Police et population : des relations de plus en plus tendues

  • A
  • A
Police et population : des relations de plus en plus tendues
Selon le think tank Terra Nova, les relations entre police et citoyens n'ont pas été suffisamment considérées au cours du quinquennat. @ VALERY HACHE / AFP
Partagez sur :

Un rapport publié mercredi par le think tank "Terra Nova" pointe la défiance d'une partie des Français vis à vis de leur police, et l'accroissement de ce sentiment ces quatre dernières années.

C'est un rapport qui tombe à pic. Après trois semaines de rassemblements nocturnes de gardiens de la paix, qui continuent d'exprimer leur "ras-le-bol" malgré les annonces de Bernard Cazeneuve, Terra Nova publie, mercredi, "Police et population : pour des relations de confiance".  Le think tank, proche du parti socialiste, s'est penché sur l'une des raisons du mal-être policier : le sentiment de défiance de la part des citoyens. Premier constat : si 82% des Français ont une bonne opinion de la police nationale, 34% des jeunes ne lui font pas confiance, et 40% la jugent raciste. Deuxième observation : le bilan des quatre dernières années est "pour le moins mitigé". Les rapporteurs pointent notamment une promesse de campagne non tenue de François Hollande, et l'impact de la mobilisation contre la loi Travail sur l'image des gardiens de la paix.

Des politiques "sans projet véritable". Principal problème, d'après Terra Nova, "l'agenda des ministres de l'Intérieur reste rivé sur l'actualité, ce qui n'incite guère à conduire des réformes structurelles". Interrogé par Le Monde, le président du groupe de travail, Jacques de Maillard, précise : "On a une profession en crise, qui fait face à des problèmes majeurs, comme le terrorisme, un maintien de l'ordre chahuté ou encore des situations de violence urbaine, mais qui du coup est tentée de se replier sur elle-même, tandis que le politique est avant tout dans une position de réaction à la crise, mais sans porter de projet véritable".

Dans le viseur des rapporteurs se trouvent donc "les" ministres de l'Intérieur, et pas seulement Manuel Valls et son successeur, Bernard Cazeneuve. "La question des relations entre la police et la population revient régulièrement à l'agenda des autorités politiques depuis une quarantaine d'années", relèvent-ils, taclant au passage la suppression de la police de proximité - à l'époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur - "au nom d'une politique d'interpellations aux résultats foncièrement discutables".

Entendu sur Europe 1
Le sentiment d'un contrôle au faciès, qui dépend de l'apparence est fort.
Terra Nova

Les récépissés de contrôles d'identité enterrés. Mais il y a quatre ans, le programme de campagne de François Hollande avait laissé entrevoir la possibilité d'une amélioration. Le candidat socialiste promettait notamment de mettre en place un récépissé de contrôle d'identité pour lutter contre le délit de faciès. Un dispositif répondant aux constatations de Terra Nova : selon le Think tank, "le sentiment d'un contrôle au faciès, qui dépend de l'apparence, et, le plus souvent de la couleur de peau, est fort".

Complication du travail des policiers pour les uns, avancée nécessaire vers plus d'égalité pour les autres : après l'élection, la mesure a fait l'objet d'une vive polémique. Elle a finalement été abandonnée lorsque Manuel Valls était ministre de l'Intérieur, puis rejetée par l'Assemblée, devant laquelle des députés de gauche l'avaient à nouveau portée.

Au-delà de cette mesure symbolique, les rapporteurs transcrivent un quinquennat sans mesures efficaces pour rapprocher les gardiens de la paix des Français. "En 2012, le lancement de Rencontres sur les relations police/population, sous l'égide du ministère de l'Intérieur, a pu laisser penser qu'un nouvel élan serait donné", écrivent-ils. "Mais quatre années plus tard, le bilan est pour le moins mitigé". Et de citer l'exemple des zones de sécurité prioritaires, créées par François Hollande pour donner aux policiers davantage de moyens là où la délinquance est la plus élevée. Un projet louable mais pas réellement nouveau, selon le think tank. 

Après les attentats, une popularité éphémère. Quid des déclarations d'amour des citoyens à leurs policiers, après les attentats de Charlie Hebdo ?  "L’amélioration  telle qu’elle a été mesurée par les sondages dans une période post-attentat, tient au contexte et non pas à un changement structurel de l’action de la police", écrivent les rapporteurs. "Les forces de l’ordre sont plus populaires dans cette situation de crise et d’inquiétude accrue au cours de laquelle, qui plus est, elles ont été à la fois victimes et héroïques." Terra Nova ajoute que cet éphémère regain de popularité n'a pas touché toutes les franges de la population, "en particulier celles qui entretiennent les rapports les plus conflictuels avec l'institution", comprendre les jeunes.  

Entendu sur Europe 1
Avoir confiance, c'est considérer que la police a de bonnes intentions. 
Terra Nova

Cet "état de grâce conjoncturel", comme le désignent les auteurs du rapport, s'est aussi heurté à des mois de mobilisation contre la loi Travail, émaillés d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre. "Face aux protestations, les réponses politiques et policières apportées, en particulier l’usage des forces de maintien de l’ordre, et les ressentiments que cela a pu générer, montrent que certains modes d’action soulèvent des problématiques d’ordre structurel  (gestion des manifestations, contrôles d’identité, opacité récurrente), alors même que le président de la République actuel avait pris des engagements de réforme lors de sa campagne de 2012", estime le Think tank.

Parmi les pistes évoquées par Terra Nova pour améliorer les relations police-citoyens : une diversification du recrutement des gardiens de la paix, une "évaluation" des commissaires par le maire de leur ville, et la mise en place du récépissé abandonné par François Hollande. "La légitimité et la confiance que le public accorde aux forces de police constituent une condition centrale de leur action", avertit le cercle de réflexion. "Avoir confiance, c’est considérer que la police a de bonnes intentions et qu’elle a les compétences pour faire ce qu’elle fait."