consécutive, du nombre de drogues créées et vendues sur le "darknet", la production de NSP serait même en train de s'implanter en Europe.

En Australie, le NBOMe a atteint un triste niveau de notoriété en janvier dernier, après la mort de trois personnes et l'hospitalisation de vingt autres. Toutes avaient pris ce qu'elles croyaient être "un mauvais lot de MDMA".