Pourquoi la centrale nucléaire de Cattenom fait peur au Luxembourg

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Pourquoi la centrale nucléaire de Cattenom fait peur au Luxembourg
@ JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
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Le Luxembourg s'est dit prêt lundi à cofinancer la fermeture de la centrale française de Cattenom, située à 20 kilomètres de sa frontière. 

Anti-nucléaire, le Luxembourg propose à la France une aide financière pour fermer et reconvertir la centrale nucléaire de Cattenom, implantée en Lorraine à 20 kilomètres de la frontière franco-luxembourgeoise. Et c'est le Premier ministre luxembourgeois en personne qui a avancé l'argument du porte-monnaie : lundi soir, Xavier Bettel a déclaré devant Manuel Valls que le "plus grand souhait" du Grand Duché est que la France "ferme" la centrale nucléaire de Cattenom, et se dit prêt pour cela à "s'engager financièrement". Proximité, dangerosité, qu'est ce qui inquiète au juste le Luxembourg ?

La crainte d'être "rayé de la carte". Moins connue du grand public que Fessenheim, Cattenom est la sixième centrale nucléaire la plus puissante au monde. Inaugurée en 1986 et située à 20 kilomètres seulement du Luxembourg, elle inquiète sérieusement ce petit pays limitrophe :  "notre plus grand souhait serait que Cattenom ferme car s’il y a un problème grave, le Grand-Duché est rayé de la carte", a déclaré le chef du gouvernement luxembourgeois. "Le site de Cattenom est un site qui nous fait peur, ça ne sert à rien de le cacher. Je l'ai dit franchement au collègue français", a-t-il ajouté. 

Sur place, des règles exceptionnelles. Simulations de crise, distributions de produits préventifs... Vivre à proximité de cette centrale nucléaire a ses singularités : les habitants de la commune de Cattenom sont par exemple régulièrement approvisionnés en comprimés d’iode, à prendre en cas de fuite radioactive. "Nous avons fait une simulation, un exercice de crise simulée et je dois dire qu’on est prêt à faire front à un incident nucléaire important", explique Michel Schibi, maire de la ville

Plusieurs incidents ces dernières années. Indispensable en France, où elle produit 8% de l'électricité du pays, Cattenom a de plus en plus de détracteurs. Au début du mois de mars, un rapport commandé par le groupe des Verts au Parlement allemand a pointé de graves lacunes de sécurité par rapport aux normes européennes post-Fukushima. Ces lacunes concernent la radioprotection ou la résistance du site en cas d’inondation ou de tremblement de terre notamment. Ces dernières années, diverses anomalies de fonctionnement ont été répertoriées dans cette centrale

La peur d'une durée de vie prolongée. Et les récentes déclarations de Ségolène Royal, favorable à une prolongation de vie des centrales nucléaires françaises ont ravivé les craintes des Luxembourgeois. C'est pourquoi, Xavier Bettel a assuré que son pays était "prêt à s'engager financièrement dans un projet qui soit différent du nucléaire". "Le message est passé", a répondu Manuel Valls, en rappelant l'engagement de la France de "réduire la part du nucléaire dans la production électrique d'ici à l'horizon 2023 de 75 à 50%".