Pesticides : l'agriculteur qui demandait réparation à l'État veut "rompre la loi du silence"

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Dominique Marchal demandait réparation à l'État pour son cancer qu'il impute à l'usage de pesticides. Il a vu sa demande d’indemnisation rejetée jeudi.

C'est avec une déception immense que Dominique Marchal, agriculteur de Serres en Meurthe-et-Moselle, a accueilli la décision rendue par la cour d'appel de Metz, jeudi matin. Atteint d'un cancer du sang depuis 2002, il en impute la responsabilité aux pesticides qu'il a utilisés tout au long de sa carrière. L'agriculteur lorrain réclamait une indemnisation à l'État, mais sa demande vient d'être rejetée.

Un combat long et solitaire. "C’est incompréhensible, choquant. C’est une décision qui remet en cause un combat mené depuis 2004", s'est-il ému sur Europe 1 jeudi midi. Cette année-là, Dominique Marchal parvient à prouver le lien de causalité entre son cancer et l'utilisation des pesticides sur ses cultures. "Ma maladie a été provoquée par le benzène", précise-t-il. "Pourtant, la présence de cette substance chimique ne figurait ni sur les étiquettes, ni sur les fiches de sécurité des produits utilisés." C’est Dominique Marchal lui-même qui a dû faire analyser les produits pour valider sa thèse. Deux ans plus tard, en 2006, l'agriculteur obtient la reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle. Une première en France, en ce qui concerne l'usage des pesticides.

Rompre l'omerta. Du côté des organisations syndicales agricoles, on soutient "en marche arrière" le combat de Dominique Marchal. Si tous les agriculteurs sont conscients des dangers selon le Lorrain, ils continuent de privilégier "cet outil de simplicité". "On a réponse à tout avec les pesticides. C’est notre gagne-pain, on ne les utilise pas par plaisir", défend-t-il. Rares sont ceux qui, dans le métier, parlent ouvertement des risques sanitaires des pesticides. "Certains agriculteurs, comme moi, osent pousser la balle un peu plus loin en essayant de chercher la raison de leur maladie", explique Dominique Marchal. "C’est la raison pour laquelle on se bat aujourd’hui, pour essayer de rompre la loi du silence."

Malgré l'arrêt rendu jeudi par la cour d'appel de Metz, Dominique Marchal refuse de baisser les bras et se réserve le droit de se pourvoir en cassation. Une décision difficile à prendre pour l'agriculteur pour qui le coût financier d'une telle démarche sera difficile à assumer.