Pour Matthieu Suc, "les femmes veulent devenir actrices de leur propre djihad"

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Matthieu Suc, journaliste et auteur du livre "Femmes de djihadistes" explique sur Europe 1 que les femmes prenant part au djihad sont de plus en plus déterminées à passer à l'action.

INTERVIEW

Alors que l'on a appris vendredi matin que les trois femmes interpellées jeudi soir dans l'Essonne souhaitaient commettre un attentat à la Gare de Lyon, Matthieu Suc, journaliste à Mediapart et auteur de Femmes de djihadistes*, explique sur Europe 1 que les femmes prenant part au djihad sont de plus en plus déterminées à passer à l'action.

L'influence d'Hayat Boumeddiene. Actuellement en fuite en Syrie, la compagne d'Amédy Coulibaly, auteur de la turie de l'Hyper-Casher, aurait été déterminante pour beaucoup de femmes tentées par le djihad : "La publication de ses propos, les photos d'elle en niqab, ses poses guerrières avec l'arbalète", explique Matthieu Suc. D'ailleurs, l'une des jeunes femmes du commando interpellé serait une proche d'Hayat Boumeddiene. Alors qu'auparavant les hommes abandonnaient leurs familles et partaient seuls rejoindre Al-Qaïda, le djihad depuis deux ans est "un djihad familial", selon le journaliste. "Avec le phénomène syrien, les femmes sont parties prenantes. Elles savent pourquoi elles partent", ajoute t-il.

Entendu sur Europe 1
Il n'y a pas de profil type : on retrouve des converties, comme une jeune femme issue de la haute-noblesse française

"Il n'y a pas de profil type". "Exactement comme chez les hommes, c'est un vaste fourre-tout", rappelle Matthieu Suc. "On retrouve des converties notamment, comme cette femme, issue d'une famille de haute-noblesse qui remonte au XIIe siècle", raconte le journaliste qui précise qu'aucune région n'est épargnée par le phénomène et que n'importe quel profil sociétal peut être touché.

Un phénomène de femmes kamikazes ? Jusqu'à présent, l'État islamique n'a pas appelé les femmes à se livrer à des opérations kamikazes. "Les hommes représentent la chair à canon", nuance Matthieu Suc. "Ils représentent le temps court alors que les femmes incarnent le temps long : elles assurent la pérennité du Califat en enfantant les lionceaux [les enfants, selon le vocabulaire de l'État islamique, ndlr].

Toutefois, le journaliste note une évolution : "Les femmes veulent de plus en plus devenir actrices du djihad et les écoutes téléphoniques de ces derniers mois font apparaître des jeunes femmes de plus en plus déterminées qui ont envie de passer outre [les recommandations de l'Etat islamique] et devenir actrices de leur propre histoire et de leur propre djihad", ajoute t-il avant de préciser que les services secrets du Maghreb avaient appelé à la vigilance concernant le risque potentiel de voir naître bientôt des femmes kamikazes.

*Femmes de djihadistes, Fayard, 2016.