Plongée, cirque, cours de cuisine… : l'utilisation détournée du budget de la déradicalisation en prison

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Dans une vingtaine de prisons du Grand Ouest, les fonds censés servir à lutter contre la radicalisation financent toutes sortes d'activités sportives, culturelles et artistiques.

ENQUÊTE EUROPE 1

Plus de surveillants, un personnel mieux formé, des aumôneries musulmanes en prison… Ce sont quelques-uns des exemples cités par François Hollande, après les attentats de Charlie Hebdo. Le président de la République avait annoncé un plan pour lutter contre la radicalisation en prison, financé par une partie des 80 millions d'euros débloqués pour la réforme pénale. Mais dans l'Ouest de la France, ces fonds connaissent une utilisation bien différente.

Un stage de cirque au Mans. Sur la liste que s'est procurée Europe 1, qui concerne une vingtaine de prisons du Grand Ouest, on découvre des dizaines d'activités sans lien réel avec la déradicalisation. Sur les 650.000 euros alloués par le plan de François Hollande à cette région, 6.000 euros ont par exemple été consacrés à un stage de cirque au Mans. D'autres sommes ont permis le financement de cours de cuisine, ou de sessions de plongée. "On peut dire que tout peut servir pour lutter contre le terrorisme : des activités comme le foot, le tennis de table ou autres. Mais ce sont quand même des sommes détournées de leur fonction première", estime un surveillant d'une prison du Mans.

Entendu sur Europe 1
Ces crédits-là ont servi à tout sauf à lutter contre la radicalisation

Une formation aux allures de "survol". Le surveillant pointe également la faiblesse de la formation reçue par le personnel pénitentiaire pour reconnaître les profils terroristes. "Ça n'a été qu'un survol, la formation a duré 3h30". Un délégué d'une autre prison ajoute que l'administration pénitentiaire n'est pas en mesure de dire combien de détenus radicalisés ou en cours de radicalisation ont participé à des stages. "Ces crédits-là ont servi à tout sauf à lutter contre la radicalisation", estime-t-il. 

Interrogée par Europe 1, la direction pénitentiaire du Grand Ouest, qui gère 5.800 détenus, se défend et estime que tous ces stages favorisent la socialisation, et limitent, de fait, la radicalisation.